Kaboul : le piège

Biden dans la nasse
(Photo AFP)

Le double attentat commis par l’État islamique (EI) à l’aéroport de Kaboul a fait plus de 150 morts et plusieurs centaines de blessés. Treize soldats américains ont perdu la vie et 18 autres sont blessés. Le président des États-Unis, Joe Biden, a promis des représailles.

ON NE QUITTE PAS aisément l’Afghanistan. En gros, les talibans ont tenu parole en laissant les Occidentaux organiser un pont aérien pour évacuer les étrangers et les Afghans en danger. Plus de cent mille personnes ont été été exfiltrés. L’opération aurait été brillante si l’EI, en occurrence avec les talibans, n’avait décidé, conformément aux règles de la terreur, d’ajouter du chaos au chaos. La première réflexion qui vient à l’esprit, c’est que, pour se venger, les Américains se livreront à un nouvelle expédition militaire, ce qui signifie qu’ils ne sont pas encore partis. La deuxième concerne les répercussions des deux attentats sur une politique américaine déjà très critiquée. M. Biden a reconnu que la victoire des talibans et la chute de Kaboul n’avaient pas été prévues par ses services. Depuis lors, on ne cesse de lui faire un procès en incompétence.

Les talibans ne sont pas encore au pouvoir.

Les sarcasmes viennent surtout du camp républicain en général et de Donald Trump en particulier. Les attentats sont « ignobles », comme l’a dit la chancelière Merkel, la rumeur des attentats a circulé plusieurs heures avant qu’ils ne fussent commis, mais l’armée américaine, censée tenir les accès à l’aéroport, n’a pas pu se mettre à l’abri. Bien entendu, dans un tel contexte, les explications techniques ne présentent aucun intérêt et n’ont aucune force de persuasion. La popularité de Biden est en chute libre et elle ne remontera que si l’Amérique se venge (mais où trouver les assassins ?), si tous les Américains sont partis le 31 août, si la violence recule à Kaboul. L’autre élément d’analyse qui nous semble évident, c’est que non seulement les talibans sont impopulaires en Afghanistan, mais qu’ils sont incapables d’assurer la sécurité des Afghans. Ils seront d’autant moins en mesure de gérer le pays.

Attentats inévitables.

Le coup est extrêmement rude pour les démocrates, notamment dans la perspective des élections de mi-mandat en novembre 2022. Biden pourrait perdre sa majorité fragile au Sénat et à la Chambre des représentants. Si, jusqu’à présent, il a réussi à faire adopter ses lois sur la reconstruction des infrastructures après avoir présidé à un immense rebond économique, il ne pourra pas empêcher l’opposition républicaine de se déchaîner contre lui. Il est blessé et les républicains sont affolés par l’odeur du sang. Certes, le président des États-Unis a des atouts, à commencer par la réinstauration du multilatéralisme, chez lui plus verbal que factuel. Il doit développer cette approche et la partager avec les Européens, ce qu’il n’a pas su faire s’agissant de l’évacuation de l’Afghanistan. Même s’il n’y a aucun rapport entre sa vision diplomatique et les attentats d’hier qui, de toute évidence, n’auraient pas été évités dès lors qu’ils sont le fait d’une organisation sans scrupules qui tente seulement de s’implanter dans le pays.

Le rôle du Pakistan.

Mais l’Afghanistan est l’affaire de tous. La clé des malheurs afghans est au Pakistan, pays qui joue le rôle de l’agent double en feignant d’apporter sa contribution à la lutte anti-terroriste mais qui n’hésite pas à entretenir le chaos en hébergeant toutes les factions criminelles possibles. Or, derrière le Pakistan, c’est la Chine qui veille. C’est elle qui veut remplacer l’influence occidentale en Asie par la sienne et se donne les moyens militaires pour y parvenir. L’idée que Trump pourrait être une alternative à Biden, comme à la faveur d’un porte tournante, est donc absurde. Le peuple afghan compte infiniment plus que le rôle politique que l’Afghanistan peut jouer. La crise afghane, en dépit de ses terribles épisodes et des sacrifices qu’elle a exigés de l’Amérique, ne laissera pas de traces durables, quoi qu’on en dise. L’hégémonie chinoise, en revanche, va devenir l’obsession du reste du monde et, à terme la Russie elle-même s’en inquiètera.

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

One Response to Kaboul : le piège

  1. Laurent Liscia dit :

    Exact, une danse à trois entre Russie, États-Unis et Chine, ou Xi Jinping se révèle comme le plus expansionniste des potentats chinois depuis des siècles. En attendant, l’affaire aghane est un désastre. On espère que les forces américaines en tireront les bonnes leçons.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.