Les Afghans livrés à la barbarie

Derniers soldats US
(Photo AFP)

Les Talibans sont à Kaboul et les forces américaines et personnels occidentaux l’auront quittée avant le 31 août. Emmanuel Macron prononce ce soir un discours télévisé, sans que l’on imagine comment il présentera ce désastre.

EN VINGT ANS, les États-Unis n’ont pas réussi à former, face aux Talibans, une armée afghane capable de livrer l’une de ces guerres dites asymétriques. Quand Joe Biden a annoncé le départ, inéluctable et irréversible, des troupes américaines, les militaires afghans, formés et équipés par les États-Unis, se sont simplement rendus, se sont enfuis, ou ont passé la frontière avec l’Ouzbékistan. On ne peut sûrement pas dire que les Américains ont manqué de patience ; 20 ans après leur intervention militaire, leur seul bilan positif (qui n’est pas négligeable) est l’élimination d’Oussama Ben Laden au Pakistan par les forces spéciales américaines. Les Talibans, en revanche, n’ont jamais été vaincus ; ils sont constamment re-nés de leurs cendres ; ils ont fait régner la terreur par des attentats qui ont tué des civils, hommes, femmes, enfants et vieillards.

Férocité classique.

Ils ont compris que la lassitude américaine leur offrait un boulevard. Ils se sont employés à rassurer les Afghans et les étrangers en leur jurant qu’ils ne voulaient de mal à personne, juste le pouvoir central. Mais là où ils sont arrivés en conquérants, ils se sont conduits avec leur férocité habituelle, avec une pratique rodée de l’exécution sommaire, la fermeture des écoles pour les filles, l’interdiction pour les femmes d’avoir une vie publique. Ils tiennent leur mandat non pas d’une élection mais de la charia. Croire, sans doute pour justifier cette impardonnable défaite, qu’ils auraient changé ou que la conquête du territoire afghan aurait adouci leurs mœurs épouvantables est une illusion, une hypocrisie, un autre mensonge que les Occidentaux se font à eux-mêmes. La popularité de M. Biden ne court aucun  risque : écartelés entre la pandémie et le réchauffement climatique, les Américains ont d’autres chats à fouetter.

L’influence des mœurs américaines.

L’influence des Britanniques puis, au vingtième siècle, des Russes, n’avait laissé aucune trace sur les traditions afghanes. Mais la double décennie américaine a modifié les comportements du peuple et a élargi son horizon, surtout celui des femmes. Le retour à des préceptes religieux suffocants ne sera pas accepté aussi aisément qu’il aurait pu l’être à l’époque des seigneurs de guerre, aujourd’hui incapables de résister aux Talibans, alors qu’ils ont régné pendant des lustres sur de larges portions du territoire. Des dizaines de milliers d’Afghans sont morts aux mains d’une délirante intolérance ; il leur faudra mourir encore pour récupérer un peu de liberté.

Une déroute historique.

Le vieux dilemme occidental : intervenir ou laisser faire, a été tranché par le président Biden, mais, depuis Trump, les États-Unis sont sur une pente isolationniste dont il vaudrait mieux examiner toutes les conséquences. Nous sommes dans un monde où les régimes inacceptables du siècle dernier sont redevenus à la mode. Partout, de la France des gilets jaunes et de l’antisémitisme, à l’Amérique qui a assisté au sac du Capitole, les factions exigent la mise en place de régimes autoritaires. Leur nature a une composante forte : l’idée que, si l’on veut passer outre les institutions en France ou ailleurs, on ne va pas préconiser en même temps l’intervention dans un pays qui, lui aussi, veut imposer son autorité sans avoir été élu. Sur le plan stratégique, la victoire des Talibans est une déroute historique pour les démocraties. Ils ne se contenteront jamais de torturer leurs compatriotes, ils organiseront des attentats contre l’Europe et l’Amérique.

Notre déclin.

