L’affaire Mila

Mila après le jugement
(Photo AFP)

Mila est cette adolescente qui a été harcelée sur les réseaux sociaux parce qu’elle avait critiqué la religion musulmane. Onze des personnes qui la menaçaient ont été condamnées à des peines de prison avec sursis, à une amende de 1 500 euros chacune et à des frais de justice de 1 000 euros.

CE QUI ÉTAIT en cause, c’est le droit au blasphème qui, dans notre droit, est intimement lié à la liberté d’expression. Mila, toujours menacée de mort, fait l’objet d’une protection policière permanente. Son histoire est un orage parfait. Elle est en effet la première à bénéficier d’une loi Schiappa de 2018 qui interdit le harcèlement en groupe sur les médias. Une loi dont on découvre aujourd’hui l’utilité, même si le statut de Mila ne changera pas de sitôt : exemplaires ou non, les condamnations n’empêchent nullement les harceleurs professionnels de poursuivre leur ignoble travail. Mila estime néanmoins qu’elle a remporté une victoire et exprimé l’espoir que quelques décisions judiciaires finiront par calmer le jeu.

Héroïne nationale.

Elle n’est pas elle-même un modèle de modération. Elle a attaqué la religion musulmane, pas l’islamisme. Elle l’a fait avec des mots à la fois sévères et vulgaires. On nous permettra de penser qu’il y a de meilleurs causes à défendre. Mais le harcèlement social est extrêmement grave. C’est un début de passage à l’acte. On invective une personne jusqu’à ce qu’un monstre l’assassine. Cela a été le cas avec Charlie Hebdo, avec Samuel Paty, avec l’Hyper Casher et dans d’autres circonstances. On peut dire que le harcèlement est le signe avant-coureur du terrorisme ; de sorte que, quoi que Mila ait écrit, la désigner ainsi au bourreau est un crime. On ne s’est pas contenté de la salir et de l’injurier. On l’a contrainte à changer de vie, à s’abriter, à obéir à un code de sécurité particulièrement lourd. La longue épreuve qu’elle subit fait d’elle une héroïne nationale et de ses ennemis d’éternels déchets de la société.

Seule contre tous.

Ont-ils seulement compris que ce qu’ils font n’est ni légal ni normal ? Ils se sont rendus au tribunal avec la quiétude que leur a apportée l’indignation. Ils ont été choqués par Mila avant de lui réserver un traitement délétère, une privation de liberté, l’enfermement physique et moral, le danger permanent. Ils ne s’estiment coupables de rien. Elle a publié des propos incendiaires, ils ont répondu par pire encore. Où est le méfait ? Dans l’attaque ad hominem, dans la diffamation du personnage : Mila seule contre tous, la bataille n’était pas à armes égales. C’est ce que loi Schiappa cherchait à démontrer et elle l’a fait, même si elle n’encourage personne à attaquer une religion ou un culte. L’islam a sa place en France, celle que n’ont pas les terroristes.

Un abîme.

Je me demande si l’énorme construction intellectuelle, avec ses subtilités et sa logique labyrinthique, que représente une nouvelle loi, a la moindre signification pour des voyous incultes. On aura remarqué que, au-delà de ses propos parfois excessifs, Mila, elle, tient un langage sophistiqué, bien qu’il s’agisse d’une très jeune femme. Dans le prétoire, elle ne craint personne. Son discours est pointu, convaincant, habile. Non seulement il laisse pantois ses ennemis, dont la projection spirituelle se limite à l’insulte, mais ils ne disposent d’aucune passerelle entre le terrain aride où stagne leur pensée et la force dialectique des déclarations de Mila. De la vulgarité extrême où les imbéciles plongent notre société à la maîtrise des concepts par la jeune victime, il y a un monde. Ou plutôt il y a un abîme infranchissable.

RICHARD LISCIA

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One Response to L’affaire Mila

  1. Laurent Liscia dit :

    Aucun doute: le harcèlement de Mila est un prélude à l’assassinat, comme tu le dis. Comment fait-elle pour ne pas avoir peur? Il faut dire haut et clair qu’il est insupportable de vivre dans un monde en proie a la fatwa. Non aux imams djihadistes, et non aux hurluberlus qui les écoutent. Surtout dans une démocratie occidentale, n’en déplaise aux islamo-gauchistes. La liberté de critique est non seulement un droit inaliénable mais un signe de démocratie. Qu’on le veuille ou non, Mila defend nos valeurs.

    Réponse
    Le directeur de la grande moquée de Paris a reçu Mila de manière très pacifique et courtoise. C’est un progrès.
    R. L.

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