La riposte

Imams rassemblés à Conflans
(Photo AFP)

Le gouvernement ne se contente pas d’approfondir l’enquête sur l’assassinat de Samuel Paty. Il met en garde à vue de nouvelles personnes impliquées dans le crime et fait procéder à des arrestations dans toute la France. La mosquée de Pantin a été fermée pour six mois.

DEPUIS vendredi, les services de police procèdent à de nombreuses arrestations et interpellations, notamment parmi les associations soupçonnées de dispenser un enseignement nuisible à nos institutions. L’exécutif n’est donc pas resté inerte, alors que les partis d’opposition parlent de « guerre » (Renaud Muselier, LR, et Marine Le Pen) et que la droite (Gérard Larcher, président du Sénat) reproche au président de la République de ne pas avoir la carrure pour lutter contre le terrorisme islamiste. Il y a quelque semaines, M. Macron n’avait pas plus tôt parlé de guerre contre la pandémie qu’il était aussitôt accablé de sarcasmes. Cette attitude des droites ne respecte même pas le délai auquel nous convie le deuil national. Certains sont pressés de médire sur le pouvoir politique, sans même s’intéresser à l’extraordinaire mouvement de colère collectif auquel ont participé les Français, sans même attendre l’hommage solennel qui sera rendu demain à la victime, sans nous dire, surtout, comment il va falloir protéger les enseignants contre ce genre de crime. MM. Larcher et Muselier, sinon Marine Le Pen, nous avaient pourtant habitués à plus de décence. Il semble pourtant que, même s’ils s’emparaient enfin de ce pouvoir qu’ils convoitent tant, ils éprouveraient d’énormes difficultés à mettre en œuvre les dispositions qu’ils préconisent.

Manque d’expérience.

Nous sommes dans un État de droit. Toute mesure répressive est passée au crible des lois. Toute personne en garde à vue a droit à la présence d’un avocat. Un exemple : la famille tchétchène du futur assassin a obtenu le droit d’asile après un premier échec, puis ils ont fait appel et l’asile leur a été accordé. Les gens se disent : mais ces Tchétchènes, que viennent-ils faire chez nous ? De la même manière, certains proposent un moratoire sur l’immigration de manière à ce que nous puissions intégrer les immigrés déjà arrivés en France. Mais nos lois nous obligent à veiller sur un migrant avant de décider si oui ou non il peut rester sur notre sol. Nous ne pouvons pas le jeter à la mer. D’autres se demandent  pourquoi les 270 personnes frappées d’expulsion ne sont pas déjà parties. Mais parce que les pays d’où ils viennent refusent de les recevoir ! L’idéal serait de donner à Mme Le Pen un peu d’expérience au pouvoir. J’affirme qu’elle serait incapable de réaliser un dixième de son programme au bout d’un an, sauf à changer la Constitution dans un sens qui n’obtiendrait pas la majorité des deux tiers indispensable à ce changement. Sans compter les obligations juridiques que nous avons contractées avec l’Union européenne.

La colère et son objet.

Dire que le gouvernement n’est formé que d’incapables, c’est s’exposer au risque de présenter une action alternative qui n’aboutirait pas. Il est très facile d’enflammer les esprits avec des il n’y a qu’à. Il est infiniment plus difficile de lancer une vague répressive qui reviendrait à défendre l’État de droit par des moyens de non-droit. Je ne sais pas si nos gouvernants actuels sont des enfants naïfs qu’il faut entraîner au corps-à-corps, mais je n’ai pas l’impression que leurs détracteurs soient eux-mêmes préparés à jouer les commandos, les SWAT ou les Seals. L’attentat de Conflans-Sainte-Honorine n’est ni le premier ni le dernier. M. Macron n’est au pouvoir que depuis trois ans, le terrorisme islamiste exerce ses ravages depuis trente ans. On n’a jamais dit à Chirac ou à Sarkozy qu’ils n’avaient pas les muscles pour se battre.

Cependant, les Français ne prêtent guère attention à ce jeu minable du « Pousse-toi de là que je m’y mette ». Ils expriment leur colère contre ceux qui la méritent, les assassins, les lâches, les morbides, pas contre leurs dirigeants. Ils sont unis face à l’ignominie, ce qui représente l’unique soulagement que nous puissions attendre de telles atrocités. Mais l’idée d’unité contre-carre les petits projets sordides nourris par les partis d’opposition, ceux, en tout cas, qui ont cédé à la tentation de taper une fois de plus contre le pouvoir (comme c’est original !) plutôt que de contribuer à la force du « non » que la nation oppose à la violence.

RICHARD LISCIA

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One Response to La riposte

  1. Laurent Liscia dit :

    C’est le propre des politiciens que de récupérer les événements. Quant à la possibilité que tu évoques, Marine le Pen au pouvoir, je préfère ne pas l’imaginer. Peut-être lui offrir pour Noël un jeu vidéo: « France Présidence » sur Nintendo, ça ferait moins de casse.

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