Sophie Pétronin libérée

Sophie Pétronin avec son fils
(Photo AFP)

Membre d’une organisation humanitaire au Mali, Sophie Pétronin, 75 ans, enlevée par des terroristes en décembre 2016, a été libérée hier et rentre en France aujourd’hui. Emmanuel Macron a salué l’effort de la junte militaire au pouvoir à Bamako.

ELLE ÉTAIT l’« oubliée » de la République. Même si toute négociation pour la libération d’un otage se déroule dans le secret, on n’avait pas beaucoup d’espoir pour Mme Pétronin à l’époque où Ibrahim Bacar Kéïta était président du Mali. Or il a été déposé par un coup d’État militaire au mois d’août dernier et les militaires qui se sont emparés du pouvoir souhaitaient obtenir des djihadistes islamistes la libération de Soumaïla Cissé, membre de l’opposition politique qui a fait campagne trois fois pour être élu et a été capturé au moment où il haranguait les foules maliennes. Les militaires maliens semblent bien avoir payé une forte rançon et ils ont relâché dans la nature quelque deux cents terroristes détenus dans les prisons de Bamako. Mme Pétronin a bénéficié de la transaction, ainsi que deux Italiens, dont un prêtre.

Émouvantes retrouvailles.

La libération de Mme Pétronin, qui est malade et dont le sort inquiétait sa famille, a donné lieu à de magnifiques retrouvailles avec son fils, venu à Bamako à cette occasion. Leur rencontre, au bout de presque quatre années de détention affreusement injuste, a donné lieu à un beau moment d’émotion. La courageuse Mme Pétronin, apparemment en bonne forme, a affirmé qu’à aucun moment elle n’a désespéré : elle était convaincue qu’elle ne resterait pas aux mains de ses geôliers. Elle entend retourner au Mali pour reprendre ses activités humanitaires, réservées aux enfants dénutris. Les images heureuses de la réunion  avec son fils valaient, à n’en pas douter, les sacrifices consentis par le régime. Mais le problème politico-militaire du Sahel reste entier.

Deux cents ennemis de plus.

La junte a toujours promis d’organiser des élections libres pour désigner un nouveau président, ce qui lui permettrait de retourner dans ses casernes. La transaction qu’elle a conclue avec les terroristes constitue indirectement, une réponse aux critiques européennes, toutes fondées sur l’idée que le temps des coups d’État est révolu en Afrique. La libération de Sophie Pétronin est la réponse vertueuse à ces critiques. Elle empêche le gouvernement français de camper sur le respect des institutions puisqu’il ne peut que se réjouir du dénouement de la mésaventure infligée à l’otage, la dernière citoyenne française emprisonnée par des terroristes. Elle confirme en outre que les militaires souhaitent relancer le processus électoral au Mali. Mais elle ne dit rien de l’avenir. Pendant la négociation avec les djihadistes, les opérations militaires françaises de pacification ont été limitées. Barkhane fait face maintenant à 200 ennemis de plus qu’il faudra aller chercher dans les montagnes. Si la junte suit méticuleusement un plan de retour du Mali à la normale, elle a pris des risques pour la stabilité du pays. Elle aurait été plus convaincante si elle avait réussi à monter elle-même des attaques contre les terroristes et si elle avait rétabli la sécurité d’un certain nombre de villes situées à l’est du pays.

Tous négociateurs.

Le dialogue que Paris mène avec la junte est influencé par le respect dû à la souveraineté malienne. Il appartient aux Maliens de décider de leur sort politique, même si, cette fois, leurs militaires ont choisi la voie brutale pour se débarrasser d’un pouvoir d’ailleurs fort peu efficace et sans doute corrompu. Le succès des putschistes leur donne un avantage puisque la France ne peut que se réjouir d’avoir récupéré une otage. Ils ont du même coup amélioré leur image et deviennent des négociateurs politiques capables, au nom de leur propre autonomie, de remettre en question le rôle joué par la France au Sahel. La mise sur pied d’une force inter-africaine susceptible de repousser durablement les terroristes n’est pas achevée. Le Mali seul ne peut, de toute évidence, liquider les terroristes. il vient de les renforcer, car, de même qu’il s’octroie une médaille politique, il accorde à ses impitoyables adversaires le statut d’interlocuteurs valables. Or ce qui se joue dans le Sahel n’a rien à voir avec une négociation commerciale. Les islamistes représentent un danger qu’il faut éliminer à tout prix si on ne veut pas que le Mali, pendant qu’il se cherche, tombe aux mains des terroristes et devienne une rampe de lancement vers le territoire français.

RICHARD LISCIA

 

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2 Responses to Sophie Pétronin libérée

  1. Bourdieu dit :

    Bonjour
    Nous sommes super contents pour la famille de Mme Pétronin et pour elle-même qu’elle ait été relâchée , mais honnêtement en quoi cela intéresse la France entière ?
    Combien avons-nous payé pour cela ?
    Et quid de son intention de retourner au Mali ?
    Arrêtez de nous soûler avec cette nouvelle qui n’en est pas une !
    Aujourd’hui il y a plus urgent, voir plus important et plus intéressant que le cas Pétronin : la seconde vague du Covid, entre autres…

    Réponse
    Même si votre générosité personnelle est immense,il faut écrire « saoûler ». Et voire, plutôt que voir.
    R.L.

  2. Boper31 dit :

    Si elle veut retourner au Mali pourquoi être allé la libérer contre 200 djihadistes et quelque menue monnaie ? Pourrait elle rembourser les sommes versées pour sa libération ?
    Visiblement tous les clowns ne sont pas dans les cirques.
    Je crains pour nos militaires et peut-être même pour nos concitoyens. Charlie et le Bataclan ne sont pas loin, sans oublier le zigoto pakistanais qui ne supportait pas la vie européenne mais qui n’a rien fait pour repartir chez lui.
    Réponse
    Personne n’est allé chercher Sophie Pétronin, sinon le gouvernement militaire malien. Avant d’attaquer une victime, on pourrait lui laisser le temps de souffler et de méditer sur les souffrances qu’elles a endurées, même si elle en nie aujourd’hui l’intensité.
    R. L.

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