Le Pen : du réchauffé

Mme Le Pen hier
(Photo AFP)

Le débat entre Marine Le Pen et Gérald Darmanin sur France 2 hier soir s’est déroulé dans le calme et aura déçu les amateurs d’empoignades.

LA PRÉSIDENTE du Rassemblement national s’était donné une consigne prioritaire : effacer le souvenir du débat entre les deux tours avec le candidat Emmanuel Macron en 2017.  Mais elle n’est pas meilleure dans la recherche de la subtilité que lorsqu’elle profère des insanités. Le sujet était l’immigration et M. Darmanin a passé son temps à corriger ses chiffres et ses erreurs, comme l’immigration officielle de 471 000 personnes en 2017, quand la réalité est 277 000, ce qui est déjà beaucoup. Le ministre de l’Intérieur l’a accusée de tomber dans la « mollesse », ce en quoi il n’avait pas tort, car la normalisation de son personnage et la courtoisie du débat ont été acquises sans restaurer sa crédibilité. Elle pensera sans doute qu’elle a seulement besoin de se faire entendre, qu’elle a réussi à étendre son attrait au plus grand nombre de téléspectateurs, en attendant de nouveaux électeurs, et que ce qui compte, c’est qu’elle finisse par l’emporter en 2022.

Serpent à sonnette.

Personne n’est plus en mesure de rejeter cette hypothèse, dès lors que les partis d’opposition n’ont cessé de démolir Emmanuel Macron, sans paraître se douter qu’ils renforçaient ainsi la position de Marine Le Pen et de son parti, qui est, ne l’oublions pas, le premier en France. Contre le Rassemblement national et la fascination du serpent à sonnette qu’il exerce sur le grand public, il n’y a vraiment plus rien à dire, sinon que tout esprit rationnel se demande à quoi il peut bien servir. Le RN n’est plus le FN. Il cherche à s’adapter à une situation européenne différente de celle d’il y a quatre ans. Toutes les extrêmes droites d’Europe se sont électoralement affaiblies. Toutes, comme le RN, s’efforcent d’accéder au pouvoir en montrant des lettres de créance qui leur permettraient, selon elles, d’entrer dans des coalitions gouvernementales. Le FN était anti-européen et anti-euro, il ne l’est plus ; il mâchonne ses critiques plutôt qu’il ne les clame ; il n’est pas définitivement contre la loi pour le renforcement des principes républicains ; il n’est pas totalement hostile à la loi sur le séparatisme et il la votera peut-être.

Grand écart.

Dans ces conditions, pourquoi, s’il est sincère, ne rejoint-il pas la droite classique à laquelle il a arraché tant d’électeurs ? Sans doute parce qu’il réunit en son sein des factions moins complaisantes pour l’ordre actuel, plus violentes et qui gèreraient le pays d’une manière plus brutale. Tout en se gardant bien de le dire, car il est contraint au grand écart et marche sur les plates-bandes des autres partis, y compris les extrémistes de gauche, parfois approbateurs des démonstrations d’intolérance. Voilà ce qui est pure vérité, mais qu’on n’entend guère dans cette myriade de débats qui noie sous les mots les plus fades le seul sujet, celui de l’avenir du « système », c’est-à-dire notre bien le plus précieux, la démocratie, qu’ils sont des millions à vouloir balayer pour la remplacer par l’arbitraire. Inversement, pourquoi la droite et la gauche ne dénoncent-elles que le pouvoir et jamais le RN ? Pourquoi, si elles ne veulent pas d’un match retour Macron-Le Pen ne tentent-elles pas en premier lieu de bloquer Marine Le Pen au premier tour et pourquoi faut-il impérativement que Macron, et non Le Pen, ne soit pas qualifié pour le second, sinon parce que, en définitive, le RN a des affinités avec l’extrême gauche et une bonne partie de la droite classique dont nombre de LR qui sont passés au RN ?

L’usage que nous faisons de la liberté.

Comme il m’est arrivé déjà de le dire, je ne crois pas qu’un seul écrit conduise un lecteur à renoncer à voter pour Mme Le Pen et j’ai donc conscience que mon plaidoyer répété en faveur de la démocratie parlementaire ne changera l’état d’esprit de personne. Mais j’estime que ce n’est pas une raison pour tomber dans l’inertie ou le fatalisme, la lassitude ou l’indifférence, toutes attitudes qui sont nocives. L’ennemi n’est pas celui qui obéit aux règles démocratiques, mais celui qui les conteste. Respecter la Constitution n’est pas une démarche inutile, elle conditionne toutes les autres. Nous avons en France toutes sortes de manifestations, toutes sortes de grognes et de mécontentements. Mais à Hongkong, en Russie, en Égypte, et même aux États-Unis, on manifeste moins pour le niveau de vie ou un emploi que pour la liberté. Cette liberté, nous Français, nous l’avons. Mais lorsque nous admirons la championne la plus en vogue de l’autoritarisme, nous nous jetons dans la gueule du loup. Il n’y a rien, strictement rien, que Marine Le Pen apporte au débat national, il serait temps de s’en rendre compte. Elle est toxique, malsaine, dangereuse. Nous pouvons nous en passer.

RICHARD LISCIA

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