Vaccin : le refus minoritaire

Martine Wonner
(Photo AFP)

Les manifestations contre la campagne vaccinale ont recommencé samedi un peu partout en France ; l’entêtement des « refuseniks » n’est pas près de refluer : plus leurs procédés sont dénoncés, plus ils s’enfoncent dans l’ignominie.

IL N’EXISTE aucune logique, aucune dialectique, aucun sens commun chez ceux de nos concitoyens qui rejettent le vaccin. De sorte qu’il devient impossible de les persuader par l’argumentation, le cartésianisme et la raison. Chaque samedi, ils sont plus nombreux et ils servent de caisse de résonance à quelques hommes et femmes politiques appartenant aux extrêmes. La question ne porte ni sur les libertés individuelles, ni sur les « dangers » auxquels le vaccin nous exposerait, ni sur l’État de droit. Elle fait du « non » l’arme ultime contre l’ordre démocratique et républicain. Elle crée un malaise dans un domaine, la prévention sanitaire, à propos duquel nous croyions que tout débat était terminé. Elle crée un malaise national, sinon une crise, et ne ressemble ni à une revendication sociale ni à un phénomène de type gilet jaune. La lutte contre la vaccination anti-Covid relève tout simplement du nihilisme.

Une forme de fanatisme.

On remarquera d’ailleurs que les dénonciations diverses de l’étoile jaune portée par les manifestants comme s’ils étaient victimes d’un régime comparable à celui des nazis, les « fake news » qui alimentent sans cesse leurs discours, leur imperméabilité aux accusations de démagogie, de mensonge et de cynisme retournent comme un boomerang vers le corps médical, le gouvernement et les institutions sanitaires. Les manifestants se glorifient d’être ignobles. Ils relativisent les effets génocidaires de la Shoah en brandissant un symbole qui fait d’eux les victimes qu’ils ne sont pas. Ils prétendent mettre au jour un complot alors qu’ils ne font que servir la cause de politiciens extrémistes, par exemple Florian Philippot, qui a bien du mal à exister politiquement et s’est jeté sur cette occasion avec une gourmandise qui en dit long sur son programme. Ou encore Nicolas-Dupont Aignan, qui, lui aussi, essaie d’augmenter le nombre de ses électeurs. Ou Martine Wonner, députée qui a quitté la République en marche pour rejoindre le mouvement Territoires et Libertés, lequel ne veut plus d’elle et l’a expulsée, car elle s’est fait un plaisir de reprendre à son compte les non-arguments invoqués par les fanatiques anti-vaccins.

Vérité alternative.

Le fait est que nous n’avons pas grand-chose à leur dire. Il est inutile et même contre-productif de hurler contre une conduite dont ils sont fiers. Le stratagème de l’étoile jaune remplirait de honte n’importe quel homme ou n’importe quelle femme dotés d’un peu de décence, ils en font leur drapeau. L’argument sur la dangerosité du vaccin étant une forfaiture tout simplement dénoncée par les faits (les vaccins marchent), on peut s’égosiller à l’infini, ils n’entendront pas.

Tout, en France et ailleurs, est devenu possible. Il existe de par le monde un camp de la « vérité alternative » dont le credo altère le bon sens des autres. Loin d’espérer convaincre des gens qui, parce qu’ils se retrouvent le samedi, croient qu’ils représentent tous les autres, il faut simplement continuer à appliquer les règles et lois issues de l’Assemblée nationale. Il faut diriger la sévérité vers ceux qui, au nom de leur propre liberté, ne craignent pas de conduire le pays au désastre sanitaire. Il faut que l’appareil préventif soit de marbre et qu’il poursuive sa tâche au mépris de ces lamentables histrions qui croient entrer dans l’histoire quand ils sèment le désordre.

Fans de Bolsonaro.

Le pire est qu’ils n’ont  rien inventé. Ce sont des avatars des gilets jaunes, d’anciens centristes soudain saisis par le fascisme, des néo-nazis qui, 76 ans après la défaite de l’Allemagne hitlérienne, se réclament d’elle en quelque sorte. Ces sont des adeptes du « primum non nocere » compris à l’envers, des amateurs de bolsonarisme, et surtout des gens qui, pour avoir leurs quinze minutes de gloire télévisée (qui, auparavant, avait entendu parler de Mme Wonner ?) n’hésitent pas à favoriser une pandémie. Ils seront, de toute façon, largement battus aux élections. Ils veulent témoigner de leur colère à la fois feinte et festive. Mais la majorité, celle qui  ne manifeste pas, leur réserve la monnaie de leur pièce.

RICHARD LISCIA

 

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4 Responses to Vaccin : le refus minoritaire

  1. Laurent Liscia dit :

    Les refuseniks (bien mal nommés, puisque leurs prédecesseurs etaient de vrais défenseurs de la liberté) sont l’un des symptômes de cette crise morale que traverse l’Occident où les citoyens confondent démocratie et cafétéria : droits et devoirs optionnels.

  2. Doriel Pebin dit :

    Merci pour ces commentaires très pertinents. Il y a probablement deux populations différentes. D’abord les « adulescents » caractéristiques de notre France contemporaine qui ont des convictions labiles comme tout bon ado et/ou qui veulent « être vus en bande à la télé » ! Ensuite, un noyau dur atteints d’une réelle pathologie. Ils pensent qu’ils savent mais ce sont des ignorants. Cela s’appelle le syndrome de Duning Kruger. Avec les réseaux sociaux et l’information en continue, le rationnel a été remplacé par l’émotionnel (autre symptôme de l’adulescence) et le mot expert; a été dévalorisé (comme l’autorité pour un ado). Qui est en France, un authentique expert en virologie, maladies infectieuses et en santé publique ? Réponse: très peu mais cela n’empêche pas une nombre incroyable de non experts de donner leur avis haut et fort (là aussi comme des ados). La population d’adulescents est encore en apprentissage, et va, espérons-le, finir sa mue (tardivement). L’autre population est indécrottable. Idéalement, elle devrait être envoyée en stage dans un pays pauvre ou autoritaire. Ils comprendraient (mais ce n’est pas sûr) ce que c’est de vivre en bénéficiant de conditions socio-sanitaires correctes et de vivre dans une dictature. Finalement, une bonne fessée serait salutaire… mais ce n’est plus dans l’air du temps !

    • Alan dit :

      « Idéalement, elle devrait être envoyée en stage dans un pays pauvre ou autoritaire. Ils comprendraient (mais ce n’est pas sûr) ce que c’est de vivre en bénéficiant de conditions socio-sanitaires correctes et de vivre dans une dictature. »
      Absolument. Pour tous ceux d’entre nous qui avons vécu dans des pays aux conditions un peu moins favorables, c’est une évidence, alors pour ceux, encore nombreux, aux conditions très défavorables, n’en parlons pas ! Ce genre de discours ridiculise l’Occident. Et insulte notre mémoire, en passant, comme par hasard.

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