Une longue nuit américaine

Kamala Harris
(Photo AFP)

Les dés sont jetés : le scrutin législatif et présidentiel a lieu et aujourd’hui et risque de ne pas être terminé avant plusieurs jours ou semaines. Le candidat démocrate Joe Biden est le favori. Mais Donald Trump a plus d’un (mauvais) tour dans son sac.

CERTES, les sondages peuvent se tromper comme ce fut le cas en 2016 ; mais le contexte politique est très différent : il y a quatre ans, la candidate démocrate, transformée en épouvantail par Trump, subissait la haine inexpiable d’une forte fraction de l’électorat. Aujourd’hui, le peuple américain, après avoir dîné avec le diable, garde un goût amer du repas et même une indigestion. Certes, M. Biden n’est pas le plus charismatique ni le plus jeune des candidats. Mais il a démontré qu’il pouvait ramener l’Amérique à la raison. Certes, les deux débats, dont le premier fut chaotique, n’ont pas dégagé la vision des candidats pour l’avenir, mais Biden a déjà annoncé que son pays, sous sa houlette, rejoindrait la conférence mondiale pour l’environnement et rétablirait l’autorité de l’OTAN. Certes, Trump peut s’accrocher au bureau Ovale comme le parasite à un organisme, mais il est fort peu probable que ses concitoyens, y compris ceux qui auront voté pour lui, approuveront sa cause dégradante.

Une participation exceptionnelle.

Le signe le plus réconfortant de ce scrutin en tous points exceptionnel, c’est une participation très élevée, probablement historique. Cela signifie bien sûr que les deux camps feront le plein des suffrages, cela confirmera l’abîme qui sépare les deux partis et cela peut nous réserver quelques surprises. Mais cette société veut en finir avec ses maladies, en retournant aux urnes et en plaçant les institutions au-dessus de toutes les ambitions individuelles. Trump a terminé la campagne par un nombre exponentiel de meetings qu’il a tenus avec une frénésie indescriptible, comme si, véritablement, il y avait là deux nations en concurrence, comme si le Grand Old Party et les démocrates n’étaient pas de simples adversaires, mais des ennemis en guerre. Le meilleur service que les démocrates puissent rendre aux républicains, c’est de les débarrasser d’un chef ignorant, incompétent, malhonnête, sexiste, de cet homme qui n’est plus qu’une boule de haine et a cru pouvoir, en méprisant les injonctions constitutionnelles, garder son boulot en jouant les saltimbanques sur les tréteaux. Le parti républicain vaut mieux que Trump. Une cure dans l’opposition ne lui ferait aucun mal et le ramènerait à la raison.

Le fou de Sartre.

Cette remise en ordre des États-Unis n’aura lieu cette nuit que si l’engouement pour Biden se transforme en déferlante que Trump lui-même ne pourra plus contester, que si le candidat démocrate emporte à la fois le vote populaire et celui des grands électeurs, que s’il a une majorité à la fois à la Chambre des Représentants et au Sénat. Si Biden remportait une victoire de cette dimension, les palinodies de Trump seraient son chant du cygne. Ce ne seraient plus que le cabotinage de la Commedia dell’Arte, ou du Grand Guignol dont il a inondé la scène politique. Il y aura un moment où le peuple américain s’apercevra que Trump la conduit à l’indécence, au mensonge, à l’absence de réalisme, au complotisme et aux théories démentielles qui se répandent sur Facebook. La bataille a traversé les villes, les banlieues, les comtés et les hameaux. Elle a divisé les familles, jeté des maris contre leurs épouses et des parents contre leurs enfants. Les citoyens meurtris et déprimés réclament un répit, le retour de l’amour et de la confiance, la fin des inepties, une vision plus ordonnée de la gouvernance. Jamais, depuis la guerre de Sécession, la politique n’a autant divisé les Américains, ne les a brûlés d’une passion aussi destructrice. À la fin des fins, si vous voulez connaître le programme de Biden, pourquoi ne pas vous satisfaire de la défaite de Trump ? Sartre racontait qu’un fou se donnait des coups de marteau sur la tête. À  quelqu’un qui lui demandait pourquoi il se faisait mal, il répondait : « Parce que, quand j’arrête », ça va mieux ».

Biden, s’il gagne, ce qui n’est pas prouvé, apportera au moins un peu de cohésion aux initiatives de son pays. Je ne doute pas qu’il finisse par rassurer le peuple américain, y compris cette minorité qui craint les forces révolutionnaires, conduites par  Bernie Sanders, Elizabeth Warren et quelques gauchistes. Contrairement à ce que l’on croit ici, le choix de Biden (et surtout de Kamala Harris, candidate à la vice-présidence) a été mûrement réfléchi : il s’agit d’un duo capable de nettoyer les écuries d’Augias que Trump va laisser à Washington. Et il s’agit aussi de combattre le racisme, les inégalités, la violence, toutes choses que Trump n’a cessé, avec jubilation, de renforcer, comme s’il n’était que le représentant d’une caste et pas celui de tous ses concitoyens.

RICHARD LISCIA

 

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3 Responses to Une longue nuit américaine

  1. Liberty8 dit :

    Décidément M. Liscia n’aime pas beaucoup Donald Trump, je suis en tout point d’accord avec son article véhément mais ô combien vrai.
    Jamais les Etats Unis n’ont eu un président aussi catastrophique et dangereux
    Croisons les doigts et espérons que Biden réussisse cette élection comme le dernier panier splendide à 3 points d’Obama

  2. Yahiaoui dit :

    J’espère que Biden va gagner pour le bien de tous les Américains et empêcher Trump de gagner car il n a pas l’habitude de penser.

  3. Laurent Liscia dit :

    La journée a commencé ici sur la côte Ouest et la réaction la plus curieuse à l’election, c’est celle de la Bourse qui a manifestement décidé qu’elle ne voulait plus de Trump et mise sur Biden. Quel retournement étrange … Quand l’argent fuit les milliardaires.

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