Macron prend le relais

Avec le Premier ministre irakien
(Photo AFP)

On dira ce que l’on voudra d’Emmanuel Macron, mais il a montré, lors de son voyage en Irak, qu’il n’est pas homme à suivre les États-Unis dans leur défaite en Afghanistan.

LE PRÉSIDENT est un activiste de la diplomatie : malgré la débâcle des alliés en Afghanistan, il s’est rendu à Bagdad, puis à Mossoul, dire aux Afghans, puis aux Kurdes, que la France ne les abandonnait pas à leur sort, mieux : qu’elle ne se croit pas obligée de mettre un terme au pont aérien qui a permis l’évacuation de plus de cent mille personnes. Les talibans n’ont pas perdu de temps, ils lui ont répondu non.

Ils l’ont fait en insistant sur le fait qu’ils n’empêchent personne de quitter le pays, ce qu’il reste à vérifier, de même qui’l faut vérifier jusqu’où la sympathie personnelle du chef de l’État pour les opprimés peut aller. D’un côté, il souhaite corriger la mauvaise impression qu’a faite sur l’opinion  sa volonté d’éviter un exode national en Afghanistan (qui pourrait inonder la France), de l’autre, il se satisfait du principe selon lequel si le départ des Américains laisse un vide énorme, la bonne volonté française peut le combler en partie.

Que peut faire la France ?

Le réalisme, cependant, conduit à se demander si notre pays a les moyens matériels et humains pour prolonger l’exode afghan alors que les talibans veulent impérativement bénéficier des dividendes de leur victoire militaire, donc nationaliser l’aéroport de Kaboul. De la même manière, si les Kurdes de Syrie ont été abandonnés par Donald Trump, on voit mal comment les Français pourraient les protéger efficacement. Quand l’EI (État islamique) a attaqué l’aéroport, faisant plus de cent morts et une multitude de blessés, les terroristes ont montré qu’il fallait compter avec eux.

Nous avons réagi avec colère et indignation, mais, à deux reprises, les Américains, avec leurs drones, ont tué des djihadistes, empêchant une deuxième tragédie humaine. Le seul principe de précaution, pour des raisons liées à la fois à la sécurité et à la nécessité de ne pas déclencher le départ des centaines de milliers d’Afghans, c’est de mettre un terme au pont aérien et d’inviter l’ONU à exercer sur la gouvernance des talibans un droit international de contrôle du traitement réservé aux Afghans.

Désastre, mais aussi occasion.

On comprend que cela ne soit pas satisfaisant et que la triste réalité, même si les talibans mettent de l’eau dans leur vin, c’est le retour aux racines religieuses de l’Afghanistan. Mais ce n’est pas la première fois que le chef de l’État interprète un désastre comme l’occasion politique de faire de la France un acteur vivant de la scène diplomatique. Après tout, il est bien né des cendres de François Hollande. Quand tout est perdu, il devient le champion de l’optimisme, ne craignant pas, par ailleurs, d’entrer dans des contradictions extrêmes : pourquoi réduire notre présence au Sahel si c’est pour l’augmenter en Irak, alors que les forces américaines sont également sur le point de quitter ce pays ?  Sinon parce que c’est une manière de démontrer au président Biden qu’il a omis d’associer ses alliés à ses projets et que, du coup, étant le seul à essayer la défaite, il est le seul à en subir les conséquences ?

Une infinie complexité.

On exprimera donc beaucoup de réserves sur sa nouvelle et flamboyante initiative,  étant entendu qu’il fera davantage parler les chancelleries qu’il n’exposera les troupes françaises à de nouveaux dangers. Il est vrai que partir en disant :« Je suis au regret de vous abandonner » n’est pas une meilleure politique que celle qui consiste à dire : « J’arrive et je casse le magasin ». Cependant, lorsqu’il s’agit de l’Orient, nous nageons dans une complexité infinie.

Qui a prévu la chute si rapide de Kaboul ? Qui savait que les talibans s’efforceraient d’améliorer leur image ? Qui était prêt à distinguer le terrorisme taliban de celui de Daech ? M. Macron n’est ni obligé de croire que les talibans ont changé ni qu’ils sont restés nos ennemis. Il sème des cailloux pour leur indiquer une voie moins tragique que celle qu’ils ont tracée entre 1996 et 2002. Il est coutumier d’efforts diplomatiques désespérés accomplis avec le sourire. Et coutumier aussi du renoncement quand ils ne produisent aucun résultat. On parlera d’autre chose en 2022.

RICHARD LISCIA

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