Désordre à gauche

Arnaud Montebourg
(Photo AFP)

La crise afghane, les incendies en France ou le séisme dévastateur de Haïti n’ont pas empêché les divers partis de gauche de préparer leur campagne pour les élections générales de 2022. Avec un succès mitigé.

Non seulement la France insoumise a déjà son candidat, Jean-Luc Mélenchon, non seulement les socialistes s’apprêtent à introniser Anne Hidalgo, qu’ils jugent capable de reconstruire un front de gauche, mais les Verts restent très divisés, avec un affrontement assez spectaculaire entre Éric Piolle, maire de Grenoble et Yannick Jadot, député européen. Il y aura bientôt une primaire chez les écologistes, qui commettent l’erreur de croire que le choix d’un candidat s’imposera à eux et aussi à l’ensemble de la gauche. Du côté du PS, Arnaud Montebourg, qui n’en fait plus partie, a annoncé sa candidature à l’investiture mais sa forte voix a été recouverte par le vacarme en Afghanistan. M. Montebourg sait par ailleurs qu’en montant sur le ring il lance un défi non pas à la cantonade mais à la maire de Paris, obligée d’unir son camp avant d’amorcer une campagne de séduction en direction des Verts.

Électorat versatile.

Si l’on en croit les statistiques et les sondages, la gauche ne représenterait plus que 30 % de l’électorat, dont le reste se répartit entre la République en marche, le Rassemblement national et les Républicains (LR). L’agglomération de toutes les tendances de gauche ne suffirait donc pas à constituer une majorité. Cependant, de la même façon, le rassemblement de toutes les forces de droite demeure impossible, chacun des trois grands partis ne fonctionnant que pour lui-même. LR espère reprendre au président de la République les électeurs de droite qui l’ont porté au pouvoir en 2017. La puissance du RN, premier parti de France, semble s’éroder, peut-être au profit de LR, mais, au fond, personne n’est sûr de rien, les électeurs étant particulièrement versatiles, de plus en plus abstentionnistes et imperméables aux idéologies.

Le cas Bertrand.

Les difficultés auxquelles le pouvoir est confronté depuis 2017 et dont l’ampleur ne va pas diminuer dans les mois qui viennent, ne préjugent nullement du résultat du scrutin. Ce qui semble inéluctable, en revanche, c’est le morcellement des suffrages. Il risque d’y avoir plusieurs candidats à gauche, Mélenchon, un Vert, Hidalgo et le candidat du PC. À droite, Xavier Bertrand est intraitable, il refuse de participer à la primaire de LR, présentée par les caciques comme un « départage ». S’ils ne parviennent pas à convaincre le président des Hauts-de-France de rentrer dans le rang, la droite classique aura forcément deux candidats. Dans tous les camps, l’offre politique est donc d’ores et déjà beaucoup trop élevée pour une demande de plus en plus sceptique. Le phénomène s’explique par l’affaiblissement de l’exécutif qui a eu à gérer une sorte de crise permanente pendant laquelle les réformes, les gilets jaunes et enfin le Covid n’ont cessé de contrarier les ambitions gouvernementales.

Une question d’expérience.

Chacun sait, toutefois, que cet affaiblissement n’a pas réellement profité aux oppositions : les Français ne croient pas qu’un exécutif alternatif ferait mieux que le pouvoir actuel. De fait, chacun des candidats en lice doit faire la preuve qu’il a assez d’expérience pour gérer un pays et sa diplomatie confrontés au chaos généralisé. M. Montebourg a été ministre, mais aucun des autres candidats déclarés, à part M. Mélenchon, dont la présence au gouvernement remonte à Mitterrand. Il n’est donc pas impossible que, de son expérience qui, pour plusieurs raisons, a été un calvaire, le président de la République tire un avantage. Ce qui explique la férocité des débats d’une campagne déjà largement commencée et attisée par des vents secs et brûlants. Le TSM, tout sauf Macron, est l’unique thème de cette campagne. Il s’agit, non de présenter un programme, mais de réagir avec une virulence convenue à chaque mot et chaque geste du président pour mieux le disqualifier.

Rien n’est sûr.

Cette stratégie est suicidaire car il est clair que l’électorat ne s’en laisse pas conter : pas plus qu’il ne voit le pays comme un enfer, il ne croit au paradis alternatif. Ce qui va se passer dépend beaucoup du sang-froid de Macron, qui sera tenté de laisser faire les choses, c’est-à-dire de laisser monter au créneau une pléthore de candidats incapables de parvenir au seuil de l’éligibilité pour le second tour. Il n’est certes pas prouvé que ce second tour sera encore un duel Macron-Le Pen, mais il n’est pas prouvé non plus que le challenger du président sortant, même s’il recueille un plus grand nombre de voix que la cheffe du RN, soit en mesure d’être élu.

RICHARD LISCIA

 

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