Les Verts voués à leur perte

Jadot : trop centriste ?
(Photo AFP)

La réunion, pendant le week end écoulé, des représentants d’Europe Écologie les Verts (EELV) a confirmé ce que l’on a toujours su d’eux, à savoir qu’ils cherchent à imposer leurs vues les plus radicales et non à gagner à la présidentielle.

IL Y A EU en effet des précédents, lors d’élections internes du mouvement. En 2011, Eva Joly a été élue cheffe du parti au détriment de Nicolas Hulot, pourtant candidat naturel largement plus populaire. Les Verts font d’ailleurs une consommation de chefs abusive. Ils ont éliminé Cécile Duflot, par exemple et, en général les candidats à la direction d’EELV les plus connus sont battus, conformément à une logique interne qui donne une prime au plus agressif d’entre eux. C’est Yannick Jadot qui, aujourd’hui, devrait les représenter à la présidentielle, mais il est plus probable que, ce mois-ci, ils choisiront un candidat pur et dur, en la personne d’Éric Piolle, si ce n’est pas de Sandrine Rousseau, pasionaria irréductible qui ne fait jamais la moindre concession au réalisme.

Seuls au monde.

Il est donc difficile de croire à une « rencontre entre le peuple et Mme Rousseau ». La fièvre des débats chez les écologistes, qui ont renié Daniel Cohn-Bendit parce qu’il a adopté depuis longtemps des positions centristes, et maintenant macronistes, marginalise le parti, qui s’occupe davantage de ses règlements de comptes idéologiques qu’il ne se met en ordre de bataille électorale. Les Verts raisonnent comme s’ils étaient seuls au monde, comme s’ils avaient découvert un mode de pensée supérieure qu’ils sont incapables de partager avec le reste du pays, et comme si l’idéologie révolutionnaire leur permettait de gouverner avec une faible minorité. Stratégiquement, ils constituent donc un obstacle puissant à la réunion de la gauche ; ils pompent un électorat qu’ils devraient laisser à d’autres partis de gauche ; ils contribuent à l’affaiblissement du PS, car celui-ci ne peut pas mettre au point un programme qui les satisfasse.

Arrogance et libertés.

Il n’est pas difficile de leur opposer des arguments rationnels, par exemple la nécessité de faire des concessions programmatiques pour avoir une chance de créer une majorité de gauche. Mais leur autisme les empêche d’entendre quelque argument qui vienne de l’extérieur. De ce point de vue, ils agissent avec arrogance, non sans éprouver un certain mépris pour ceux qui contestent leurs idées, ce qui laisse prévoir une présidence hégémonique, et la privation de libertés qui serait son corollaire. Certes, ils ont assez d’affinités avec la France insoumise pour envisager une alliance avant le premier tour. Mais même en additionnant les voix des deux partis, leur candidat ne franchirait pas le cap du premier tour.

Il n’y a pas que l’écologie.

Il ne faut pas se laisser impressionner par leurs discussions stridentes, qui créent dans le pays un brouhaha recouvrant presque toutes les autres voix. Ce qu’ils portent de radicalisme n’est pas vérifié par leur cote de popularité. On dit très souvent que l’écologie devrait figurer dans les programmes de tous les partis. On devrait ajouter qu’elle ne peut pas être le seul élément du programme. Nous les voyons très bien en gardes-chiourmes du climat, nous ne les imaginons pas en diplomatie ou en économie. Cette année devrait être celle de Yannick Jadot, le plus populaire des Verts et, surtout le plus raisonnable. Cette seconde qualité le privera sans doute de l’investiture des Verts, qui vont demander à quelques vingt mille militants enfiévrés de se prononcer sur le nom de celui ou celle qui les représentera en avril prochain. Façon de dire à des millions d’électeurs que, s’ils veulent donner une chance à l’écologie, ils n’ont pas d’autre choix que l’élu du parti.

Ainsi serait bafoué le système fondé sur un homme, une voix. Ainsi, l’appétit de pouvoir remplacerait l’espoir de passer du verbe à l’acte. Ainsi vont des Verts qui, incapables de donner l’exemple sur les deux plans, démocratique et républicain, choisissent la voie étroite, celle qui, portée par un projet révolutionnaire, contient déjà sa défaite.

RICHARD LISCIA

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One Response to Les Verts voués à leur perte

  1. meyer dit :

    Après deux débats, je trouve que les verts font preuve de maturité évitant de s’écharper; on arrive même à se demander s’ils débattent pour dérouler leurs propositions ou pour qu’ils soient départagés. D’autres partis , en d’autres temps, se sont montrés beaucoup plus outranciers et ils ne sont pas retrouvés au deuxième tour … Belle preuve de maturité. A la différence des autres partis, ils portent des idées autrement plus graves : des centaines de journaux médicaux n’ont-ils pas alerté sur la nécessité de changements rapides, que les autres ne semblent malheureusement pas avoir intégré à leur logiciel. Grandes paroles mais aucune (ou tres peu) realisation…

    Réponse
    La question est : auront-ils un candidat unique de la gauche et seront-ils au second tour ?
    R. L.

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