Le goujat d’Ankara

Ursula von der Leyen
(Photo AFP)

Recevant le président du Conseil européen, Charles Michel et la présidente de la Commission de Bruxelles, Ursula van der Leyen, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a placé Mme van der Leyen sur un siège disposé à l’écart. Un tollé dans les instances européennes de Bruxelles. 

LES DEUX hauts représentants de l’Europe s’étaient rendus à Ankara pour demander à Erdogan des explications sur le retrait de la Turquie de la Convention internationale d’Istanbul consacrée au droit international des femmes. On peut se demander si le piège ainsi tendu à Ursula van der Leyen n’a pas été conçu par la diplomatie turque pour trancher le débat avant même le début de la conversation. Ce faisant, Erdogan s’est conduit comme un homme vulgaire ou un malappris qui continue à mépriser les femmes, malgré le mouvement mondial qui se dessine en leur faveur.

Les mauvaises manières de la diplomatie turque.

Maître chez lui, M. Erdogan a cru bon d’infliger une humiliation à la présidente de la Commission qui, après un instant d’hésitation, s’est assise à l’écart, ce qui ne l’a pas empêchée de défendre la Convention pour les femmes avec opiniâtreté. Les mauvaises manières étant devenues la marque de fabrique de la diplomatie turque, peut-être ne faut-il pas s’indigner des abus commis par le potentat, qui ne commet jamais d’erreur mais multiplie les gaffes délibérées, avec une ignorance des règles diplomatiques, toutes remplacées par le fait accompli. On ne dissertera jamais assez sur le comportement d’un chef d’État, par ailleurs assailli par de graves problèmes nationaux et par la chute de la livre, qui s’efforce de chevaucher la crête, toujours utile, du nationalisme, aggravé par une politique de force dont il n’a pas réellement les moyens. Il a voulu informer indirectement von der Leyen que son pays ne réintègrerait pas la Convention.

Charles Michel : une forme de lâcheté ?

Mais si on déplore la goujaterie du président turc, on s’indigne encore plus fort des accommodements de Charles Michel qui aurait dû avoir l’élégant réflexe de donner son siège à sa collègue, ce qu’il n’a pas fait, s’asseyant confortablement sur le sofa à deux places et étendant ses jambes pour se relaxer. Tous les personnels européens ont réagi avec vigueur. Il s’est excusé du bout des lèvres, constatant simplement que la rencontre n’a pas été inutile. Rien de plus dangereux pour l’Europe de prendre de tels compromis avec une démocratie vidée du droit et décidée à imposer son modèle à une Europe à la porte de laquelle elle n’a jamais cessé de frapper.

Les femmes ? Jamais !

Dans toute politique, l’important est le symbole. M. Erdogan en joue fort bien, adressant au peuple turc un message en vertu duquel jamais une femme, fût-elle qualifiée, ne changera les projets d’un Turc borné. C’est peut-être judicieux sur le plan tactique, c’est désastreux sur celui des intérêts bien compris de la Turquie, qui n’a jamais eu autant besoin de l’aide technologique et financière des Européens. On ne reviendra pas ici sur le nombre élevé des fariboles erdoganiennes, la manipulation des préparatifs électoraux, la persécution des Kurdes et des Turcs qui les soutiennent, les interventions multiples en Arménie, en Libye, en Méditerranée, en Syrie ou des milices déchaînées tirent sur tout ce qui bouge, l’armée turque ou ses affidés conduisant des guerres faites  de massacres de femmes, d’enfants et de vieillards.

Arrogance sans limites.

On notera qu’en dépit d’une couverture complète de l’incident diplomatique, les peuples européens n’ont même pas froncé le sourcil, un peu comme si les déboires de leurs représentants face à Erdogan n’avaient pas la moindre importance. Les nombreuses associations qui s’égosillent dans des manifestations en France auraient une conduite plus judicieuse si elles s’en prenaient à l’homme d’Europe qui affiche son mépris, sa haine et sa peur des femmes, en abolissant un texte qui fut signé, coïncidence étonnante,  à Istambul. Il ne faut rien attendre de cet individu mû par la haine, déconcerté par une perte sensible de popularité, qui détourne son budget vers les conquêtes militaires au détriment d’un peuple besogneux et dont le niveau de vie ne cesse de baisser. Son arrogance n’a pas de limites. Il fait comme si la Turquie était une grande puissance, capable de projeter à l’étranger des opérations militaires susceptibles de modifier les équilibres géographiques.

Il est temps de lui tenir la dragée haute et de lui imposer des sanctions économiques et commerciales, il est temps que l’Europe reste sur son quant-à-soi et défende avec ardeur les valeurs de la démocratie parlementaire, sans craindre les risques qui seront pris de la sorte. Erdogan est capricieux, mais il ressemble à ses maîtres, Poutine et Xi. Ils ne comprennent que le langage de la force, cette force que les Européens, sous la houlette de moins en moins assurée de la chancelière Angela Merkel, cherche à retenir au profit d’une diplomatie plus sereine. À force de rester sereins, nous finirons par aller chercher ordres et projets  chez les fossoyeurs de la démocratie.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Le goujat d’Ankara

  1. Sphynge dit :

    Les associations que vous mentionnez, et en particulier les néo-féministes, ne s’insurgent jamais contre les atteintes à la dignité de la femme lorsque celles-ci sont perpétrées par des musulmans !
    Ceci doit bien rendre compte de la pénétration de l’islamo-socialisme dans l’ensemble de ce qu’il est convenu de désigner sous le nom de « la bien-pensance ». Si peu de monde s’insurge contre l’attitude d’Erdogan, il est à craindre que ce soit dû au fait que peu de monde n’en est indigné ! Cette conquête des esprits est peut-être la forme la plus efficace du djihad qui a abouti à l’islamisation avancée de la France et de l’Europe. Votre conclusion est hélas très convaincante.

  2. Laurent Liscia dit :

    Dragée haute en effet. Mais pour ça, il faut que les US et l’Europe fassent à nouveau front commun, bref réparer les pots casses de la présidence Trump. Biden sera partant.

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