La France estime que ses engagements au Sahel et ailleurs la disculpent du retrait d’Afghanistan, décidé et accompli par François Hollande. Elle n’a pas tout à fait tort, sauf que ce ce qui vaut pour le combat au Sahel vaut pour toute zone géographique où des terroristes préparent des attentats. Il ne faut pas lésiner sur les épithètes : ils ne sont que des machines à tuer et à mourir. Morituri te salutant. Ils obéissent à une logique qu’ils croient dictée par Dieu, ce qui les rend aveugles à toute forme de compromis, à commencer par le respect de la vie humaine. Nous allons donc les retrouver sur notre chemin. Ce qui se produit aujourd’hui n’est rien d’autre qu’un inquiétant déclin occidental, déclenché non seulement par la montée en puissance des dictatures mais par notre propre refus de faire des sacrifices au nom de la liberté. C’est le message que l’on peut, d’ailleurs, adresser aux manifestants français du samedi : ne vous présentez pas comme les combattants de la liberté, vous ne savez pas de quel bois elle est faite. Pensez un peu à ce qu’elle serait si la charia  vous était appliquée.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Les Afghans livrés à la barbarie

  1. Arzel dit :

    Non. L’opération est plus intelligente qu’il n’y paraît car il s’agit d’une tractation entre talibans et Pakistan destinée à servir les intérêts géostratégiques du Pakistan puissance nucléaire régionale, qui cherche à s’affirmer face à l’Inde. Retirez l’influence du Pakistan, et la force des talibans disparaît. Si vous ne coupez pas l’alimentation d’eau dans un circuit rouillé vous aurez beau mettre des rustines vous aurez toujours des fuites et le robinet n’est pas en Afghanistan. CQFD.

  2. tapas92 dit :

    Guerre de Corée (années 1950) : un corps expéditionnaire occidental (principalement américain) a permis l’instauration d’un régime démocratique en Corée du Sud (certes à la coréenne, mais démocratique quand même et en paix depuis 70 ans). Mais cela restait une guerre symétrique, armée régulière contre armée régulière, d’égale puissance. Depuis, existe-t-il un exemple de corps expéditionnaire occidental d’importance qui ait résolu un conflit (je ne parle pas de maintien de l’ordre) dans le monde avec la mise en place d’un régime démocratique pérenne répondant à nos standards : du Vietnam (qui est en paix mais pas démocratique) au Liban (qui était démocratique mais actuellement totalement déstabilisé), ou plus récemment Irak ou Libye ?
    Par ailleurs, pour les États Unis, en plus de la pandémie et du réchauffement climatique que vous citez, leur préoccupation internationale première aujourd’hui est de contenir la Chine.
    Enfin, une fois de plus, l’Europe est un nain au niveau international. Sa seule préoccupation est de trouver une solution (bancale) à l’afflux attendu sur son territoire de réfugiés afghans. Ce n’est pas grave d’être un nain. Encore faut-il le reconnaitre et ne pas vouloir jouer les géants.

  3. Laurent Liscia dit :

    100% d’accord : ceci est une déroute ; qui s’ajoute à la longue liste des déroutes en Afghanistan depuis les Anglais, en passant par les Russes. On livre les Afghan(e)s à eux(elles)-mêmes, autant dire qu’il y aura barbarie et massacres. Et certes, les Américains sont dans un cycle isolationniste. Ceux-ci durent entre 20 et 30 ans (Iraq, 2003), mais pas certain qu’ils soient en déclin. Je rejoins l’opinion de tapas92: depuis les guerres contre les insurgés, difficile de mettre en place des régimes capables de se perpétuer. Tout aussi responsables de l’implosion afghane sont les politiciens afghans, cyniques et pourris. Merci aussi d’avoir rappelé que l’agresseur se nourrit de fanatisme religieux et n’a aucun sens de la démocratie. Ou de la morale. A l’avenir, il faudra penser plus profondement aux aspects politiques des guerres asymétriques.

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