Un vote pour Macron

Christophe Castaner
(Photo AFP)

La loi dite sur le séparatisme a été adoptée hier par l’Assemblée nationale par 347 voix contre 151 et 65 abstentions. Elle passera devant le Sénat le mois prochain. Le scrutin a souligné la cohésion de la majorité et les divisions des oppositions.

EN GROS, la droite LR a jugé que le texte était trop « mou » ou pas assez explicite concernant la menace djihadiste, de même que le RN, tandis que la gauche dans son ensemble le considère au contraire comme une menace pour les libertés. Pour qu’il déplaise à tant de monde, pourrait-on ironiser, c’est qu’il est équilibré. Nous aurons tout le temps de revenir sur le contenu de la loi, qui n’a pas fini son parcours parlementaire et peut encore être amendée. Il est clair cependant que le gouvernement a cherché à contrôler le séparatisme, qui n’est pas le mot le moins mauvais pour désigner le danger, tout en évitant l’amalgame, celui qui ne gêne par la droite et l’extrême droite, entre les Français musulmans attachés aux valeurs républicaines et ceux qui prônent la lutte contre ce qu’ils considèrent comme une sorte d’appendice historique de la colonisation.

Idéologie de ligne de crête.

Cet équilibre est un produit pur sucre de la République en marche et du « en même temps », et c’est pourquoi il est rejeté par des élus tentés par le populisme. On le doit aussi à Christophe Castaner, meilleur en tant que chef de la majorité que lorsqu’il fut ministre de l’Intérieur.  Nombre de lois réformistes ont provoqué des crises successives au sein de la REM avec des départs de députés qui sont allés former un courant différent. On se demandait donc si le macronisme avait encore une signification avec la crise des gilets jaunes, puis celle de la pandémie. Le voilà, à la faveur d’un scrutin parlementaire tout aussi important que les précédents, qui repart de plus belle et s’impose tout à coup comme une sorte d’idéologie de ligne de crête malaisée à parcourir mais qui ménage toutes les sensibilités, au lieu de céder à l’intolérance, comme c’est hélas le cas de plus en plus souvent.

Une synthèse macronienne.

Mais non seulement Macron récupère sa majorité, ce qui n’est pas un mince exploit si l’on tient compte du malaise national, mais il a fini par accentuer les conflits entre la droite et l’extrême droite, entre la gauche et les Verts, entre la gauche et l’extrême gauche. Certes, il ne s’agit pas d’un référendum pour ou contre Macron, ni d’une répétition avant la présidentielle, mais d’un test. Il indique d’abord que le président compte, qu’il n’est pas fini comme on nous l’a si souvent mais si fallacieusement annoncé ; que, sur un thème régalien, le président peut faire la synthèse et retrouver une majorité pour la soutenir ; que, en revanche, les chefs de l’opposition, en dépit (ou à cause) de leur acharnement contre lui, n’ont pas vraiment émergé, n’ont pas acquis la dimension de gestionnaires et sont peut-être trop prompts à ne satisfaire que leur électorat pour prétendre gérer le pays dans son ensemble.

L’exemple du voile.

Prenons un exemple : les Républicains souhaitent interdire le voile islamique, au moins dans les écoles et les universités. Dans le débat politique, le voile est considéré par beaucoup de nos concitoyens comme une provocation, comme une façon de placer la loi religieuse et l’identité personnelle au-dessus de la République. L’argument est fort et devrait logiquement l’emporter. Mais il n’y parviendrait pas sans enflammer les Français musulmans déjà intégrés sans réserves à la vie de la société française. C’est à ceux-là qu’il faut donner des marques de respect si l’on veut vraiment réconcilier tous les citoyens. Même une décision juste peut être abandonnée si elle risque d’aggraver le malaise entre musulmans et non-musulmans.

La loi portée par le gouvernement a tenu compte de chaque piège, de chaque aspérité du tissu social, des différences si difficiles à aplanir pour donner un coup d’arrêt à la violence politique mais aussi pour maintenir un espace de respiration pour les minorités religieuses. Pour ce projet, il fallait avoir le sens de la discrimination. Il fallait distinguer ceux que nous devons combattre sans réserves et ceux qui sont déjà avec nous et auxquels nous devons amitié, fraternité et protection.

RICHARD LISCIA

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