Inondations : la tâche de l’État

Macron avec des secouristes
(Photo AFP)

Les inondations dans les Alpes-Maritimes ont fait cinq morts du côté français (deux morts du côté italien) et une vingtaine de disparus, mais aussi des dégâts énormes chiffrés par Renaud Muselier, président de la région, à un milliard d’euros.

LE PRÉSIDENT de la République a visité la région, en commençant par Tende, village reculé où les secours sont arrivés avec un certain retard, dénoncé par ses habitants. La visite d’Emmanuel Macron a été accueillie avec scepticisme, comme toujours, mais il a pris des engagements et a promis aux populations, littéralement sonnées par le désastre, qu’elles ne seraient pas seules et qu’un grand plan de reconstruction allait être mis en place. Il n’a pas contesté l’évaluation de M. Muselier : sur TF1 et France 2, il a d’abord parlé de plusieurs centaines de millions, puis d’un milliard. Cette reconstruction sera lente, parce que les dommages sont considérables, parce qu’il faudra faire le tri entre ce que l’on garde et ce que l’on reconstruira autrement et ailleurs et parce que la France, à l’avenir, est promise à de nouveaux phénomènes du même genre dus au réchauffement climatique.

Pas de baguette magique.

C’est assez dire qu’il n’y aura pas de baguette magique pour rendre aux sinistrés le confort et la sérénité dont ils bénéficiaient. Les secours affluent en nombre dans la vallée de la Roya, mais il y a des routes arrachées et des maisons démolies, ce qui pose un sérieux problème d’hébergement, à quoi s’ajoute la paupérisation des habitants. On comprend que beaucoup d’entre eux restent sceptiques devant les promesses de l’exécutif. Ils ont même demandé à M. Macron « de ne pas les oublier » et il a répondu qu’il reviendrait dans un an pour s’assurer que tous les travaux promis ont été engagés. La question posée ne porte pas seulement sur l’effort financier de l’État et des collectivités, même si le coût du désastre s’ajoute à celui de la pandémie et creuse un peu plus le déficit et la dette. Elle concerne la prise de conscience de tout le pays d’un réchauffement climatique qui produit un déchaînement des éléments et interdit d’envisager des tracés de route et des reconstructions de maisons à l’identique.

Un avenir incertain.

Pour le moment, une voie d’accès aux endroits les plus isolés sera dégagée à partir de l’Italie. Autant dire que les choses ne s’amélioreront que lentement, ce qui exige des habitants une patience qu’ils ne sauraient avoir dans un contexte de manque d’eau et d’électricité. L’inondation a arraché la totalité du système d’adduction d’eau et il faut en refaire un autre tout neuf, ce qui demandera du temps. On achemine de l’eau potable en quantité suffisante, ce qui ne garantit rien pour les autres usages de l’eau, hygiène et cultures. Les habitants devront donc attendre plusieurs mois avant de retrouver un peu de confort et peut-être des années pour que leur vie redevienne normale. Dans tout le sud de la France, les conditions de vie vont donc changer durablement et l’adaptation des sinistrés à ces conditions dépendra aussi de leurs efforts individuels. Ils ne sont pas sûrs d’habiter au même endroit, pas sûrs d’y avoir les mêmes activités et pas sûrs de vouloir y rester dès lors que la zone, considérée il y a encore quelques jours comme un paradis risque de se transformer en enfer.

Tenir les engagements.

Il est logique que des gens frappés de plein fouet par une telle catastrophe s’adressent avec véhémence à l’État et plus particulièrement à celui qui l’incarne. Il n’est pas excessif, pour les défenseurs de l’environnement, de montrer que tel ou tel phénomène dépend directement d’une politique écologique insuffisamment stricte. Mais il est aussi plus facile de critiquer que de réparer. Les gens installés au bord d’un fleuve encaissé entre les montagnes devraient, avant tout, se poser la question du choix de leur lieu d’habitation. Il est vrai qu’un chef d’État se livre au simple exercice d’aller leur rendre visite, leur apporter son soutien et prendre des engagements. Il ne convaincra les gens qu’en tenant ses promesses. Contrairement à ce que l’on dit de ses pouvoirs, il ne peut pas tout faire et il ne peut pas le faire vite. Jupiter a ses limites.

RICHARD LISCIA

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