Trump joue son va-tout

La régression, c’est lui
(Photo AFP)

Donald Trump aura fait campagne jusqu’à la dernière minute, sillonnant les États-Unis, au rythme de trois villes par jour, et s’arrêtant dans les aéroports pour y prononcer un discours devant une foule qui lui est acquise. Il espère, notamment, emporter les fameux « swing states », ces États susceptibles de basculer en sa faveur et qui, en 2016, lui ont permis de gagner les élections.

ON NOTE néanmoins plusieurs signaux qui expliquent le calme imperturbable de Joe Biden, son rival démocrate. En effet, s’il est vrai que la moyenne des sondages d’opinion donne une avance à Biden, l’écart n’est pas supérieur à la marge d’erreur dans un certain nombre d’États, par exemple la Pennsylvanie. Mais une avance vaut mieux qu’un retard et elle est très crédible dans un contexte où le nombre d’électeurs qui pourraient changer d’avis est infime. La frénésie pré-électorale de Trump témoigne de son inquiétude : il ne compte plus que sur un scrutin-miracle, formule qui décrit sa candeur et son infantilisme.

Comme je l’explique dans la chronique que j’ai publiée hier dans « le Quotidien », Trump s’est débarrassé de tous les scandales auxquels il est mêlé, sauf un : sa gestion du Covid que lui reprochent non seulement tous les votants démocrates, mais aussi de solides républicains. Or le président sortant ne sait pas argumenter. Il ne répond jamais aux questions qui le fâchent. Son discours repose invariablement sur sa force physique et mentale, sa capacité à résister aux critiques, qu’il juge calomnieuses, sur l’aspect triomphaliste d’une présidence qui serait si vigoureuse qu’elle n’aurait pas besoin d’être analysée.

S’il gagne.

De deux choses, l’une : ou bien la marge d’erreur joue en faveur du candidat démocrate et c’est alors une déferlante qui le fera entrer à la Maison Blanche et lui octroiera une majorité dans les deux chambres du Congrès, propice à d’indispensables réformes économiques, sociales et environnementales ; ou bien, le récit de 2016 se répète, et Trump gagne en voix de grands électeurs mais pas en voix populaires. Ou bien encore, il perd mais de peu et se mettra alors à refuser le verdict des urnes, demandera un recomptage des suffrages, portera l’affaire devant les tribunaux, jusqu’à la Cour suprême qui a maintenant une majorité conservatrice de six voix contre trois.

Nous ne sommes nullement assurés d’avoir dans la nuit des 3 et 4 novembre un résultat clair. Le différend entre républicains et démocrates durera plusieurs jours ou plusieurs semaines, et le président sortant recourra à tous les stratagèmes pour reprendre quatre ans de service à la Maison Blanche. Il l’a déjà montré en utilisant tous les moyens du président (et non du candidat) pour faire campagne. Il abuse de sa position en la mettant au service de son intérêt personnel. Avec un sens de la politique et un opportunisme croissants, il décrit l’avenir immédiat, s’il est au mains de son adversaire, en peignant le tableau du présent : division profonde entre les deux partis et leurs soutiens, crise économique et sociale, destruction des instruments de la démocratie et ravages du Covid.

Talon d’Achille.

Le Covid est son talon d’Achille. Il n’est pas à l’aise pour expliquer sa gestion de la pandémie, qui a fait beaucoup de victimes et n’est pas près de reculer. Là aussi, il propose une baguette magique qui ferait disparaître le virus, un vaccin bientôt à portée de la main, un traitement miraculeux qui n’existe toujours pas. Nombre de ses électeurs le suivent sur ce terrain, mais d’autres se demandent s’ils ne seront pas bientôt victimes de la pandémie dès lors que l’administration Trump ne dispose d’aucune stratégie antivirale.

La pantalonnade grotesque à laquelle il s’est livré, en se déclarant malade, en séjournant à l’hôpital, en revenant en pleine forme au bout de deux jours et en arrachant ostensiblement son masque sur un balcon de la Maison Blanche, indique qu’il a fait du virus un thème de campagne qui lui serait favorable, mais c’est l’inverse qui s’est produit : les familles des victimes, et beaucoup d’autres, n’ont guère aimé ce show télévisé qui a donné naissance à plus de doutes sur ce qui s’est passé vraiment qu’à l’enthousiasme populaire.  Trump, c’est ça : un manipulateur invétéré qui admet sans s’excuser qu’il ment à ses concitoyens.  Cynisme, mauvaise foi, mensonges, manipulation des faits et des chiffres, propos de bateleur, cruauté dictée par la panique, lavage des cerveaux, malhonnêteté, coups au-dessous de la ceinture, voilà de quoi sa campagne est faite.

Aucune de ces tares ne l’a empêché de gagner en 2016. Mais le contexte a changé. Il faut être aveugle pour renoncer à toute politique de l’environnement quand des pans entiers des forêts de l’ouest partent en fumée ; aveugle, pour ne pas voir que la crise pandémique est d’une gravité insigne ; aveugle, pour ne pas voir les échecs d’une diplomatie tellement originale qu’elle n’aboutit qu’à peu de résultats et déstabilise les alliés traditionnels des États-Unis. Il y a une crise mondiale du réchauffement climatique et une crise du coronavirus qui menacent tous les gens bien portants, américains ou non. Trump est responsable de la régression de l’Amérique.

RICHARD LISCIA

 

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2 Responses to Trump joue son va-tout

  1. Laurent Liscia dit :

    Jusqu’à avant-hier, la Bourse partageait cet aveuglement. Maintenant que l’argent s’évapore comme les forêts, et que les gestionnaires de portefeuilles s’émeuvent enfin du problème économique que pose la pandémie, on a le sentiment que même les électeurs les moins séduits par Biden ont des doutes sur leur colporteur de potions magiques en chef.
    Espérons que le principe de réalité persiste.

  2. JMB dit :

    Propos de Vogelin:
     » Notre problème est qu’un homme inutile existe à tous les niveaux de la société, jusqu’aux échelons les plus élevés(…)
    Il est des hommes … (qui) n’ont pas l’autorité de l’esprit ou de la raison, et qui ne sont pas non plus capables de répondre à l’esprit ou à la raison si jamais elle vient à donner un conseil ou se rappeler à eux « 

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