L’argent ou le droit

Merkel avec Viktor Orban
(Photo AFP)

La Pologne et la Hongrie continuent à bloquer les deux gigantesques plans d’aide de l’Union européenne, l’un de 750 milliards d’euros et l’autre de 1074 milliards, qui doivent permettre la relance de l’économie européenne. La mise en œuvre du projet est retardée, ce qui aggrave les problèmes sociaux de 450 millions d’Européens.

C’ÉTAIT, au début,  la bonne idée des grandes démocraties membres de l’UE : exiger de Varsovie et de Budapest qu’elles mettent leur législation en conformité avec l’État de droit pour pouvoir toucher ces subventions. Les gouvernements hongrois et polonais n’ont pas cédé aux exigences de leurs partenaires où ils voient un chantage. Mais l’Europe ne peut pas attendre et chaque jour qui passe diffère la distribution de sommes d’importance vitale, notamment pour ceux qui sont, comme la France, les bénéficiaires nets.

On peut se demander si l’idée, ou le stratagème, était pertinent, dès lors qu’il mettait en jeu une avancée essentielle, au prix d’un risque finalement avéré. Hongrois ou Polonais ont au moins autant besoin de nous de cette manne financière et les deux dossiers n’ont aucun rapport. Mais peu importe : il faut trouver une solution, y compris pour les Polonais et les Hongrois, récipiendaires nets.  Le blocage décidé par la Pologne et la Hongrie n’est pas anecdotique. Il n’a pas été facile, pour la France et pour l’Allemagne, d’obtenir leur consentement au plan de relance des pays attachés à l’orthodoxie budgétaire, Pays-Bas, Autriche, Suède et Danemark et, tout aussi bien à leurs yeux, l’issue de la crise aurait pu être le renoncement à l’application des deux plans.

Une machine déréglée.

Ce qui nous garantirait quand même une stagnation économique ou même une récession en 2021. Comme d’habitude, l’Union est empêtrée dans la machine à 27 composantes qu’elles a mise au point et que peut dérégler n’importe quelle brebis galeuse. Si le retour à l’État de droit a été voté à la majorité simple, ce qu’autorisaient les statuts de l’UE, les plans de relance doivent être adoptés à l’unanimité. Les Polonais et les Hongrois se débattent comme de beaux diables, en dénonçant l’autoritarisme des « puissants » (France et Allemagne), qui s’exercerait au détriment des partenaires européens les plus petits. Personne n’est dupe de ce raisonnement pathétique : les deux gouvernements sont aux mains de populistes, dont la longévité politique dépend presque exclusivement de mesures qui, parfois, renvoient leurs administrés au Moyen-Âge. Le débat ne se déroule pas uniquement au niveau des exécutifs : il y a, dans les deux pays, un mécontentement des classes populaires qui manifestent pour conserver leurs libertés.

Sauver l’âme de l’Europe.

On est tenté de croire qu’il faut mettre l’affaire entre parenthèses, car il est difficile de convaincre des gouvernements qui n’existent que par des décisions de type néo-fasciste. Et reprendre la discussion à des jours meilleurs au cours desquels Viktor Orban, le Hongrois, et Matteus Moriawecki, le Polonais, devront passer un nouvel examen, devant leurs pairs. Mais un bon projet d’avenir ne tient la route que si la vision qui le sous-tend est respectée dans le temps. S’il est urgent de distribuer de l’argent aux pays européens qui en ont besoin, la décision doit être prise à 25, au détriment de Varsovie et de Budapest, placés devant le fait accompli et aussi dans une situation critique car, derrière leur malsaine arrogance, se love un criant besoin de fonds pour ranimer leurs économies. Encore faut-il en convaincre les pays dits frugaux qui ont failli faire capoter le projet. Et les convaincre vite car les aides financières doivent circuler au sein de l’Union et le plus tôt sera le mieux.

Cet épisode traduit le malaise européen dans son ensemble, nombre de pays de l’Union étant gagnés par l’influence des populistes. Celle-ci, depuis la pandémie, est certes en recul, comme on peut le constater en Italie où la Ligue, le parti de Matteo Salvini, perd des points à chaque élection, au profit de la coalition dirigée par Giuseppe Conte, issu du mouvement Cinq étoiles. Depuis qu’il est président du Conseil des ministres, il est apparu comme un remarquable leader. Avec les aides financières, l’Union renforcera son économie menacée par le virus. Avec le retour à l’État de droit pour tous, elle sauvera son âme.

RICHARD LISCIA

 

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3 Responses to L’argent ou le droit

  1. Michel de Guibert dit :

    La Slovénie aussi qui a apporté mardi 17 novembre son soutien à la Hongrie et à la Pologne dans le bras de fer qui les oppose à l’UE, dénonçant à son tour le mécanisme liant le versement des fonds.

    Réponse
    Et la Hongrie vient d’annoncer qu’elle opposait son veto aux plans de relance.
    R. L.

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