La course contre le virus

Macron en Polynésie
(Photo AFP)

Si le nombre de vaccinations anti-Covid se poursuit à un rythme accéléré, celui des contaminations et des hospitalisations ne cesse d’augmenter, ce qui laisse prévoir un été particulièrement agité et une rentrée conforme à la quatrième vague.

LE PRÉSIDENT de la République voyage dans le Pacifique, mais reste très présent sur le front de la pandémie. Il a remporté au Parlement une victoire relative avec l’adoption du passe sanitaire, mais le Conseil constitutionnel pourrait en modifier certains aspects, notamment la « suspension » des salaires de ceux qui refusent d’être vaccinés. Aussi clairs que soient les messages des pouvoirs publics, la crise reste confuse et difficile à appréhender pour la plupart de nos concitoyens, qui ont cru prématurément qu’ils auraient des vacances agréables. C’était sans compter avec la virulence du variant Delta qui, progressivement, occupe tout le terrain de la contamination et qui, une fois de plus, oblige le gouvernement à changer de stratégie.

Une question psychologique.

Pendant ce temps, le mouvement de refus de la vaccination, fondé sur des arguments privés de toute logique, se développe et accroît la confusion des esprits, alors que la vaccination se présente comme l’instrument indispensable pour éviter les cas graves et les décès. M. Macron s’est servi du passe sanitaire pour remplir les centres de vaccination pris d’assaut par ceux qui veulent partir en vacances. Mais la contestation de cette politique risque d’empêcher notre progression vers l’immunité collective. On a déjà constaté, à plusieurs reprises, l’influence de la psychologie sur la campagne vaccinale, approuvée par la plupart, mais dénigrée par assez de citoyens pour freiner l’immunisation. De ce point de vue et, bien que cette fois-ci nous disposions à la fois des vaccins et des personnels, la crise sanitaire est peut-être plus grave qu’elle ne l’a été jusqu’à présent : on peut, comme le font les autorités, lutter sur le double front de la pandémie et de l’économie, on ne le peut pas si les réseaux sociaux débordent de messages contradictoires.

Été morose.

D’autant que le temps affaiblit les déterminations les plus solides. Les Français ont déjà perdu l’été 2020 et des centaines de milliards d’euros, ils auront un été 2020 à peine meilleur. Les migrations vers les lieux de loisirs nationaux ou à l’étranger ne sont pas propices à la lutte contre le virus. On fera les comptes à la rentrée, mais la seule perspective d’une rentrée pénible suffit à créer un malaise. Le président n’a pas manqué de s’en prendre à la mouvance anti-vaccin, critiquant leur argument libertaire construit sur l’indifférence ou le mépris des autres. Il s’en est expliqué avec des mots simples, accessibles à tous, mais il n’y a aucune raison de croire qu’il a été convaincant.

Ce qui est français et ce qui ne l’est pas.

Comme le corps médical, il se bat contre la déraison, alors que la simple logique n’a aucun effet sur ceux qui, ayant découvert une nouvelle cause, la haine de la vaccination, s’y accrochent avec fanatisme parce qu’elle leur permet de se désigner eux-mêmes comme les victimes d’une forme de complot d’État contre leur intégrité physique. La crise se complique avec la multitude de commentaires : même si la vaccination a largement obtenu un consensus national, les plus favorables d’entre nous sont conduits à critiquer les détails des mesures adoptées, en demandent plus, en demandent moins, ouvrant la voie aux interminables complaintes fondées sur une philosophie de pacotille. Il y a, dans l’affaire, ce qui est spécifique à la France, par exemple l’absence d’un cartésianisme pourtant fondateur, et ce qui est commun à tous les peuples gagnés par le désarroi.

Un Attila contemporain.

Le virus est une sorte de monstre transcendantal sur lequel nous n’avons qu’une influence modeste. Nous lui avons donné des propriétés humaines, avec un dessein, des objectifs, une stratégie, une ubiquité, une versatilité, une agilité tactique qui le rendraient presque magique. On est allé jusqu’à dire que le variant D est mille fois plus contagieux que le variant alpha. C’est une manière d’en faire non plus un fléau, mais une sorte d’Attila qui parcourt le monde à la tête de sa féroce cavalerie en brûlant tout sur son passage. C’est là qu’une dose de vaccin paraît bien peu utile, là où il faudrait un lance-flammes pour faire reculer l’envahisseur.

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 Responses to La course contre le virus

  1. Laurent Liscia dit :

    Quatrième vague inévitable. Espérons qu’un variant Epsilon ne surgisse pas en septembre … Il faut d’ores et déjà envisager un vaccin rappel.

    • colas dit :

      Ne vous inquiétez pas : Epsilon est prévu et Lambda aussi ; il y en aura d’autres, mais je ne sais s’ils seront plus virulents. Tout dépend de notre immunité individuelle. La 4eme vague et la 5eme aussi. Mais en décembre alors que le variant indien diminue, ainsi que les morts, est-ce que ce sont les traitements qui ont cet effet ?

      Réponse
      Commentaire incohérent.
      R. L.

  2. Madec dit :

    Tout est dit
    Bravo!
    P.Madec.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.