Biden au sprint final


Joe Biden hier
(Photo AFP)

La nuit de mardi à mercredi a apporté une déception au camp démocrate, celle de mercredi à aujourd’hui lui apporte un espoir. Le décompte des voix de grands électeurs accorde 264 suffrages à Joe Biden contre 213 à Donald Trump, soit une avance de quelque cinquante points pour l’ancien vice-président.

IL NE S’AGIT plus de supputer les chances de chaque candidat à la faveur des sondages, mais d’observer les États où le comptage n’est pas terminé pour constater que les voies de la victoire sont rares pour Trump et bien plus nombreuses pour Biden. D’abord, c’est le dépouillement des votes par correspondance qui retarde l’annonce du vainqueur ; or il est connu que ceux qui ont envoyé leur vote par la poste sont essentiellement des démocrates, d’autant que Trump a dénoncé cette méthode dont il fait maintenant son unique argument de campagne.

Le président sortant a une avance de quelque 30 000 voix en Pennsylvanie, ce qui lui permettrait de passer à 234 voix en voies électorales, pas assez pour arriver au nombre fatidique de 270 voix. Même avec la Pennsylvanie et avec la Géorgie, État du sud qui n’a pas voté démocrate depuis 1992, le compte n’y serait toujours pas. Le pire, pour Trump, c’est qu’il n’est pas sûr d’avoir la Géorgie car il reste à dépouiller des dizains de milliers de votes à Atlanta, ville majoritairement démocrate. Entretemps, l’Arizona, solidement républicain, bascule à gauche. Le Nevada (seulement 6 voix) sera conquis par Biden, mais suffirait pour lui offrir la victoire (de justesse). De l’ampleur de la probable victoire de Biden dépend la suite des événements.

Trump : la voie judiciaire.

Donald Trump a conçu une sorte de complot non pas secret mais public contre les institutions, destiné à lui permettre de passer en force, même s’il est minoritaire. Il n’a jamais été question pour lui de concéder sa défaite éventuelle. Il a fait élire une juge à la Cour suprême complètement acquise à ses propres convictions. Il a toujours dit très clairement qu’il contesterait les résultats s’ils lui étaient défavorables et il a déjà fait déposer par une foule d’avocats plusieurs plaintes pour fraude électorale dans les États où il a perdu afin de créer dès cette semaine une impasse constitutionnelle. Il faut observer que Joe Biden, fort de ce qu’il a entendu dans la bouche de son adversaire, n’a jamais exprimé la moindre surprise. Il n’a pas bronché quand les sondages ont été démentis par les urnes. Il n’a pas cillé quand la nuit de mardi à mercredi lui a ouvert la perspective sérieuse d’une victoire. Comme s’il connaissait à l’avance le récit de ces élections, comme s’il savait qu’il n’entrerait à la Maison Blanche qu’au terme d’une longue marche faite de recours et de jugements, comme s’il n’ignorait pas que, pour abattre Goliath, il faut plus qu’un lance-pierres.

Calendrier implacable.

La volonté de Trump de rester dans le bureau Ovale à n’importe quel prix, y compris le désordre institutionnel, des troubles ou émeutes possibles qui affaibliraient les démocrates, des accusations calomnieuses non assorties de la moindre preuve suffit à indiquer qu’il a perdu l’élection et qu’il ne pourrait exercer un second mandat que dans un cadre institutionnel difforme. Mais, en réalité, il ne peut se battre contre le calendrier que pendant une courte période. Le 16 décembre, le collège électoral se réunit pour désigner le vainqueur. Au tout début de janvier, le nouveau Congrès confirme ce choix. Au-delà des palinodies judiciaires, l’inspiration de toute décision d’un tribunal sera le nombre des suffrages. Biden aura probablement la majorité du collège électoral et la majorité en voix populaires. À partir de là, il sera invincible. Il se peut que se produisent de graves incidents, avec morts, blessés, pillages et incendies. Il est certain de toute façon que l’Amérique sortira encore plus divisée de cette expérience unique. Une chose est sûre : pour rétablir un semblant de sérénité et d’unité, Biden est préférable à Trump.

Les républicains doivent lâcher leur chef.

Il ne faut pas désespérer du peuple américain et, ajouterai-je, pas des républicains non plus. Combien d’entre eux sont prêts à accepter cette plongée dans l’abîme à laquelle leur chef les convie ? Et au moment où Trump perd la mise, leur sort politique dépend-il encore de lui ? Je crois pouvoir dire que beaucoup de républicains s’insurgeront contre son révisionnisme électoral. Ils ne sont pas seulement d’un parti, ils sont d’une nation, certes accablée de travers, mais dont la Constitution assure le socle.

La Cour suprême elle-même n’est pas l’instrument docile de l’enfant gâté qui sévit à la Maison Blanche, elle représente la totalité du fameux « rêve américain », égalité, justice et progrès social. Elle ne s’engagera pas dans une voie tracée par un has been aux abois, un épouvantail professionnel, un clown pour film d’horreur. Cette élection, même si par extraordinaire Trump l’emportait, sera la catharsis de toutes les tares américaines. Elle montre jusqu’où les Américains ne doivent pas aller s’ils ne veulent pas sombrer dans un déshonneur collectif. Les républicains surfent encore sur la misère, l’inégalité, la peur du lendemain. Un second mandat ne ferait qu’aggraver ces sentiments car ils représentent l’aliment naturel du populisme. Dans cette affaire, ce n’est pas que Biden soit un héros, et il n’essaie pas de l’être. C’est qu’un Trump-bis, de quelque point de vue où l’on se place, serait tout simplement insupportable.

RICHARD LISCIA

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One Response to Biden au sprint final

  1. JMB dit :

    En cette période d’incertitude sur le résultat des élections étasunnienes liée à l’importance du vote par correspondance pour cause d’épidémie de coronavirus, Steve Bannon a envisagé que soit décapité le docteur Anthony Fauci directeur de l’Institut national des allergies et maladies infectieuses. (information de France culture)
    Alors qu’en France, la décapitation de Samuel Paty est récente, ces propos classent le personnage qui les profère.

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