L’affront à Macron

À Valence, après la gifle
(Photo AFP)

La gifle lancée à Emmanuel Macron hier dans la Drôme doit être relativisée, comme l’affirme le président lui-même : elle a de multiples précédents et elle traduit principalement l’état d’ébullition anormale dans lequel se trouve le pays.

ELLE A EU au moins un effet positif, puisque la classe politique, unanime, a pris la défense du chef de l’État. Quelques voix discordantes se sont néanmoins levées, celles d’Éric Zemmour, par exemple, qui pense que M. Macron « méritait » cette gifle. Pas de souci: M. Zemmour fera la même expérience quand il sera élu président, ou avant. De même, Nicolas Dupont-Aignan, qui a vu dans la provocation un autre symptôme de l’insécurité qui règne dans le pays, se présente à son tour comme une tête à claques idéale. Un débat a commencé au sujet de la video de l’incident qui ne montre pas clairement si le président de la République a été atteint ou non. Mais c’est l’intention qui compte. L’auteur de la gifle a été promptement arrêté, en même temps qu’un de ses amis, ils sont en garde à vue et on a appris qu’ils se réclament de la monarchie ou de l’extrême droite. Souhaitons-leur un séjour roboratif en prison.

L’opinion aime les victimes.

Ont-ils changé le cours des élections à venir ? Non, bien sûr. Ils ont voulu être les héros d’un jour, ils sont la lie de la terre. Ce qu’ils ont fait n’est pas barbare à proprement parler, mais inacceptable. L’opinion, quant à elle, aime bien les victimes et la gifle pourrait avoir augmenté la popularité d’Emmanuel Macron. On verra dans les prochains sondages. On peut donc avoir été giflé et faire des envieux. Peut-être Renaud Muselier ou Xavier Bertrand aimeraient-ils recevoir une gifle pour gagner en Paca et dans les Hauts-de-France. Dans ces cas, la victime prend immédiatement le dessus sur son agresseur. M. Macron a continué sa tournée sans plus de commentaires et le peuple attroupé autour de lui a loué son courage et son indulgence.

Florilège culinaire.

L’histoire est jalonnée d’incidents de ce genre. En décembre 2008, George W. Bush a failli recevoir en pleine figure la chaussure d’un Irakien très emporté contre lui ; une autre chaussure a été lancée par un étudiant allemand en 2009 contre le Premier ministre chinois, Wen Jiabao ; après avoir reçu des tomates, des œufs et de la peinture en 1991 à Halle, le chancelier allemand, Helmut Kohl, s’est mis à cogner ses agresseurs ; Macron, quand il était ministre de l’Économie en 2016, a reçu des œufs aux cris de « Casse-toi ! »; en 2014, à Namur, le Premier ministre belge, Charles Michel, a été traité avec des frites à la mayonnaise ; deux adolescents ont bombardé Lionel Jospin avec du ketchup en 1991 et M. Jospin s’est contenté de les morigéner en aparté ; en 2001, le roi de Suède Carl XVI Gustaf a goûté involontairement à la tarte à la fraise et, pour le Premier ministre canadien, Jean Chrétien,  ce fut une tarte à la crème en 2000 (1).

L’affaire du Dey d’Alger.

Ces épisodes sont largement oubliés, mais le plus sérieux, c’est le coup de chasse-mouches que le Dey d’Alger, représentant de l’Empire ottoman, a envoyé au consul de France en avril 1827. Résultat net : la prise d’Alger par l’armée française en 1830. Vous me direz que la France, si le Dey s’était contenu, aurait facilement trouvé un autre prétexte. Encore une fois, il faut tout relativiser. Le ressaisissement de la société française et de sa classe politique sont à mettre au crédit d’un peuple jusqu’à présent très crâneur et divisé. Cela apporte un petit espoir. C’était drôle, aussi, de voir un agent de sécurité très baraqué, emporter le président comme un fétu de paille, et de voir le chef de l’État revenir en courant vers ses aficionados, ceux qui ne giflent personne et étaient de toute évidence consternés, pour les rassurer. On n’arrête pas de vous le dire : la politique, c’est un métier.

RICHARD LISCIA

(1) Avec AFP

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2 Responses to L’affront à Macron

  1. Etienne Robin, néphrologue dit :

    La vidéo de la gifle montre autre chose, sauf si je n’ai rien compris aux infos virologiques que je lis depuis des mois dans le Quotidien du médecin : notre président s’autorise bain de foule et poignées de main, et les gens se pressent les uns contre les autres pour le voir. Si j’étais le coronavirus, je serais ravi qu’on me facilite ainsi le boulot.

  2. Laurent Liscia dit :

    C’est sur que ca n’est pas exactement sanitaire, ces bains de foule …

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