La mort d’Idriss Déby

Mahamat Déby
(Photo aFP)

Le président Emmanuel Macron se trouve au Tchad ou il participera, sous haute sécurité militaire française, aux funérailles du président Idriss Déby, mort au combat le jour même où il était réélu pour la cinquième fois à la présidence.

IDRISS DÉBY était un président africain différent des autres. Non qu’il n’ait pas soumis son pays, le Tchad, à une poigne de fer. Mais parce que, soutenu par la France, il a lutté contre le djihadisme avec, souvent, des succès retentissants.  Il ne s’est pas contenté de protéger le Tchad, menacé et envahi à plusieurs reprises, et jusqu’à la capitale, N’Djaména. ll avait fort bien compris que l’emprise de l’islamisme armé s’étendait pratiquement à toute l’Afrique et que, pour le combattre et tenter de l’amener à résipiscence, il fallait aller le chercher là où il était. Et, de fait, il raisonnait en géopoliticien et stratège, et avait placé la priorité des frontières du Tchad au-dessus de la démocratie parlementaire.

L’hydre à plusieurs têtes.

Sa mort en pleine bataille a jeté la consternation dans tous les pays où l’intégrisme islamiste est perçu comme une menace très sérieuse, comme une hydre à plusieurs têtes qui repoussent après avoir été coupées. En tout cas, Idriss Déby, pour sa part, prenait tous les risques. Il n’était pas comparable aux leaders africains pour qui le seul salut ne peut venir de la France et pas de leur propre courage. Ce qu’il n’avait pas en vertu démocratique, il le compensait par le sacrifice de ses troupes et par le sien. Les soldats tchadiens sont les meilleurs d’Afrique. Ils ont payé un lourd tribut à cette guerre permanente que livrent les djihadistes,  mais ils ont montré clairement qu’ils devaient s’aider eux-mêmes avant d’espérer l’aide des grandes puissances.

Le choix forcé de Macron.

Le fils d’Idriss Déby, Mahamat, s’est empressé de confisquer le pouvoir, tout en promettant des élections démocratiques dans 18 mois. Son opportunisme lui vaut moult critiques mais en même temps, le pragmatisme incite M. Macron à tenter sa chance avec lui. Certes, le sentiment général est qu’Idriss Déby est irremplaçable. Que la crise du Sahel n’est pas résolue. Que la France ne peut pas tout faire. Que n’importe quelle capitale du Sahel peut tomber rapidement aux mains des rebelles, hommes sans scrupules et décidés à imposer la charia après en avoir ignoré les prescriptions en tuant et en violant.

La liberté est universelle.

La France, et les États-Unis, les Européens avec elle, ne peut choisir qu’entre deux maux dont la coopération avec le fils Déby est le moindre. Il n’y aura pas un mot dans la bouche de nos représentants pour évoquer la situation intérieure du Tchad et encore moins pour critiquer, aujourd’hui en tout cas, le processus politique lancé par Mahamat.  Il ne fait aucun doute que, dans ce cas de figure, nous sommes en porte-à-faux. Nous avons soutenu pendant plus de trente ans un régime autoritaire et nous soutenons maintenant celui qui veut le perpétuer. Parallèlement, nous nous battons avec ardeur contre les atteintes aux droits de l’homme partout dans le monde. Certes, toutes les situations ne sont pas comparables et le Tchad n’est pas la Russie ou Hong Kong, mais la liberté est universelle, elle n’a pas de frontières et elle doit être défendue sous tous les climats.

On donnera le nom d’élasticité à la diplomatie française, qui s’acharne à protéger Alexei Navalny et un régime illégitime au Tchad. Mais dans les deux cas, la France honore le courage d’un homme. Il n’existe aucun rapport entre Navalny et Déby, sinon que tous deux se sont battus, ont risqué leur vie, ont enduré les pires avanies, au nom de la défense des intérêts nationaux bien compris. Il n’est pas indifférent que Déby ait eu à la fois ce goût prononcé du pouvoir, et l’ait risqué généreusement dans des batailles dont la dernière l’a privé, en lui ôtant la vie en même temps.

RICHARD LISCIA

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One Response to La mort d’Idriss Déby

  1. Laurent Liscia dit :

    Certes, pas un Navalny, mais un personnage hors du commun. Et maintenant, retour à la case de depart, avec son fils dont on comprend beaucoup moins bien les motivations.

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