Sur le mode de scrutin

Bayrou veut renforcer son parti
(Photo AFP)

Emmanuel Macron semble avoir décidé d’ajourner toute initiative avant les élections législatives de 2022 qui aurait pour objectif d’introduire « une dose de proportionnelle ». L’abandon de cette mesure ne convient pas à François Bayrou, président du MoDem, parti de la majorité, qui la réclame depuis de nombreuses années.

LE PRÉSIDENT pourrait s’appuyer sur les difficultés considérables liées à la pandémie et sur ses conséquences économiques pour écarter une décision qui, elle-même, ferait l’objet d’une polémique, notamment au sein de la République en marche et ses relations avec le MoDem et au sein de la droite inspirée par le gaullisme. Le scrutin proportionnel n’est, au premier abord, que justice. Sa capacité à refléter la réalité des diverses orientations de l’électoral est imbattable. Mais il se présente aussi comme un créateur de confusion puisque, par définition, il ne conduit que très rarement à la formation d’une majorité stable. On en voit l’exemple en Israël où la proportionnelle est appliquée de manière intégrale, ce qui rend impossible l’émergence d’un pouvoir fort et donne au contraire un rôle d’arbitrage disproportionné à de minuscules formations qui fausse les aspirations des électeurs.

Avantages et inconvénients.

M. Macron a toujours pensé que le scrutin à la proportionnelle était le plus équitable. Il a, de même, souligné ses inconvénients. Depuis plus de trois ans, il discute avec François Bayrou du taux de députés qui pourraient être élus à la proportionnelle (entre 15 et 25 %), de manière que, au deuxième tour, une majorité se dégage. Personne n’ignore cependant que le scrutin uninominal majoritaire à deux tours est celui qui est le plus en phase avec la constitution de la Vè République.  Un élargissement à 30 % (ou plus) du taux d’élus à la proportionnelle trahirait donc la Loi fondamentale conçue justement pour la stabilité du régime et les gaullistes historiques ne manquent jamais de le rappeler avec la force de ceux qui demeurent très hostiles au régime des partis. N’ayons pas peur de dire que l’abandon du scrutin majoritaire conduirait, à terme, à la fin de la République actuelle.

Le rôle du MoDem.

D’autant que l’expérience de la proportionnelle a été faite par François Mitterrand en 1986. Il l’a faite dans un souci de justice apparent qui n’a bénéficié qu’au Front national et avec le dessein pervers d’affaiblir la droite aux yeux d’un électorat déçu par le déclin (déjà !) de la gauche au pouvoir. En d’autres termes, si on veut que le Rassemblement national dispose d’au moins une trentaine d’élus dans l’hémicycle, il suffit d’introduire la proportionnelle dans le scrutin. Bien sûr, M. Bayrou ne pense qu’aux intérêts du MoDem, dont il pense qu’il a rendu assez de services au président pour qu’il soit récompensé par sa représentation au Parlement. Que le RN bénéficie lui aussi d’une disposition adoptée au moment où la majorité est en difficulté ne semble pas l’émouvoir dès lors que l’influence du MoDem deviendrait indispensable et son apport de suffrages vital pour la majorité.

Tout cela est plus sentimental que politique . La référence à la justice en matière de scrutin cache un cadeau somptueux fait à l’extrême droite, devenue le premier parti de France et  contre laquelle la République en marche, avec le Modem, a dressé l’unique rempart. En effet, le RN attire plus de gens de la droite LR que l’inverse, le risque d’une conjonction entre RN et LFI (Mélenchon) n’est pas complètement écarté et, de toute façon, il sera toujours utile et même essentiel qu’un président, quel qu’il soit, gouverne avec une majorité stable, ce qui ne sera pas le cas si le RN l’emporte d’un cheveu. Il faut aussi rappeler que l’union fait la force et que, par exemple, si la gauche se lie aux Verts, elle bénéficiera davantage d’un scrutin proportionnel que d’un scrutin majoritaire.

Ce que Marine espère.

M. Macron tente de gouverner en dépit de la pandémie et de rester à l’offensive sur tous les fronts de la réforme. Cela l’empêche d’invoquer la crise pour éloigner ce qui est l’une des réformes qu’il promises, sans doute imprudemment. Le scrutin majoritaire explique le double échec de l’extrême droite en 2002 et en 2017. Marine Le Pen, quoi qu’elle en dise, reste minoritaire au second tour en dépit de ses reculades idéologiques qui la font plus ressembler à une centriste de droite (et, dans ce cas, que ne rejoint-elle pas les Républicains ?) qu’à un foudre de guerre. On peut certes multiplier les critiques contre le pouvoir actuel et Dieu sait que les oppositions ne s’en privent guère. Mais, pour la majorité silencieuse, Mme Le Pen reste un épouvantail. Certes, elle progresse. Les estimations indiquent aujourd’hui qu’elle perdrait le second tour par un rapport 55/45, alors qu’elle a été battue par 66/33 au second tour de 2017. Cette progression indique que, par rapport aux autres partis, asphyxiés par leurs contradictions et une conjoncture qui ne les a pas épargnés, elle devient chaque jour un peu plus présidentiable. Si on veut qu’elle l’emporte l’année prochaine, l’introduction de la proportionnelle suffira.

RICHARD LISCIA

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One Response to Sur le mode de scrutin

  1. Laurent Liscia dit :

    La proportionnelle fonctionne mal ailleurs: Italie, Israêl. On voit des exemples de pays parfois ingouvernables … Et n’oublions pas le chaos perpetuel de la IVème Republique.

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