La minute de bruit

Jean-Michel Blanquer
(Photo AFP)

Le ministère de l’Éducation nationale a dénombré 400 violations de la minute de silence dans les écoles et lycées en hommage au professeur assassiné, Samuel Paty. Rapporté au nombre d’élèves, celui des protestataires n’est peut-être pas scandaleux. Mais il est assez élevé pour montrer que le communautarisme se développe dans les foyers musulmans.

LE MINISTRE, Jean-Michel Blanquer, a déclaré que la totalité des violations serait poursuivie et donnerait lieu, selon leur gravité, à des mesures disciplinaires ou même pénales quand l’interruption de la minute de silence a mis fin au recueillement au profit de la polémique. M. Blanquer estime que, si l’exclusion de l’élève perturbateur n’est pas la bonne solution, les poursuites disciplinaires ou judiciaires permettront des discussions utiles avec les familles. Il a décrit de cette manière la gravité du problème : les enfants ou adolescents des écoles et des collèges ou lycées traduisent sans doute le sentiment qui règne dans la famille. Laquelle ne tiendrait aucun compte des explications très développées que l’État ne cesse de fournir au sujet de la liberté d’expression, valeur qui, de toute évidence, a moins d’importance dans nombre de foyers musulmans que pour la société française en général.

Un bon pédagogue.

On est surpris par la forme et l’ampleur de cette nouvelle provocation qui n’est pas autre chose que la réaffirmation d’une singularité communautaire, laquelle refuse le respect de la vie humaine et estime que M. Paty a mérité son sort. En réalité, on touche là au nœud du problème : tout musulman a le droit d’être choqué par les caricatures de Mahomet, de se sentir bafoué par elles, de se voir rejeté dans son ghetto islamique. M. Paty, en bon pédagogue, n’avait pas d’autre préoccupation que d’expliquer aux élèves musulmans qu’ils ne devaient pas se sentir insultés, que d’autres religions sont parfois attaquées par des dessinateurs ou des écrivains, et que la laïcité, c’est le droit de croire ou de ne pas croire. Et que, à partir du moment où un ordre laïc est établi en France, ses usages ne sont pas à mettre au passif de l’enseignant mais à son actif. Il est vrai que les caricatures réapparaissent dans le paysage social de manière fréquente, mais cela ne veut pas dire que la France en fait une obsession. C’est juste le contraire : ce sont les djihadistes qui ont vu, dans les séquelles de leurs crimes, procès et nouveaux attentats, l’occasion répétée de semer chez nous un désordre sanglant.

Le droit d’être choqué.

Enfin, il est évident que ce qui peut choquer un croyant ne doit pas aboutir à une décapitation. En France, on ne se fait pas justice soi-même ; on ne devrait pas, et c’est une règle qui vaut pour toutes les religions, contribuer au crime, en aidant l’assassin à identifier la victime. L’affaire de Conflans-Sainte-Honorine n’a pas commencé le jour de l’assassinat. Elle a été soigneusement préparée. Un certain Habib Chnina a porté plainte contre M. Paty avant de jouer un rôle plus actif dans la commission du crime et y a probablement contribué en donnant à l’assassin l’argent qui a soudoyé des élèves, dont l’irresponsabilité fait lever les yeux au ciel. Les imams ou responsables musulmans ont tous rejoint la communauté nationale en dénonçant le crime. Les familles des élèves de Conflans devraient s’inspirer de ce que disent ces musulmans au lieu de s’engouffrer dans la voie de la colère et de l’indignation au point de trouver juste que M. Paty soit exécuté.

Le bien commun.

De sorte que la tâche qui attend le ministre et son gouvernement est accablante. Il faut s’adresser aux adultes musulmans pour que leurs enfants ne prennent pas, à douze ou treize ans, le parti du djihad, car il en va de leur avenir. Il faut que les parents musulmans, même s’ils placent leur religion au-dessus des valeurs de la République, ce qui représente une position anti-laïque, empêchent leurs enfants d’apporter  leur aide à un assassin pour quelques centaines d’euros. L’honnêteté est une valeur universelle qui pénètre toutes les religions et correspond au sommet de l’échelle des principes religieux.  Violée, la minute de silence aura servi de révélateur. Elle indique où la haine est ancrée, c’est-à-dire dans un certain nombre de cas sinon dans la plupart, dans le foyer. Souvent les enfants se contentent de répéter ce que disent confidentiellement leurs parents, dont la parole est plus respectée que celle du professeur. Le sacrifice de Samuel Paty a été rendu inévitable par sa volonté de restaurer le bien commun.

RICHARD LISCIA

 

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2 Responses to La minute de bruit

  1. Num dit :

    400 violations c’est énorme et très grave. Très inquiétant surtout.

  2. mathieu dit :

    L’immigration, dont on a souvent en ce blog relevé pertinemment les vertus et l’enrichissement de notre nation, a, en un demi -iècle participé à placer la France comme premier des grands pays européens au regard de la pratique religieuse musulmane (8 à 9 millions). Rien de choquant. Plus gênant, 25 % (au minimum) d’entre eux, 2 millions, déclarent placer le Coran au-dessus des lois de la République. Y a du boulot! A ce jour, les innombrables déclarations, prises de position et de conscience, condamnations, mouvements d’union et de sursaut républicains, sacralisation de la laïcité, alliance interreligieuse, directives pédagogiques, lois anti-séparatistes, unité de la Nation, guerre contre l’obscurantisme…n’ont abouti qu’à la progression continue du terrorisme, des attentats-suicides, assassinats de rue et maintenant décapitations!
    Notre arme de réplique implacable: menacer parents et élèves, « C’est mal de couper les têtes! », « apprenons à vivre ensemble »! On est un peu dans la parabole biblique (ou le pays des Bisounours, au choix):  » Le loup couchera près de l’agneau, le lion avec la gazelle »…

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