Le Brexit par le Covid

Sébastien Chenu
(Photo AFP)

Ironie du sort : la Grande-Bretagne s’est soudainement retrouvée isolée du reste du monde par la découverte sur son territoire d’une souche du Covid plus violente que l’autre et qui a obligé l’Union européenne  à fermer ses frontières.

LA DÉCOUVERTE de la nouvelle souche a créé une confusion encore plus grande dans un contexte déjà tourmenté par le Brexit, c’est-à-dire au moment où, quelques jours à peine avant la date fatidique du 31 décembre, un vaste accord commercial doit être trouvé. Il a fallu interrompre la circulation des véhicules alors que les camions chargés de nourriture et de produits divers faisaient la queue devant les ferries ; les citoyens français désireux de rentrer chez eux sont obligés de passer le test. En outre, malgré les assurances répétées des autorités européennes de santé, on ne sait pas avec certitude si la nouvelle souche ne signifie pas que les vaccins sur le point d’être administrés en France confèrent ou non l’immunité aux patients. Bref, un chaos qui aggrave la crise planétaire et augmente encore les difficultés économiques et sociales.

Le vaccin reste l’arme ultime.

Les experts de la santé minimisent l’incidence du variant. Ils estiment, pour le moment, qu’il ne doit pas retarder les campagnes vaccinales. Le vaccin resterait donc, après l’adoption de mesures-barrières et le confinement, l’arme ultime contre le virus. Dans ce contexte, le Conseil d’État examine aujourd’hui les neuf plaintes qui lui ont été adressées pour que les lieux de loisirs rouvrent leurs portes, cinémas, théâtres, salles de concert. Une décision positive préparerait le terrain à la réouverture des cafés et des restaurants. Il demeure que les autorités sanitaires constatent d’une part que le virus mute, ce qui n’est pas une surprise  (car c’est le cas de tous les virus) mais un facteur aggravant exigeant sans doute que toute indulgence à l’égard des rassemblements soit abolie ; et d’autre part qu’il serait préférable d’examiner en profondeur les conséquences épidémiologiques de la mutation.

« Souveraineté » britannique.

L’apparition de la souche n’a certes pas freiné la négociation entre Londres et Bruxelles sur l’accord commercial. Mais elle a réussi à produire, à onze jours de la date butoir des négociations, une situation qui nous donne à tous un avant-goût de ce qui peut se produire s’il n’y a pas d’accord : commerce bloqué, transports à l’arrêt, pénurie de denrées en Grande-Bretagne. Or Boris Johnson continue à penser et même à dire qu’il peut négocier à partir d’une position de force et renouvelle en termes solennels devant la Chambre des Communes sa défense de la souveraineté britannique. Le virus lui montre qu’il se moque de toutes les souverainetés et qu’il fait la loi au Royaume-Uni.

Macron imprudent ?

Dans la mutation du virus et la crainte d’une troisième vague de la pandémie, il y a un élément décourageant, et même accablant. Ni les Anglais ni les Européens n’ont le sentiment qu’ils maîtrisent cette crise ultra-grave ou que le vaccin demeure l’arme ultime qui éliminera le virus. Les chefs d’État ou de gouvernement, comme Boris Johnson ou Donald Trump (ou encore Jair Bolsonaro) qui n’ont pas pris le Covid au sérieux sont tombés malades, mais ont surmonté la maladie. Ceux qui l’ont pris au sérieux ont, eux aussi, été contaminés, par exemple Emmanuel Macron, au sujet duquel Sébastien Chenu, membre du Rassemblement national, a jugé bon d’affirmer samedi qu’il avait été « imprudent » et qu’il n’aurait pas dû organiser un diner de travail avec plusieurs convives. C’est certainement une mésaventure qui ne menace guère ce commentateur de choc dont la position hiérarchique, négligeable, le protège contre les dîners en ville. M. Macron s’exprime tous les jours par video interposée pour nous faire savoir où il en est de sa maladie, qui le fatigue. Contrairement à la plupart de ses prédécesseurs, il a donc choisi la transparence. Mais elle ne suffit pas à satisfaire les obscurs et les sans-grade missionnés pour médire et juger le chef de l’État.

Certes, Marine Le Pen ne se voit qu’un ennemi, le président, qu’elle redoute de retrouver au second tour parce qu’il la  battrait sans effort. Avant de prendre le pouvoir et de nous faire subir les effets de son incompétence notoire, il faut qu’elle réduise le débat politique à la plus minable des conversations.

RICHARD LISCIA

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