Covid : du chaos à l’espoir

Splendide carnaval à Marseille
(Photo AFP)

La politique vaccinale en France fait l’objet de diverses suggestions contradictoires qui, toutes, ignorent la dure réalité : l’insuffisance des moyens face à une pandémie en pleine expansion.

PARMI les nombreuses décisions prises par le gouvernement, une au moins contient enfin un peu de bon sens : la suppression de l’attestation dérogatoire de sortie, sorte de concept kafkaïen qui repousse les limites de la bureaucratie la plus absurde. Le mystérieux document, en effet, revient à dire : « Je m’autorise à sortir parce que j’ai une bonne raison de sortir et ma volonté permet de légaliser ma démarche ». Cette procédure quelque peu hallucinante est remplacée par : « Je sors pour de bonnes raisons et la police ne peut pas m’interpeller ».

Confinement aéré.

Cela fera des millions de citoyens soulagés, mais rien, dans ce confinement « aéré » qui, selon le président de la République, n’en est pas un, ne permet de prédire une soudaine amélioration de la situation. Je ne sais pas si nous sommes en guerre, mais, assurément, personne ne peut prédire la fin de la crise sanitaire. L’attitude d’Emmanuel Macron qui, pour des raisons politiques et du fait qu’il a refusé de confiner en janvier dernier, consiste à nier la réalité du troisième confinement n’est pas raisonnable. Politique de Gribouille. De même, la consigne imposée au porte-parole de l’exécutif, Gabriel Attal, de claironner à l’envi qu’il ne s’agit pas d’un confinement est pathétique.

Carnaval criminel. 

D’autant que les efforts de nos dirigeants pour discipliner une population rebelle ne convainquent toujours pas tout le monde, comme ce « carnaval » de Marseille, hier, où des milliers de gens non masqués ont fait la fête jusqu’à ce que policiers et gendarmes arrivent à la rescousse pour les disperser et en arrêter quelques uns qui devront rendre des comptes à la justice. C’est une insulte aux soignants, débordés depuis quinze mois, aux citoyens de ce pays soumis au confinement et bien sûr au gouvernement, dont la poigne est testée à chaque instant et, à chaque fois, pour démontrer qu’il ne l’a pas. Pendant ce temps, Anne Hidalgo, maire de Paris et candidate probable à la présidence de la République, lance un pavé dans la mare en proposant une vaccination pour tous, sans distinction d’âge ou de co-morbidité. Autrement dit, elle fait un rêve et nous demande de le partager. Il n’est pas difficile de lui faire remarquer qu’une campagne vaccinale vigoureuse et universelle, c’est justement ce que nos dirigeants, soumis à la portion congrue du vaccin, ne peut pas accomplir. Mais qu’importe, pourvu qu’elle fasse croire aux plus crédules qu’avec elle, tout irait bien.

La force de l’illusion.

Le gouvernement mérite les critiques les plus intenses, mais comment approuver les propositions des partis d’opposition quand elles sont aussi peu crédibles ? On souhaiterait, dans cette période de crise alarmante, que les préoccupations électorales soient laissées de côté pour que tout le monde se concentre sur les moyens de réduire les effets de la pandémie. Certes, de la résolution de la crise dépend l’avenir des forces politiques en présence mais le pire, dans cette affaire, serait que nous nous jetions à corps perdu dans une voie sans issue. La vaccination universelle laisserait à n’en pas douter des centaines de milliers de personnes sans vaccin et les exposerait, s’il s’agit des vieux, au danger de l’hospitalisation et, au-delà, au danger de mort pur et simple.

De la coupe aux lèvres.

Là dessus, Thierry Breton, commissaire européen, qui s’agite depuis quelques jours pour obtenir de nouveaux contrats de livraison de vaccins, annonce qu’il peut réunir 350 millions de doses qui suffiraient à immuniser toute l’Union européenne d’ici à la fin de juillet. On ne lui reprochera pas de faire un effort aussi considérable, ni même d’en parler publiquement, comme s’il voulait ajouter une note optimiste dans un contexte affreusement pessimiste, mais on a le droit de lui répondre qu’il y a loin de la coupe aux lèvres.

Puisqu’on additionne la crise sanitaire et les perspectives électorales, il est temps de mettre au défi les « inyaquà » : ils n’ont pas le monopole de la stratégie et, en attendant de prendre les rênes du pays, ils doivent se taire s’ils n’ont pas autre chose à suggérer que des vœux pieux. Nous finirons, un jour, par être tous vaccinés. La première dose suffit à écarter le protocole de réanimation. En attendant, pas d’autre protection que les gestes barrières et le confinement.

RICHARD LISCIA

 

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