Le recul du FN

Xavier Bertrand hier
(Photo AFP)

Le mouvement qui a le plus subi les conséquences négatives de cette gigantesque abstention, c’est le Rassemblement national. Ses troupes, notamment en Paca, ne se sont pas mobilisées et ont accordé à Renaud Muselier une victoire avec 20 points d’avance sur Thierry Mariani.

ON PEUT appliquer le même analyse à la République en marche (REM) avec cette différence que, n’étant pas implantée, elle ne risquait pas de faire un score considérable. Elle a contribué, en Paca en particulier, à faire élire des démocrates, de droite ou de gauche.

L’abstention est le plus mauvais message que la population ait envoyé aux partis politiques, mais elle un joué un rôle concret pour tenir à l’écart l’extrême droite, et aussi l’extrême gauche. La coalition de la gauche au second tour en Île-de-France n’a pas empêché Valérie Pécresse de l’emporter. Oui, en gros, les sortants ont été reconduits, un peu comme si l’électorat voulait signifier aux candidats qu’il n’accordait aucun intérêt aux régionales et aux départementales. Mais c’est la photo d’une phase, ce n’est pas un film. En d’autres termes, l’échec terrible du RN et de la REM peut n’être que passager et ne pas se retrouver aux élections présidentielles de l’an prochain.

L’ascension de Bertrand.

En revanche,  cet échec a créé un changement majeur. Il consacre le retour de la droite qui non seulement a conservé les régions qu’elle dirige mais a sacré un candidat, Xavier Bertrand, en tant que présidentiable. Sa cote de popularité, à la faveur du scrutin, atteint 18 %, encore loin de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron, mais sur une pente lentement ascendante. M. Bertrand a le vent en poupe et une dynamique. Il a parfaitement joué cette partie et renforcé ses chances. Plus, il offre ce que les Français demandent : un second tour qui ne serait pas réservé uniquement à Marine Le Pen et à Emmanuel Macron. La cheffe du RN ne peut que s’inquiéter de cette évolution qui ouvre l’hypothèse de sa non-qualification au second tour et le président de la République peut s’inquiéter d’un écart avec M. Bertrand qui est appelé à se réduire. À la monstruosité d’une abstention historique, succèderait donc le choc d’une défaite de Macron au second tour.

Plans sur la comète.

Pour le moment, il ne s’agit que de plans sur la comète. Xavier Bertrand doit gagner au moins sept points pour déclencher un tel chamboulement des forces en présence, même si on imagine sans mal que l’électorat du RN se mobilisera en 2022, dès lors qu’on nous serine tous les jours qu’il s’agit du seul scrutin qui intéresse les Français. Mais sept points ne constituent pas un défi insurmontable. Aujourd’hui, on voit M. Bertrand s’installer dans la pôle position, mais, pour y rester, il doit commencer par régler ses différends avec les Républicains qu’il a quittés il y a trois ans, et obtenir d’eux leur investiture. Il n’est pas question en tout cas pour lui de participer à une primaire et pour le chef LR, Christian Jacob, qui, hier soir, glorifiait sans rechercher la nuance la victoire de son parti, le grand problème, c’est la pléthore de candidats potentiels. Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez n’ont pas fait moins bien que M. Bertrand et ils demanderont, le moment venu, l’égalité des chances.

Une panne de courant.

De la même manière, la gauche a réussi à conserver ses cinq régions, mais elle n’a pas progressé d’un pouce, après avoir cru qu’elle terrorisait la droite en formant sa coalition scélérate avec le PS, les Verts et LFI. Je dis scélérate parce qu’il n’y aucune affinité entre Mélenchon et Hidalgo, entre Julien Bayou (Verts) et Audrey Pulvar. La coalition de la gauche en Île-de-France n’est pas perçue comme celle de Paca où a triomphé un sursaut démocratique salvateur.  En tout cas, il faut se méfier des projections qui induisent des conséquences directes des régionales sur 2022. Il se peut très bien que l’abstention de cette année n’ait correspondu qu’à une déprime provisoire, comme une sorte de panne de courant qui serait vite réparée. Que la droite n’arrive pas à marcher en rangs serrés vers la victoire, que l’électorat de Marine Le Pen revienne en masse, que l’ « affreux duo » Macron-Le Pen se retrouve au second tour et que M. Macron soit réélu comme il l’a prévu.

Un peuple versatile.

Il faut en effet du temps pour remettre de l’ordre dans des partis historiques comme les gaullistes et les socialistes. À cet égard, la candidature du président est d’autant plus crédible qu’il n’est pas embarrassé par les états d’âme, les querelles internes et les tendances en conflit au sein de son parti. Les LR se sont emportés quand M. Muselier leur a dit que la seule solution, c’était un accord avec la REM ; la gauche n’a ni chef naturel ni programme. Il ne faut pas que les uns et les autres prennent la versatilité du peuple comme un signal d’approbation. Ce n’en n’est pas un, c’est plutôt un appel à poursuivre la thérapie qui finira par les mettre hors de danger.

RICHARD LISCIA 

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3 Responses to Le recul du FN

  1. Michel de Guibert dit :

    Vous analysez les résultats des élections dans les régions qui ont montré une grande stabilité.
    Mais il est intéressant aussi de regarder les résultats des élections dans les départements qui ont montré des renversements de majorité assez notables, voire historiques (le Val de Marne).

  2. Sphynge dit :

    Nous garderons également à l’esprit que les votants de ces régionales et des départementales sont majoritairement des retraités et des CSP+, eux-mêmes majoritairement électeurs des candidats LR (en grande partie, les électeurs de M. Fillon). Par conséquent, on peut penser que ces bons résultats de la droite doivent être relativisés, d’autant plus qu’elle est bien implantée dans les régions et les départements. Mais quand tous les électeurs se rendront aux urnes pour des présidentielles (s’ils le font), alors les résultats risquent d’être tout différents de ceux des régionales et des départementales. Et l’on pourrait voir remonter les résultats de M. Macron et de Mme Le Pen, à des valeurs proches des valeurs antérieures ?

  3. Laurent Liscia dit :

    Je suis de gauche et je suis soulagé que la droite ait obtenu de (relativement) bons résultats. Mieux vaut ça que l’alternative que nous connaissons tous. Allez, barre au centre, et en avant pour une république démocratique.

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