Le mélange des genres

Renaud Muselier
(Photo AFP)

Tous les accords entre partis à la veille du second tour des régionales ne se ressemblent pas : les uns sont dictés par la compatibilité, les autres par une nécessité qui rassemble des programmes contradictoires.

AINSI, l’écologiste Jean-Laurent Félizia, au terme d’une réflexion un peu longue et laborieuse, a-t-il rejoint Renaud Muselier par un discours empreint du respect de la démocratie, ce qui lui a valu les remerciements et les éloges du président actuel de la Région Paca. En Île-de-France en revanche, l’alliance entre socialistes, écologistes et la France insoumise contient un ingrédient vénéneux, les thèses de LFI ne pouvant convenir à la gauche centriste. De sorte que ce rassemblement ne se traduira pas forcément dans les urnes, selon la loi qui affirme que les électeurs n’appartiennent qu’à eux-mêmes : face au diable, il ne faut dîner qu’avec une longue cuiller.

Cette année, personne n’a voulu du front républicain, mais en Paca, il a été reconstitué. En Île-de-France, la gauche a été saisie par un projet pervers : battre une centriste, Valérie Pécresse, qui n’est même plus LR, en s’associant avec un parti d’extrême gauche dont le projet repose sur un changement de république. La maire de Paris, Anne Hidalgo, a observé à ce sujet un silence qui ne peut pas être interprété comme un encouragement. Car on n’associe pas sans effet pervers les torchons et les serviettes. Obtenir de nouveaux suffrages, cela peut se traduire par un verte de voix ailleurs.

Vrai, pas vrai.

Pour ce second tour, on est loin des évolutions historiques et pas seulement parce que l’abstention a chamboulé les résultats. On a décidé que le scrutin a ramené à la vie la droite et la gauche. Ce n’est pas vrai sur la durée. Les sortants ont simplement été récompensés. On voit dans l’affaiblissement du Rassemblement national le début d’un déclin de l’extrême droite. Ce n’est pas vrai non plus, et on verra, à l’occasion de la présidentielle l’an prochain que, si Marine Le Pen obtient au premier tour un score légèrement moins élevé, elle en franchira le cap. Enfin, on pense qu’Emmanuel Macron est personnellement menacé. Rien n’est moins sûr : les régionales auront certainement une influence sur les rapports de force, mais elles restent tellement un scrutin intermédiaire qu’elles ne constituent en rien un tremplin pour d’autres candidats que Macron.

Cynisme anti-démocratique. 

Cela ne signifie pas que la République en marche n’ait pas commis de grosses erreurs stratégiques : l’envoi d’un corps expéditionnaire de cinq ministres dans les Hauts-de-France, destiné non pas à battre Marine Le Pen mais Xavier Bertrand, fut à la fois dérisoire et ridicule, mais en outre il était inspiré par une forme de cynisme anti-démocratique. M. Bertrand n’est pas un extrémiste illuminé, il mérite un minimum de respect pour son engagement. À l’aune du républicanisme, la tentative de Renaud Muselier de s’allier à la REM a été, pour sa part, une démarche vertueuse.

Même pas LR.

Mais, de toute façon, les alliances éphémères qui viennent d’être conclues ne disent rien de ce qui va se passer en 2022. Bien entendu, toutes les hypothèses peuvent être émises ; personne, pas même les instituts de sondage, n’est condamné pour s’être trompé lourdement. En revanche, on ne voit vraiment pas que la droite classique, renforcée par les régions qu’elle aura gardées, va trouver l’homme ou la femme idéal(e) qui sera le candidat de LR, sans créer de terribles animosités internes. Il est quand même curieux que Christian Jacob, le chef du parti, se soit réjoui des victoires de M. Bertrand et de Mme Pécresse au premier tour alors qu’ils ne sont plus encartés LR. Et si ni l’un l’autre ne souhaitent participer à la primaire LR et si l’un et l’autre veulent voler de leurs propres ailes, sans le soutien du parti de M. Jacob ?

Macron n’est pas inquiet.

Il faudrait alors désigner un autre homme ou une autre femme. Il y aurait deux, puis trois candidats de droite à la présidence. Léger dilemme pour les électeurs. Le plus drôle serait de convoquer Édouard Philippe, lequel n’est pas davantage LR que M. Bertrand ou Mme Pécresse. Quelle salade ! Bref, le chef de l’État n’a pas vraiment de raisons très sérieuses de s’inquiéter. Il sait une chose : divisions entre tendances et divisions internes au sein de chaque parti lui sont favorables, d’autant qu’il va courir vers la bataille avec son seul chapeau blanc, en l’absence relative d’un parti dont l’implantation territoriale n’a pas eu lieu. « La rencontre entre un peuple et un homme » ? On ne peut nier ni au président ni à Marine Le Pen leur notoriété.

RICHARD LISCIA

 

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3 Responses to Le mélange des genres

  1. Laurent Liscia dit :

    Bien joué, Felizia. La raison l’emporte … LREM : comme tu dis, mal joué. Et stupide en plus – eux aussi ont besoin du vaccin contre l’idiotie. L’antidiot.

  2. Alan dit :

    « La maire de Paris, Anne Hidalgo, a observé à ce sujet un silence qui ne peut pas être interprété comme un encouragement. » Qui ne dit mot consent. C’est une honte.
    LFI est aussi dangereux que le RN (si ce n’est plus), et tout aussi anti-républicain.

    • Michel de Guibert dit :

      Jean-Paul Huchon, ancien président socialiste de la région Île-de-France, a appelé à voter pour Valérie Pécresse, affirmant au « Point » son soutien à la candidate de la droite face à l’alliance de gauche qu’il juge « baroque ».

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