Biden, ou le New Deal

Biden hier
(Photo AFP)

Le président des États-Unis, Joe Biden, a prononcé dans la nuit un discours de lutte contre les inégalités sociales financée par une hausse d’impôts pour les plus riches. Sa stratégie économique prend donc en compte l’analyse de la gauche du parti démocrate.

L’INSPIRATION  de Biden n’est pas Barack Obama, mais Franklin D. Roosevelt. L’Amérique ne sort pas d’une guerre mondiale mais d’une crise sanitaire dont les conséquences sur l’emploi et le niveau de vie sont puissamment négatives et qui ne peuvent être contre-carrées que par une injection massive de capitaux susceptible d’améliorer le sort de la classe moyenne, laminée par la pandémie. Pendant ses premiers cent jours de mandat, Joe Biden a pris toute une série de mesures destinées, par le soutien financier aux entreprises, à juguler le chômage et à permettre à l’économie américaine de repartir du bon pied une fois que la campagne vaccinale aura produits tous ses effets positifs. Aujourd’hui, il s’adresse directement à l’électorat en lui proposant une stabilité matérielle qu’il refuse, cette fois, de financer par la planche à billets.

Une surprise.

Le président a surpris son opinion par la vitesse et la fréquence des nouvelles mesures ; il est resté de marbre face aux provocations de la Russie, de la Chine et de la Turquie, en continuant stoïquement à défendre les principes qui fondent la société américaine avec conscience et constance ; il n’a pas hésité à qualifier de « tueur » Vladimir Poutine ; il s’est hâté de reconnaître le génocide arménien, riposte immédiate et idéologique à une Turquie en perdition qui croit encore qu’elle a un rôle mondial à jouer ; il ne s’est pas contenté de détricoter la politique de son prédécesseur, qu’il ne cite jamais, mais a mis en place en un temps record un programme qui assure durablement l’unité du parti démocrate démangé par sa gauche ; il ne s’égare pas dans une quelconque politique du bord de l’abîme et a déjà obtenu un répit en convainquant Poutine de retirer les quelque 150 000 hommes de troupe russes qu’il venait de masser à la frontière avec l’Ukraine avec l’espoir de faire reculer son adversaire, pour ne pas dire son ennemi, américain.

Biden, un « socialiste » ?

Le soutien à la classe moyenne est une mesure pour le plus grand nombre. M. Biden est conscient que, s’il a largement gagné les élections de novembre dernier, les Républicains disposent encore d’un immense réservoir de nuisance. Trump a perdu avec tout de même 70 millions de voix. Il a constitué des réserves financières qu’il entend bien mettre au service de sa campagne électorale en 2024 ; ses affidés dénoncent l’avènement de l’ère « socialiste » voulue par le parti démocrate. Mais Biden ne se demande plus si Trump sera ou non candidat en 2024. C’est à la pensée des électeurs qu’il s’attaque en lui proposant une justice sociale qui a disparu des États-Unis depuis vingt ans, depuis que les revenus ont cessé de rattraper l’inflation et ont stagné. L’accusation de socialisme démontre d’ailleurs la faiblesse de l’argumentation des républicains, dont l’ancien gouverneur du New Jersey, Chris Christie, qui croient pouvoir dénoncer une attaque contre les institutions là où n’existe qu’une politique d’empathie envers les plus démunis et ceux qui triment pour joindre les deux bouts.

Convaincre l’électorat.

On a dit et on dit encore que Biden n’est qu’un feu de paille ; qu’il est trop vertueux, en définitive, pour résister aux manigances républicaines ; qu’il n’a pas la majorité au Sénat pour ses réformes et qu’il pourrait la perdre à la Chambre des représentants.Mais le président en exercice maintient le suspense dans un marathon politique qui permet à peine à l’opposition de suivre. Elle est ébranlée, décontenancée, hésitante parce que les inconnues chez les Républicains sont infiniment plus nombreuses que dans la majorité démocrate qui, après le chaos instauré par Trump, a ramené la stabilité politique d’une manière fulgurante. On ne voit donc pas pourquoi l’année prochaine, les électeurs américains voteraient contre un homme dont le projet leur est favorable, pourquoi ils préfèreraient qu’on les dépouille pour épargner les plus riches, pourquoi ils seraient plus attachés à un sort qui les brise qu’à une grandeur nationale qui n’a de sens que si l’ordre social est rétabli.

Une forte expérience.

Assurément, la gestion du pays par Biden est surprenante et nous aura tous pris de court. Il nous avait bien caché son jeu. Mais cet homme agit en fonction de son expérience qui est immense. Il a d’abord pris soin de dompter l’aile gauche de son parti en mettant en œuvre un programme qui la satisfasse sans que lui-même se gauchisse excessivement. Non qu’il craigne pour sa réputation, mais il a besoin de temps pour réussir.  Il lui fallait compter sur la loyauté des pasionarias de la gauche et d’un peuple exaspéré par les énormités de Trump. Il lui faut désormais changer l’état d’esprit de ceux des électeurs qui le prennent pour un socialiste, pour qu’ils lui donnent la majorité qui changera le pays.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Biden, ou le New Deal

  1. Guinard dit :

    C’est plus un sprint qu’un marathon politique que réalise Biden – qui effectivement a surpris tout le monde par son dynamisme. Combien de temps va-t-il tenir à ce rythme ? Merci pour votre chronique.

  2. Laurent Liscia dit :

    La limite dans le temps seront les élections parlementaires de novembre 2022 (« mid-terms »). En attendant, le programme législatif de Biden est énorme; la popularite de Trump semble ne pas se démentir, ce qui rend les républicains peu enclins au compromis (mais ils n’ont guère fait de compromis sous Obama). Il faut donc légiférer sans eux, en évitant la proéedure du « filibuster » au Sénat.
    Il est tres probable que les democrates perdront la majorité dans les deux chambres, et Biden se transformera en inaugurateur de chrysanthèmes du jour au lendemain. Deux ans pour agir. Deux ans pour se reposer.

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