Verba volant, scripta manent

Castex : fortes paroles
(Photo AFP)

Les fortes paroles prononcées hier par Jean Castex n’ont pas été suivies d’effets. L’annonce d’une augmentation délibérée de 3,7 millions de rendez-vous pour la vaccination ne permet toujours pas d’en obtenir un seul.

CE VENDREDI matin, aux aurores, j’ai appelé le numéro national pour la prise de rendez-vous ; un jeune homme courtois m’a expliqué que le centre de vaccination rattaché à la ville de banlieue proche où j’habite était saturé et que je devais rappeler une semaine plus tard. Je lui ai expliqué que j’entends cette réponse depuis 40 jours. Il m’a fait clairement entendre qu’il n’y était pour rien, ce dont je suis conscient.

Ce qui compte n’est pas la discussion entre le demandeur et le préposé, qui n’est que l’ultime maillon de la chaîne, mais la dialectique bizarre et même surréaliste entre les annonces gouvernementales et le public éligible à la vaccination. Je propose donc au ministre Olivier Véran de faire mon expérience, de tenter de prendre rendez-vous pour un homme ou une femme âgés de plus de 75 ans, habitant les Yvelines, par téléphone ou par Internet. Il se rendra compte, s’il ne le sait pas déjà au fond de lui-même, que la prise de rendez-vous est impossible.

Un triomphe de la recherche.

La mise au point d’un vaccin, et bientôt de plusieurs vaccins, en moins d’un an, a été saluée comme un triomphe de la recherche mondiale. Une campagne vaccinale rapide et massive aurait eu l’avantage de mettre un terme à l’accumulation des mesures contraignantes qui nous ont à tous été appliquées. Elle aurait réduit à néant le calcul des doses, cette expression alarmante de l’infantilisme général. Elle aurait offert une alternative à la confusion, au désordre, à la frustration des patients. Pour ma part, le télé-travail m’a permis de rester actif pendant l’année 2020, mais bien entendu, je suis resté confiné pendant 12 mois. J’ai renoncé à tout projet de voyage, bien que, chaque année, j’aille à la rencontre des membres les plus proches de ma famille répartis sur le sol des États-Unis. J’en ai conçu un peu de colère, mais l’arrivée du vaccin semblait m’offrir une perspective plus réjouissante pour 2021. Il n’en est rien. Passeport sanitaire ou non, on ne peut pas prendre l’avion sans être vacciné ; on ne peut pas réserver une chambre dans un hôtel qui n’a pas rouvert ses portes ; on ne peut pas louer une voiture.

Une crise du rendez-vous.

La pandémie, l’irruption des variants, la désorganisation des services vaccinaux par la pénurie portent un coup sévère à l’équilibre de nos concitoyens. Le Premier ministre, Jean Castex, a eu raison d’écarter l’idée d’un troisième confinement pour le moment, mais il ne peut pas nous donner la garantie qu’il ne s’y résoudra pas. Le pire est donc l’incertitude liée au manque de vaccins. Pour la campagne, il fallait agir comme Israël : commander assez de vaccins pour résorber dans un temps court les quelque 5 millions de personnes qui figurent dans la première partie de la campagne. On peut craindre aujourd’hui que les moins de 75 ans obtiennent des rendez-vous alors que tous les plus de 75 ans, dans certaines régions où le nombre de centres de vaccination est insuffisant, n’auront pas été vaccinés, ce qui créera une crise.

Pour les vieux, le temps est plus court.

Il y a donc loin de la coupe aux lèvres et de l’effet d’annonce à la pénible réalité. Il ne s’agit pas ici de nier les contraintes sanitaires ou d’ignorer des consignes indispensables et acceptables. Il ne s’agit pas de nier la complexité que présente la distribution du vaccin dans le vaste territoire français. Il ne s’agit pas de se plaindre, surtout si on a la chance d’être resté en vie. Il ne s’agit pas d’exiger un passe-droit.

Il s’agit seulement de montrer à nos dirigeants que cette partie de la population appelée « personnes âgées » et que j’appelle « vieux » pour parler plus simplement, est capable d’attendre mais que, s’il elle attend trop longtemps, elle finira par être contaminée, ce qui, dans le cas d’un septuagénaire représente souvent une condamnation à mort. Rassurer le peuple en l’informant que, avant la fin de l’été, tout le monde en France sera vacciné ne suffit pas : les vieux ont déjà perdu un an, ils sont en train de perdre la deuxième année.

RICHARD LISCIA

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