Covid : la carotte et le bâton

 

Macron et Castex
(Photo AFP)

Les déclarations fréquentes mais contradictoires du gouvernement sur l’évolution de la maladie, la résistance acharnée des petits commerces, le noble désir des croyants de poursuivre la communion à l’église forment un débat à somme nulle : les pouvoirs publics ne peuvent pas déconfiner et la France doit continuer à produire si elle ne veut pas tomber dans la faillite. 

DEPUIS le début du fléau, le fossé entre dirigeants et dirigés ne fait que s’élargir. Nos gouvernants semblaient, ces derniers jours, perdre le contrôle de la pandémie. Qu’ils parlent aujourd’hui de son ralentissement tout en maintenant une discipline sévère explique plus leurs errances que leur maîtrise de la circulation du virus. Cependant, il est facile et hypocrite de les juger au moment où ils affrontent trois grands malheurs à la fois, la pandémie, les difficultés économiques et sociales, l’incertitude sur ce que sera l’avenir immédiat. On n’a pas vu vraiment que les partis d’opposition, à ce jour, disposent d’une martingale propre à soulever l’optimisme ni qu’ils attirent vers eux la popularité dont l’exécutif est privé. Je demeure convaincu que notre plus grand ennemi est l’indiscipline, en dehors des inévitables voyages en transport public pour ceux qui ne peuvent recourir au télétravail. De cette indiscipline, nous  avons vu un échantillon ignoble quand trois ou quatre cents personnes se sont réunies dans une maison de Joinville-le-Pont pour y faire une fête si tonitruante qu’il a fallu leur dépêcher la maréchaussée.

La stratégie des imbéciles.

On ne saurait critiquer les catholiques qui réclament la messe ni les libraires qui souhaitent rester ouverts. On peut même se lancer dans une longue algarade sur la liberté d’expression et l’accès à la culture, on sera sûr de gagner. Comme si la mort était négociable, comme si « l’immunité collective », stratégie des imbéciles, puisqu’il s’agit d’avoir des millions de malades et des centaines de milliers de morts pour que le virus disparaisse enfin. C’est un calcul cynique, celui qui a sans doute prévalu pendant quelques semaines aux États-Unis et en Grande-Bretagne. C’est une politique de Gribouille dès lors que l’on offre au virus les victimes qu’il cherche aveuglément. Elle a fait des ravages sanitaires mais elle a surtout ravagé les esprits fragiles de ceux qui y ont cru. Comment, dans un contexte aussi sérieux, présenter des revendications dont le résultat inévitable est de créer de nouveaux clusters ? Je sais ce qu’on dit : si on prend le métro pour aller sur son lieu de travail, on peut aussi à l’église. Sauf que le travail est indispensable au fonctionnement de l’économie, pas les lieux de culte. À aucun moment, ce gouvernement n’a choisi de sacrifier une partie, fût-elle faible, de la population pour alléger la pression sur les soignants. Cela n’empêche pas le public de hurler à la cantonade ses revendications catégorielles.

Une longue hibernation.

En somme, nous avons été conviés depuis mars dernier à une longue, très longue hibernation. Je conseille aux clients des librairies de relire les ouvrages qui ont jalonné l’histoire de la culture et aux catholiques de prier chez eux, de méditer, même si leur souhait est de communier avec leurs coreligionnaires. L’équilibre, le retour à la normale, la fin de l’épreuve sont au bout d’un effort dont aucune autorité en la matière ne peut dire quand il pourra cesser. Dans ce domaine également, les réseaux sociaux ont accompli leur travail de sape, en défendant le mécontentement, la colère, la hargne avec des arguments de joueur de bonneteau. Là aussi, on aura assisté à une vaste opération de désinformation permettant à des gens démasqués de dire que le gouvernement en fait trop et on se demande bien pourquoi, quel est son dessein, son projet, pourquoi il nous fait ça. Sans doute parce que l’exercice du pouvoir conduit tout naturellement au cannibalisme. Que tout pouvoir finit par dévorer ses enfants. Que la fête est vicieuse et l’enfermement vertueux. Qu’il était bon de diminuer la pollution. Qu’il était utile de réduire la mortalité routière. Qu’il faut, en tout cas, changer notre mode de vie. Que nous avons tout à gagner à préférer la sobriété. Je plaisante, bien sûr, mais au fond n’a-t-on pas joué, avec le confinement et les gestes-barrières, la répétition de la pièce planétaire que nous jouerons quand il sera temps de mettre un terme au réchauffement climatique, c’est-à-dire le plus tôt possible ?

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Covid : la carotte et le bâton

  1. Meyzer Jean pierre dit :

    Merci, comme toujours ou presque, vous restez dans le « juste milieu » ce qui est bien rarement le cas dans les commentaires « émotionnels » souvent pitoyables de nos confrères en suite des articles du quotidien.
    Non, vous ne plaisantez pas. Cette pandémie n’est que la partie émergée de l’iceberg fondant du réchauffement climatique, oxymore et pleine réalité. Merci encore de nous ajuster à la vraie cible !

  2. Doriel Pebin dit :

    Il est une fois de plus étonnant de constater l’inversion des valeurs contemporaine. L’individualisme, le chacun pour soi et le court-termisme priment sur l’intérêt collectif alors que l’intérêt bien compris de tous serait de respecter les règles afin que le confinement soit évité (et évitable) ou le plus court possible ! Où sont le civisme et le sens de responsabilité de nombre de Français ? Les « rassuristes » (qui semblent avoir disparu) prennent les risques pour eux-mêmes mais aussi pour les autres. Continuez à rappeler les enjeux réels, loin des mesquineries des oppositions politiques et de l’irresponsabilité des réseaux sociaux. Le bon sens ne semble pas la valeur la mieux partagée. Mais restons optimistes car tout ce brouhaha provient avant tout d’individus très actifs mais minoritaires.

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