Un reconfinement inévitable

Macron hier
(Photo AFP)

La décision de l’exécutif de procéder à un deuxième reconfinement après l’arrivée de la deuxième vague de la pandémie ne devrait surprendre personne. Elle n’en fait pas moins l’objet de vives critiques dans les mondes politique et économique.

C’EST un sacrifice censé prévenir un cataclysme. Emmanuel Macron hier, et Jean Castex ce matin, ont exposé une stratégie anti-pandémie à peine un peu moins drastique que la précédente, susceptible d’empêcher les catastrophes qui nous guettent, l’ascension exponentielle du nombre de cas de contamination et du nombre de décès, et l’effondrement de l’économie. Celle-ci ne supporterait pas en effet un nouveau choc et, à n’en pas douter, diverses industries, le tourisme, les voyages, la restauration et la culture seront, une fois encore, impactées de plein fouet.

En dépit des critiques de tous ordres, dans les syndicats, dans les partis de l’opposition, dans les syndicats, dans la population, qui sont adressées à l’exécutif, il n’y en pas beaucoup qui soient sincères. S’il est possible de faire de la dentelle, de demander par exemple qu’on épargne la culture ou l’hôtellerie, si l’on est en droit de demander plus d’explications sur l’activité des écoles (le port du masque sera exigé des enfants à partir de six ans), s’il est vrai que le retour à l’attestation pour mettre le nez dehors n’est pas vraiment utile d’autant qu’elle sera mal contrôlée, il ne devrait pas y avoir une voix contre le nouveau plan car la prévention et le bon sens ne peuvent qu’être partagées par la totalité de la population.

Baril de poudre.

Mais c’est ainsi : le peuple est un corps vivant qui ne se rend pas aux verdicts massifs parce que, en dépit des appels à l’unité nationale, la plupart de nos compatriotes ne s’intéressent qu’à leur cas personnel, pas à celui des autres. La France d’aujourd’hui se présente comme un baril de poudre. Nous partageons la pandémie avec le reste du monde, mais non seulement le virus nous atteint peut-être plus profondément que nos voisins, c’est devenu un élément de la condition française alors que nous sommes victimes d’actes terroristes répétitifs, comme en témoigne la nouvelle attaque au couteau à Nice, qui a fait trois morts, dont une femme décapitée. J’y reviendrai plus tard. On accable le gouvernement de sarcasmes, on le vitupère, on le traîne en justice, on se complaît à compter ses erreurs. On ne mesure pas ce qu’il faut de fermeté, de sang-froid, de calme olympien pour gérer à la fois la pandémie, le terrorisme et le malaise économique et social. D’autres feraient mieux ? Même si c’est vrai, il leur faut attendre les rendez-vous électoraux et le devoir actuel des élus en exercice consiste à ne pas ajouter du désordre au désarroi.

Pour être libre, il faut vivre.

Je veux bien que les libertés soient protégées dans notre pays avec le même fermeté que la prévention du terrorisme. J’en ai pour preuve ce débat tonitruant, complexe, embrouillé qui, chez ceux qui en ont encore le temps, agite les intellectuels de ce pays. Ils craignent en effet que le gouvernement, en limitant la liberté d’expression pour la laver des injures, du racisme et de la xénophobie, finisse par empêcher toute profession de foi, y compris celle qui défendrait nos valeurs. Leur inquiétude s’étend à toutes les actions liées à une conjoncture qui a rarement été aussi sinistre. C’est mettre la charrue avant les bœufs. Pour être libre, il faut d’abord être vivant et en forme.

Si l’on excepte les victimes directes du confinement, comme la restauration ou les théâtres et les cinémas, il existe un consensus national autour du seul moyen général dont nous disposions pour éviter une catastrophe sanitaire. Il y a mille manières de se montrer irresponsable, mais c’est un luxe que ne peuvent pas s’offrir ceux qui ont été élus, entre autres, pour assurer la protection de la vie humaine. L’enjeu que je décris ainsi n’est pas exagéré, il correspond au nombre de cas de contamination et de décès et il entraîne chez nous une politique sanitaire que nous partageons avec un grand nombre de pays. Dans ce cas, pourquoi se dresser contre une action dont nous savons qu’elle aura un effet prophylactique indispensable ?

RICHARD LISCIA

 

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4 Responses to Un reconfinement inévitable

  1. Laurent Liscia dit :

    La fermete ne paie guere … Nouvel attentat a Nice suite aux mesures fermes … Quolibets apres le reconfinement … Et pourtant, il n’y a pas d’autre choix.

  2. Doriel pebin dit :

    Bonne analyse. Les rassuristes de tout poil et les critiqueurs professionnels sont des irresponsables, voire des criminels car ils sont à l’origine du manque de discipline de certains aggravé par l’individualisme. Ils sont directement à l’origine de l’extension de l épidémie avec son cortège de morbi-mortalité pour les autres (et parfois eux mêmes) et de coût socio-économique. Il serait temps que le bon sens s’impose, que l’opposition ne soit pas idiotement anti-tout. Merci de le répéter dans un but de pédagogie !

  3. bret dit :

    Il ne s’agit pas d’être rassuriste mais d’acquérir des certitudes. Cela fait peut-être bondir, mais l’efficacité du confinement pour casser une courbe épidémique et pour sauver des vies n’est encore qu’une impression empirique certes favorable mais impression tout de même. Confinement ou pas, dans le monde les courbes sont similaires et la cloche ne s’est pas faite au même moment mais à la même temporalité. Et il est possible que dans la réalité de la temporalité épidémique quand la décision humaine est prise, quels que soient les marqueurs suivis, l’épidémie est déjà en grande partie passée.
    D’un autre côté, il est a espérer que le bilan forcément négatif du confinement y compris en termes de vies, ne soit pas très important et en tout cas j’espère qu’il aura une lecture sans a priori. En tout cas, si l’idée du confinement était d’éviter la saturation des réanimations et d’éviter de déprogrammer, c’est déjà raté et cela devrait s’amplifier puisque si on croit ce que l’on nous rabâche, cela va forcément continuer de grimper en flèche pendant au moins 15 jours, et en flèche exponentielle ! Malheureusement pour l’homme, il va falloir encore un peu de temps pour trancher sur les effets du confinement, mais les premiers éléments ne vont pas forcément dans le sens d’une bonne attitude que celle qui consiste à confiner. Le problème est aussi d’opposer confinement et ne rien faire et là cela devient de la manipulation. Le problème est aussi psychologique, de se sentir désarmé et d’affronter ce qui apparaît comme un fatalisme ou une faiblesse coupable. Alors, tout le monde dans son trou. Mais là, c’est à chacun de se questionner sur lui-même. Car c’est en nous même que ce sentiment réveille des choses douloureuses, tellement douloureuses que pour s’en dédouaner, on nourrit l’illusion accusatrice et le juge de paix implacable, censés nous apaiser. Oui, mais pour combien de temps ?

  4. JMB dit :

    Dans un entretien pour Télérama réalisé début juin après deux mois de confinement de mars à mai, Benjamin Biolay reconaissait avoir subi un confinement heureux.
    “ Le contact humain est important. (…) (Mais la) gesticulation frénétique ne m’enchante pas. On est tous tributaires de notre capacité à être intelligent ou curieux. Une personne dépourvue de ces qualités à forcément mal vécu le confinement, puisqu’elle s’attache à l’illusion d’une vie sociale pour combler un certain vide intérieur.(…) En fait, j’ai surtout de la peine pour ceux qui vivent dans la marge, dans la rue. “

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