La bataille de Moselle

La préparation du vaccin
(Photo AFP)

Les restrictions apportées par Berlin à la circulation entre la Moselle et le territoire allemand ne sont que la conséquence de la pénurie de vaccins.

PEUT-ÊTRE ne faut-il pas pas exploser de colère devant des mesures qui, certes, impactent la vie des travailleurs frontaliers. Il ne s’agit que de dispositions provisoires. Elles traduisent la fébrilité, pour ne pas dire la panique, des gouvernements européens devant l’expansion de la pandémie et la résistance des variants, notamment le sud-africain. L’année dernière, l’Allemagne a été le meilleur élève européen. Elle a perdu ce statut avec le variant, d’abord britannique, puis les autres. De notre côté, nous sommes allés de Charybde en Scylla. La première leçon de cette affaire, c’est que la solidarité européenne est bien fragile. De même que l’achat des vaccins a été engagé dans la confusion, en partie parce que la santé n’est pas une compétence de l’Union, de même l’absence de statut européen de la santé autorise les exécutifs à agir de manière anarchique. On peut comprendre le sauve-qui-peut allemand, il résulte plus de la lutte contre le virus que d’un éventuel « laxisme » français.

La solitude du citoyen moyen.

Ce qui ne veut d’ailleurs pas dire que le fiasco vaccinal soit durable et destructeur. L’arrivée prochaine sur le marché du vaccin de Johnson et Johnson concourra à l’accélération de la campagne. Cependant, il est peu probable que, en France, nous atteignons un degré suffisant d’immunisation collective avant la fin de l’année, ce qui implique de longs mois de restrictions, la remise à plus tard des projets familiaux ou professionnels, et une discipline qui ne peut que faiblir avec le temps. Beaucoup de nos concitoyens, ivres de solitude et parfois d’ennui (tout le monde ne se contente pas de lire un bon livre pour passer l’après-midi) risquent de s’exposer à la contamination sans vraiment le vouloir, un peu comme l’athlète fatigué qui ne peut plus soulever ses haltères.

Ceux qui vont plus vite que nous.

Je ne reviendrai pas sur l’argumentation qu’inspire ce fâcheux exposé des faits : la fabrication de plusieurs vaccins en moins d’un an a été une sorte de note triomphale au beau milieu de la pandémie, elle a nourri des illusions et la déception ainsi produite dans l’opinion a énormément contribué à la dépression de nombre de nos concitoyens. Une vaccination massive était possible : dès lors que l’Europe n’est pas compétente, nous avions tout le loisir d’acheter des vaccins sur le marché mondial sans nous préoccuper du prix, car la vaccination nationale coûte de toute façon moins cher que le ralentissement de l’économie. Des pays l’ont fait, soit qu’ils aient commandé massivement des vaccins avant même qu’ils n’aient obtenu leur autorisation de mise sur le marché, soit qu’ils les ait achetés aux enchères. Tout le monde cite le cas d’Israël, qui a déjà vacciné la moitié de sa population et dont on n’a jamais dit autant de bien, ce qui est rafraîchissant, bien sûr ; mais Israël n’est pas seul. Les États-Unis et la Grande-Bretagne vont plus vite que nous. Des pays comme la Nouvelle-Zélande ont su s’abriter de la pandémie dès qu’ils en ont entendu parler et considèrent comme un « malheur » la soudaine création d’un cluster qu’ils combattent par des mesures draconiennes.

Faut pas rêver.

Aux inévitablement tâtonnements du gouvernement s’ajoute l’indiscipline d’une partie de la population, notamment sur les plages, dans les parcs, le long des fleuves, partout où la nature est agréable et ce d’autant plus qu’il fait beau depuis deux semaines en France. Il ne faut jeter la pierre à personne, même si la raisonnement selon lequel il vaut mieux vivre que se protéger sans cesse est absurde : ce sont les vieux qui restent confinés, ce sont les jeunes qui sortent, sans vouloir admettre qu’ils risquent leur vie. Conscient que le confinement est extrêmement impopulaire, le gouvernement essaie le confinement région par région et le couvre-feu. À part ça, il roule de gros yeux menaçants qui n’épouvantent personne. La réalité est donc à la fois bizarre, drôle, accablante et surréaliste. Du coup, on rêve de pouvoir sortir, de passer devant un centre énorme de vaccination, de s’y présenter, d’être vacciné, d’avoir un second rendez-vous et de commencer à trouver que la vie est belle. Mais faut pas rêver.

RICHARD LISCIA

 

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