Castex, un an plus tard

Castex, ou la loyauté
(Photo AFP)

Premier ministre, Jean Castex fête discrètement son premier (et dernier) anniversaire à Matignon. Le bilan est bien sûr partagé mais beaucoup moins négatif que ce que l’opposition veut bien en dire.

JEAN CASTEX a bénéficié d’un différend stratégique entre Emmanuel Macron et Édouard Philippe qui a fini par partir. Le chef de l’État a raisonné au nom de la conjoncture d’il y a un an : il lui fallait un chef de gouvernement qui ne fût ni rebelle ni ambitieux personnellement. Le modeste Castex, par ailleurs technicien abouti de la gestion des affaires de l’État, avait le profit idéal. Il fut néanmoins accueilli avec des réserves qui mêlaient son manque de notoriété, son accent du midi, ses costumes mal taillés et même son humilité. La plupart de ces critiques se résumaient à de faibles réflexions très personnelles attaquant un personnage au nom de sa modestie, comme si son absence de cynisme pouvait constituer une tare. M. Castex a gardé son accent, a probablement changé ses costumes, n’a pas manqué d’autorité, et s’est montré d’une loyauté irremplaçable à l’égard du président de la République. L’expérience fait l’homme.

Présent, actif et courageux.

Il a eu raison de ne pas vouloir ressembler à son prédécesseur. Il faut rester soi-même en toute circonstance et ne pas singer les autres. Le public y verrait une pantomime. La vraie question est la suivante : faut-il se priver, en politique, du talent des autres parce qu’ils font de l’ombre à la figure principale ? Dans la décision de Macron de changer de Premier ministre, puis de garder le second jusqu’à la fin de son mandat, il y a eu sans doute un élément important, à savoir qu’il craignait l’ascension rapide d’Édouard Philippe, aujourd’hui l’homme le plus populaire de France. Était-ce vraiment judicieux de le renvoyer à la mairie du Havre, d’où il écrit des livres et renforce sa stature politique, alors que lui aussi se serait usé à Matignon ? Si la démarche consistait à éloigner les talents de la personne du président, elle aura été négative : la qualité d’un professionnel améliore son entourage. Mais il est vrai que M. Castex s’est montré aussi présent, actif et courageux que l’aurait été M. Philippe.

Gestion de crise.

L’actuel Premier ministre a géré des crises graves, et même sans précédent. Il l’a fait avec calme, sobriété, efficacité. Toute sa démarche était contenue dans sa loyauté, comme s’il était important à ses yeux d’attirer sur sa personne la totalité des critiques et quolibets. Nous avons été quelques-uns à écrire que le remplacement de Philippe par Castex représentait une erreur stratégique, mais nous ne pouvons pas prétendre qu’avec Philippe à Matignon les événements auraient été moins tragiques. La pandémie balaie non seulement le mode de vie des gens, mais aussi leurs analyses. Il n’est pas du tout impossible que M. Macron retrouve son ex-Premier sur son chemin, mais, pour le moment, le choix de Castex n’a pas eu des conséquences négatives sur le quinquennat.

Symbiose Macron-Castex.

Il est licite d’ajouter que, si Édouard Philippe était resté, la tension entre les deux têtes de l’exécutif aurait assez augmenté pour que le fameux fusible entre le président et le Premier ministre ne fonctionne pas, de sorte qu’ils auraient abordé les élections de 2022 dans un malaise collectif susceptible de leur nuire à tous les deux. Certes, rien n’empêche le maire du Havre d’entrer en lice à n’importe quel moment. Dans ses livres, ses voyages et ses discours, il exprime sa différence. Il dit invariablement qu’il ne sera pas candidat aux élections de 2022. Mais, comme tout le monde, il peut changer d’avis. Et alors, il bénéficiera d’une insolente popularité et d’une liberté énorme puisqu’il n’est plus LR et n’a jamais été REM. Ce n’est pas M. Castex qui s’opposerait à une telle ambition. Il trouve, dans sa symbiose avec le président, l’achèvement d’un choix qui lui convient, en ce sens qu’il ne croit pas avoir besoin de prouver qu’il peut aller au-delà de ses fonctions actuelles et qu’il n’en a sans doute pas envie.

RICHARD LISCIA 

 

 

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One Response to Castex, un an plus tard

  1. Laurent Liscia dit :

    Castex, éminence très grise quand même, non ?

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