Policiers et libertés

Il y a deux ans à Caen
(Photo AFP)

Le gouvernement souhaite faire adopter par le Parlement une proposition de loi intitulée « Sécurité globale » qui renforce la protection des policiers et gendarmes dans l’exercice de leurs fonctions. La gauche est vent debout contre ce texte, tandis que reste posée en France la manière dont on contrôle les manifestations.

C’EST l’article 24 de la proposition qui pose problème. Disons d’emblée que, du point de vue des forces de l’ordre, leur sécurité ne sera pas améliorée par le floutage systématique des photos et videos qui pullulent sur Internet. Les journalistes ont le contrôle des images qu’ils diffusent et dont il est facile de retrouver la trace. Mais n’importe quel manifestant ou casseur peut laisser, grâce à son téléphone, des images impérissables, sources de procès et de polémiques. La proposition de loi a pour objectif de faire la synthèse entre le respect de la liberté d’expression et la nécessaire sécurité personnelle des policiers et gendarmes. Elle entraîne une riposte doublement négative : la colère de la gauche et de l’extrême gauche et le mépris de l’extrême droite qui, par la voix de Jordan Bardella, considère qu’il s’agit d’une « bonne mesure », mais qui reste « dérisoire ».

Un privilège féodal.

Personne ne se déclarera surpris par de telles déclarations, toutes inspirées par le combat électoral. Certes, le gouvernement pense principalement aux manifestations rituelles qui, en France, relèvent de la tradition mais qui, hélas, sont passées de l’atmosphère bon enfant à la violence et à la destruction. Les braises des incendies passés ne sont toujours pas éteintes. Les revendications des gilets jaunes, qui n’ont jamais perdu le contact en tant que groupes, ont été financièrement satisfaites mais de nouvelles exigences sont apparues avec la crise pandémique. La police et la gendarmerie, c’est comme l’hôpital : elles sont indispensables à la bonne santé du pays et au retour de l’ordre dans une époque où tout différend social se transforme en combats de rue. À noter qu’une fois encore, le Rassemblement national pose les bonnes questions, comme le disait jadis Laurent Fabius. Et même, dans ce cas, il apporte des réponses qui méritent un peu d’attention quand il propose un juge dans chaque Hôtel de Police pour que le casseur ou le manifestant qui a agressé des policiers reçoive une rétribution immédiate. La REM et LR ne sont nullement hostiles au renforcement de la protection des forces de l’ordre. Mais les manifestants y voient un privilège féodal qui leur est accordé.

Le retour des gilets.

On trouve là l’un de ces nœuds gordiens qu’il est difficile, sinon impossible, de trancher. Le droit de manifester doit assurément rester inviolable. Le droit de blesser, casser ou tuer doit être aboli. Il n’existe pas encore. Mais, malheureusement, toute manifestation entraîne aujourd’hui des conséquences graves. Il n’est pas concevable que des policiers ou gendarmes soient poursuivis pour avoir obéi aux ordres. Il ne l’est pas davantage pour des personnes qui ont été éborgnés par les lanceurs de balles (LDB), toujours à la disposition des policiers et qui devraient disparaître de leur arsenal. La proposition de loi ne sera pas inutile si le législateur se décide à protéger le flic et le manifestant  contre leur propre violence. Mais il est très possible aussi de se contenter des lois dont nous disposons déjà et de les appliquer avec un peu d’ardeur. Ce n’est pas toujours facile, s’agissant d’une justice frileuse, en conflit avec son ministre, et qui pense davantage au citoyen, souvent présenté comme une victime, qu’à la loi et à l’ordre.

Personne en tout cas ne peut nier cette dérive profonde de la société française vers toujours plus de violence et il ne s’agit plus, aujourd’hui, de brandir la liberté comme l’étendard de toutes les causes, y compris les pires, les moins cohérentes et les plus hypocrites. Où en sont les gilets jaunes aujourd’hui? Leur violence a payé : elle a coûté 17 milliards à l’État, mais cet acquis a été englouti par les conséquences économiques et sociales de la pandémie. La chute du PIB a lessivé les classes moyenne et pauvre. La « bataille », s’il en faut une, doit repartir de zéro. Grâce aux réseaux sociaux, les gilets jaunes n’auraient aucun mal à relancer un mouvement. Mais pour quoi faire ? Pour accuser le pouvoir d’avoir déclenché l’épidémie en France ? L’exécutif et ses contempteurs mesurent aujourd’hui l’incohérence des exigences de ceux-ci et les gages offerts par celui-là. Ce sont des centaines de milliards qui ont été jetés dans la fournaise de la récession.

RICHARD LISCIA

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