La Miss, Twitter et la haine

April Benayoun
(Photo AFP)

Il sera toujours temps, demain ou plus tard, de revenir sur la campagne vaccinale qui commence dimanche. L’actualité nous réserve parfois des surprises sur des sujets en apparence mineurs mais qui démontrent de manière implacable que l’antisémitisme, loin d’avoir disparu, se love dans assez de consciences pour qu’un scandale éclate de temps à autre.

BIEN QUE le concours de Miss France, samedi dernier, ait attiré plus de huit millions de spectateurs, je ne dispose pas des connaissances requises pour commenter un événement de ce genre, dont on pensera ou non qu’il représente un rite indispensable mais qui n’occupe pas la première place dans la hiérarchie des actualités. Pourtant, depuis hier, on ne parle que de ce concours, pour la très mauvaise raison que la dauphine de Miss France, April Benayoun, interrogée sur son ascendance, a mentionné une mère serbo-croate et un père italo-israélien. Et vive la diversité? Non. Que n’avait-elle pas dit ! Elle s’est contentée de s’exprimer avec candeur, croyant qu’elle n’avait pas besoin de travestir la vérité. Il existe toute une clique, dans les réseaux sociaux, qui chassent du juif en considérant, au terme de leur puissante analyse, qu’un juif n’a pas de droits, pas plus lui d’ailleurs que sa fille.

Indifférence ou mépris.

Accablée d’injures sur Twitter, la jeune April, par ailleurs très belle candidate, a opposé son sang-froid aux agressions, en montrant son indifférence et peut-être un soupçon de mépris. Elle est très contente d’avoir participé au concours, d’y avoir obtenu une récompense et espère bien, à 23 ans, poursuivre sa carrière partout où sa beauté et ses éventuelles compétences seront reconnues. C’était compter sans le scandale dont la société française est si friande, les fans des concours de beauté, les organisateurs de l’émission, avec à leur tête l’ancienne Miss France Sylvie Tellier, la Ligue pour la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA), les ministres de la Justice et de l’Intérieur, Macron lui-même qui, quoique malade, a tenu à exprimer son indignation, le public en général se mettant à créer des anticorps contre la bête immonde, toujours présente malgré la réputation qu’on tente de lui faire, toujours odieuse, mais aujourd’hui encore, toujours anonyme. Car, au-delà de la haine, on décèle infailliblement la lâcheté des anonymes.

La méthode est nazie.

De sorte que la jeune April a fini par porter plainte, pour ne pas avoir l’air d’être moins en colère que ses amis, même si,  dans ses propos, elle se montre incapable de hausser le ton, alors que Mario Stasi, l’avocat de la LICRA, lui, plaide avec virulence sur les plateaux de télévision. Et comme il a raison ! Les nazis ne faisaient pas pire qui allaient chercher l’ascendance des gens pour prouver qu’ils portaient la tare ancestrale et les déporter puis les exécuter. Ils l’ont fait avec des juifs convertis au catholicisme, avec des maris juifs d’épouses allemandes et non-juives qui se sont rassemblées pour exiger qu’on les libère. Ils seraient bien allés jusqu’à Belgrade ou en Palestine chercher quelque acte de naissance « justifiant » leurs basses œuvres. Il y a ceux qui sont morts parce qu’ils étaient juifs et ceux qui ont péri sous le prétexte qu’ils avaient quelques gouttes de sang juif. Les agités de Twitter ne font pas autre chose.

Un nouvelle loi ?

Les témoignages de solidarité sont les bienvenus. La calme April mérite d’autant plus d’être défendue qu’elle ne porte pas ses origines en bandoulière. Il ne fait aucun doute que l’anonymat autorisé sur les réseaux sociaux alimente les cascades de haine et qu’il va falloir le supprimer. La haine est un incendie qui ne résisterait pas à l’eau froide. Or Twitter, précisément, refuse en l’occurrence, de fournir les identifiants des antisémites. Le gouvernement a donc la tâche de réclamer ou, comme le dit Mario Stasi, de faire voter une loi interdisant l’anonymat sur les réseaux sociaux, ce qui serait un changement de cap mondial. Qui sont-ils, ces intervenants qui ont transformé les réseaux en eaux du Styx, sinon les frustrés des crises du Proche-Orient désireux de les importer en France  ? Mais on ne les désignera pas sans preuves et on a toutes les raisons de croire qu’ils continueront à « dénoncer » (être juif étant un crime, n’est-ce pas ?) ceux dont le patronyme leur semble suspect.

RICHARD LISCIA

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One Response to La Miss, Twitter et la haine

  1. Michel de Guibert dit :

    Il sera toujours temps, demain ou plus tard, dites-vous, de revenir sur la campagne vaccinale qui commence dimanche… contre la covid, mais hélas il n’y a pas de vaccin contre la haine et contre la bêtise, qui de surcroît vont souvent ensemble et toujours dans la lâcheté de l’anonymat.

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