UNEF : folle dérive

Mélanie Luce
(Photo AFP)

Présidente de l’Union nationale des étudiants de France, Mélanie Luce, 24 ans et un discours radiophonique tout à fait modéré, a reconnu que des « réunions non-mixtes »  sont organisées de temps en temps dans les instances du syndicat étudiant. Le tollé qui a suivi montre que le grand public ignorait jusqu’à présent la dérive de l’UNEF ; les partis politiques et les syndicats, pour leur part, ont feint de ne rien savoir.

MÉLANIE LUCE tombe des nues : elle ne comprend pas la colère exprimée, à la suite de ses propos, par les médias et par nombre d’élus de gauche. Elle croit sincèrement que les réunions réservées aux femmes, aux Noirs ou aux musulmans constituent le bon instrument pour défendre la cause de chacun de ces groupes, alors même que des hommes militent pour le féminisme, que des Blancs soutiennent la cause des Noirs. Elle ne voit pas ce qu’il y a de si tragique dans un choix idéologique importé des États-Unis, où les étudiants sont adeptes de la cancel culture et du racisme à rebours. Elle pense qu’un Noir est le mieux placé pour contribuer à l’émancipation des Noirs et qu’il n’a pas besoin des Blancs. Elle ne voit pas que les assemblées réservées à une race ou une religion sont des machines à fabriquer du racisme. Elle ne comprend pas qu’une idée aussi simple que celle qu’elle a exposée librement soit choquante, inadmissible, scandaleuse.

La riposte Blanquer.

Personne ne sera surpris par la réaction véhémente du ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui parle de résurgence du fascisme, ni par celle de la droite classique qui songe à une dissolution de l’UNEF, et encore moins par la condamnation, prononcée par le Rassemblement national, des propos de Mélanie Luce. La vraie question porte sur les mérites d’une répression pure et simple, qui risque d’être disproportionnée au regard des influences que subit l’UNEF, de la candeur personnelle de Mme Luce, et de la métaphore du marteau utilisé pour tuer une mouche. Il serait déjà utile que la gauche, toute la gauche, se dresse comme un seul homme et dénonce une évolution de l’UNEF qui la disqualifie. Malheureusement, les étudiants sont nourris tous les jours par les prises de position électoralistes de plus en plus exagérées de l’extrême gauche et, hélas !, des Verts. Peut-être que, avant de condamner la jeunesse française et de se couper d’elle, il serait utile de voir dans quelle eau empoisonnée elle puise des idées dont la logique implacable transforme le geste le plus généreux en racisme pur et simple. Il n’est pas indifférent que Jean-Christophe Cambadélis (PS) se voie « dans la Chine maoïste des gardes rouges ». Il faut ajouter à ce propos le danger que les étudiants font courir à nos valeurs démocratiques communes.

Voyage en absurdie.

Le problème avec la folie, c’est que le fou ne sait pas qu’il l’est. Mélanie Luce est visiblement interloquée ; comment pourrait-on la soupçonner de participer à un mouvement raciste ou fasciste, alors qu’elle se considère comme un pur produit de la gauche ? Il faut donc lui expliquer que, peut-être à son corps défendant, elle est en train de cautionner un mouvement anti-démocratique et anti-républicain. Ce n’est pas tâche facile, l’ultra-gauche estimant que la démocratie parlementaire n’est pas autre chose qu’un vernis sur un régime capitaliste corrompu qui exploite à peu près tout le monde. On peut contrer cette analyse en démontrant à quelles extrémités conduit la démarche de l’UNEF. Elle justifie les accusations d’islamo-gauchisme adressées à l’extrême gauche, et en particulier à la France insoumise ; elle renforce l’idée selon laquelle, au-delà du bavardage révolutionnaire, existe le danger de la violence et donc du terrorisme ; elle avalise la mise au point d’une loi contre le séparatisme : que fait l’UNEF sinon séparer les minorités les unes des autres ?

Il faut rappeler à la jeunesse française que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Que saccager un pays au nom de la justice sociale ne saurait traduire une amélioration de la société ; que livrer chaque groupe à sa solitude sous le prétexte de lui rendre tous ses droits, c’est une forme terrible d’exclusion ; que combattre le racisme par l’antisémitisme, exercice pervers et absurde mais très à la mode, revient à renforcer deux démarches de bannissement ; que renoncer à la laïcité, au suffrage universel, à l’alternance des majorités, c’est préparer un torrent de haine qui aboutit à des actes terroristes. Les jeunes peuvent toujours répondre qu’ils rejettent cette argumentation. Mais ils ne se seront pas lancés dans ce voyage en absurdie sans préparer le déclin assuré de leur mouvement.

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

One Response to UNEF : folle dérive

  1. tapas92 dit :

    Cela fait des années que la doctrine ultra-gauche infuse dans les lycées. Cette génération arrive aujourd’hui en université. En voilà le résultat.
    « Le problème avec la folie, c’est que le fou ne sait pas qu’il l’est » : c’est exactement cela !
    Pour rappel, Cambadélis : ex-président de l’UNEF-ID dans les années 80 (on voit aujourd’hui quelle officine c’est) , condamné en 2006 pour abus de confiance et recel dans l’affaire de la MNEF et puis en 2014 premier secrétaire du PS … on vit vraiment dans un pays de bisounours
    Merci pour votre article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.