Réformistes jusqu’au bout

Macron peaufine son look de réformateur
(Photo AFP)

Le gouvernement a présenté son projet de loi sur l’assurance-chômage qui met les syndicats vent debout. Il a indiqué les grandes lignes de la réforme de la justice, largement inspirée par les problèmes du Parquet national financier, mais le texte est encore incomplet.

AUCUNE mesure de ce genre ne peut être séparée de son contexte, lequel se résume à la pandémie et à ses graves conséquences sociales. Dans le cas de l’assurance-chômage, l’idée, bien sûr, est de faire des économies, lesquelles se monteraient grosso modo à un milliard d’euros. Ce que peut coûter ce milliard en termes d’agitation populaire est incalculable. Laurent Berger, chef de la CFDT, dont on ne peut pas dire que le président de la République ait voulu faire un partenaire privilégié sensible au réformisme, a qualifié la réforme d’« incohérente, anachronique et injuste ».

Injuste parce que les économies de l’État seront forcément assurées par les chômeurs dont le nombre ne cesse d’augmenter pour cause de pandémie. Anachronique parce qu’elle est conçue et appliquée (elle devrait être mise en œuvre le 1er juillet prochain) dans une période où le virus a bousculé tous les fondamentaux, de sorte que l’économie d’un milliard d’euros, par rapport au « quoi qu’il en coûte » (qui nous aura déjà coûté quelque 200 milliards) pouvait attendre un ou deux ans de plus. Incohérente parce que, justement, la démarche du gouvernement depuis l’apparition du Covid a consisté à lutter contre la maladie, en appliquant un moratoire aux réformes et en retardant le retour aux grands équilibres budgétaires.

Une autre réforme, celle de la justice.

Le pouvoir a assoupli les termes du projet de loi pour tenter d’éviter le désordre social et que la CFDT songe à demander l’avis du Conseil d’État afin de soutenir une réforme de la réforme sinon son abolition. Tout se passe comme si Emmanuel Macron voulait signifier que la pandémie ne l’empêche pas de poursuivre les réformes, ce qui lui permettrait de présenter un bilan acceptable au moment de la campagne électorale l’an prochain.

C’est ainsi qu’il demande au ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, de préparer une réforme de la justice qui  semble émaner du procès dont Nicolas Sarkozy a été victime et qui lui a valu une peine de prison de quatre ans, dont un ferme. Créé par François Hollande, certainement pour mettre un terme à des comportements d’élus copiés sur celui de Jérôme Cahuzac, ministre du Budget (qui s’était soustrait au fisc pour planquer à Singapour ses gains de médecin), le Parquet national financier (PNF) s’est montré particulièrement sévère dans le cas de M. Sarkozy, ce qui incite l’opinion publique à croire qu’il n’existerait pas d’impartialité dans les poursuites contre les hommes politiques.

La réforme des retraites est différée.

Mais on devine où conduit la condamnation d’hommes politiques quand le PNF (qui, tout de même, a récupéré des milliards d’euros grâce aux procès qu’il a intentés à de puissants groupes industriels) se croit capable de confondre ses accusés en recourant à des mesures qui bafouent le secret de l’instruction mais sont entérinées par d’autres Cours. Dans un entretien avec « le Figaro », M. Sarkozy a juré qu’il irait jusqu’à la Cour de justice européenne pour être lavé d’un délit qu’il affirme ne pas avoir commis. Le menace est lourde, car cela signifie qu’un ancien président de la République tenterait de faire condamner son pays.

Il ne s’agit pas ici d’insister sur la difficulté de changer la société française par des réformes. Il s’agit seulement de comprendre comment, dans une situation de détresse exceptionnelle, la poursuite des réformes reste indispensable. Elle l’est parce que M. Macron s’est attribué une tâche énorme qu’il n’a pas terminée, alors que la campagne électorale pour la présidentielle de 2022 a déjà commencé. Mais la ministre du Travail, Elisabeth Borne, a écarté définitivement l’hypothèse d’une réforme des retraites avant le terme du mandat actuel de M. Macron.

Le président est donc capable, aussi, d’abandonner une réforme tellement impopulaire qu’il y laisserait assez de plumes pour perdre son second mandat, alors que le contexte, contrairement à ce que l’on nous dit souvent, n’est pas pour lui désastreux. Du point de vue du président, la condamnation de M. Sarkozy prive la droite LR d’un recours possible susceptible de bouleverser la donne en cassant le duo Macron-Le Pen au second tour.

RICHARD LISCIA

 

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