Poutine la menace

Le désarroi de Poutine
(Photo AFP)

On a beaucoup glosé sur la « gifle » donnée par Vladimir Poutine à Joseph Borrell, le ministre (espagnol) des Affaires étrangères de l’Europe quand la Russie a expulsé trois diplomates européens de Moscou alors même que M. Borrell était reçu officiellement par son homologue russe, Andrei Lavrov. L’expulsion traduit pourtant la fébrilité du régime russe.

LE VOYAGE de M. Borrell dans la capitale russe a été décrit comme un « fiasco ». L’Allemagne, la Suède et la Pologne ont pourtant riposté à Moscou en expulsant à leur tour trois diplomates russes. Vladimir Poutine reprochait aux fonctionnaires européens d’avoir participé aux manifestations qui ont suivi l’arrestation du dissident Alexei Navalny. En réalité, ils n’ont fait que leur travail, en prenant la température d’une foule russe indignée. La Russie, de son côté, se livre à toutes sortes d’ingérences en Europe, notamment par l’entremise de médias comme Russia Today (RT) qui déversent une propagande de tous les instants sur les ondes européennes.

Le poison préféré de Poutine.

Ce grave incident diplomatique n’est certes pas à la gloire de l’Union européenne, mais il révèle chez Poutine un état d’esprit où se mêlent inquiétude, rage et colère. Son pays n’est pas le meilleur des mondes qu’il décrit à ses concitoyens. C’est une nation affaiblie économiquement et socialement dont les gouvernants recourent à des méthodes moyenâgeuses pour se débarrasser de leurs dissidents. Navalny a été empoisonné par les services secrets russes (FBS) au moyen du Novitchok, le poison préféré de Poutine, et n’a dû son salut qu’aux soins prodigués par un hôpital allemand. Une fois guéri, il est reparti pour Moscou où il a été arrêté et condamné à trois ans de prison. Il y croupit maintenant sous le prétexte qu’il ne s’était pas présenté lors d’un contrôle judiciaire et pour une bonne raison : il était alors dans le coma.

L’ego du potentat.

Poutine, chez qui le mensonge est une façon de vivre, a nié que Navalny ait été victime d’une tentative d’empoisonnement par le FBS, ajoutant, non sans cynisme, que, si le FBS avait voulu l’occire, il y serait parvenu. L’exaltation du perfectionnisme dans la destruction de l’adversaire politique. Le dissident rassemble chaque semaine de larges foules dans les grandes villes qui réclament sa libération. Ce qui le protège le mieux, c’est l’incapacité des services secrets à commettre un nouvel attentat contre lui. Le voyage de M. Borrell a eu en tout cas le mérite de montrer que les Russes, plongés dans le désarroi, se comportent avec une brutalité inouïe parce qu’ils n’ont pas de politique de rechange, parce que Poutine croit que sa présidence à vie le place au-dessus de tout le monde et qu’il peut gouverner sans rendre de comptes à qui que ce soit.

Le palais du tzar.

Mais Navalny n’est pas resté inerte. Il a enregistré une conversation avec un agent du FBS dans laquelle celui-ci ne cache pas qu’il a tenté de supprimer le dissident. Il a diffusé l’enregistrement et il a mis en ligne un document qui montre un palais de Poutine érigé au prix de 1,5 milliard d’euros pour le seul confort du nouveau tzar. Cette guérilla a placé Poutine sur la défensive, alors qu’il se croit tout puissant. Du coup, il réagit avec ce qui est sa vraie force, sa violence, son cynisme et ses provocations. Cette partie de tennis entre la Russie et l’Union européenne cache une profonde dégradation de leurs relations. Vladimir Poutine passe son temps à démontrer que le système démocratique et parlementaire est faible, et pas à la hauteur de son système, de plus en plus dictatorial. Navalny lui prouve souvent le contraire.

Le rôle de la chancelière.

La France a affiché sa solidarité avec les trois pays victimes des expulsions. L’Allemagne est sur autre registre, plus commercial que politique. Le gazoduc Nord Stream censé apporter à l’Allemagne le gaz russe est achevé à 90 % et la chancelière, Angela Merkel, veut que le projet soit achevé. Ce qui limite clairement ses prises de position anti-russes. Elle prétend qu’il ne faut pas mélanger les affaires et la politique, comme si l’on pouvait vraiment les dissocier. Que vaut une énergie, certes indispensable, si elle est liée à un régime qui fait métier de provoquer, de blesser et de nuire aux démocraties européennes ? La présidente de la Commission de Bruxelles, Ursula van der Leyen, ancienne ministre allemande, ne saurait adopter la position de Mme Merkel qui reste pour le moins controuvée. Mme Merkel a fermé ses centrales nucléaires, ce qui l’a conduite à se jeter sur le charbon et à dépendre du gaz russe ;  cela n’est ni respectueux de l’environnement ni encourageant pour les Européens.

RICHARD LISCIA

 

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One Response to Poutine la menace

  1. Laurent Liscia dit :

    La realpolitik allemande est une insulte au courage surhumain de Navalny. C’est ça, la vraie gifle.

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