Un monde changeant

Johnson privé de grand large
(Photo AFP)

Le repli américain, la pandémie de Covid, l’émergence de puissances moyennes qui se veulent plus grandes, la fragilité des ensembles démocratiques, le réchauffement climatique, tous les événements de ce millénaire montrent que les démocraties doivent se réinventer et créer entre elles des liens plus forts et plus durables.

LE DÉPART fulgurant et inéluctable des forces américaines d’Afghanistan pose une question amère, celle de la fiabilité des États-Unis, à toutes les démocraties parlementaires dont le système est récusé par la Chine, par la Russie, par l’Iran, par nombre de pays arabo-musulmans et par les dictatures parodiques de l’Amérique latine. Il ne s’agit pas d’un « Nous, c’est nous et vous, c’est vous », mais d’un affrontement. Qu’il s’agisse des talibans, des islamistes ou de la Russie, la question n’est plus de se comparer à nous, mais de nous affaiblir, de nous inciter à imiter leur système ou à l’adopter, bref, de nous satelliser. L’évacuation brutale de l’Afghanistan ne permet plus de croire à une solidarité infinie et éternelle entre l’Amérique et l’Union européenne. Elle signe une forme de divorce dont on imagine mal l’ampleur : que se passera-t-il si les États baltes sont attaqués par la Russie  et que le gouvernement de Joe Biden jugera qu’une intervention militaire serait trop risquée ?

Faillite du Brexit.

De la même manière, la politique de Biden, par ailleurs très ferme et très sûre d’elle en dépit d’une pluie de critiques, consacre l’erreur du Brexit, censé sceller la grande amitié entre Britanniques et Américains. Si Boris Johnson a été un des leaders les plus impliqués dans la protection des Afghans abandonnés aux talibans, c’est bien parce qu’il a vu venir les sarcasmes au sujet d’un rapprochement anglo-américain qui n’a jamais eu lieu, un peu comme s’il s’était engagé dans une voie sans avoir le feu vert américain mais avec la conviction  que Biden l’approuvait secrètement. Le président des États-Unis s’est hâté de lui prouver qu’il avait tort.

L’extrême droite se sert de l’Europe.

En effet, il est infiniment plus facile de discréditer l’Union européenne que d’en énumérer les bienfaits politiques et économiques dans un contexte où elle sert d’épouvantail à l’extrême droite, qui est incapable d’imaginer ce que l’Europe serait devenue aujourd’hui si elle ne s’était pas unie, et prétend que tous les maux que nous subissons viennent principalement ou uniquement de l’intégration du continent. L’usage qu’elle en fait, parfois en utilisant des fonds européens à des fins non-européennes, les députés qu’elle envoie à Strasbourg, où ils jouent un rôle négatif, tout montre que les partis les plus hostiles à l’UE sont ceux qui en tirent les plus grands bénéfices.

De l’eau dans le gazoduc.

Il appartient aux 27 gouvernements de fixer la ligne politique et idéologique qu’ils entendent suivre. On dira que, parmi eux, il en est beaucoup qui ne jouent pas les règles du jeu, mais le bilan européen, sur le plan de la pandémie et de ses conséquences économiques et financières, est remarquable. Ce n’est pas parce que les gouvernements polonais et hongrois réduisent les libertés qu’il serait interdit de célébrer quelques victoires de l’UE, comme le succès des campagnes vaccinales et surtout un plan de relance qui aura permis d’éviter le pire sur le front de l’emploi. Maintenant, il faut étendre les bénéfices de l’unité à la diplomatie. Tâche ardue : le feu vert donné par les Américains au gazoduc reliant la Russie à l’Allemagne et qui est en voie d’achèvement, aura été l’ultime victoire d’Angela Merkel, mais il envoie un message très négatif à l’Ukraine : la chancelière, qui abandonnera ses fonctions dans quelques jours, n’ignore pas que Poutine fera tout ce qui est son pouvoir pour que s’effondre le régime ukrainien.

Néanmoins, la frontière de l’UE est l’unique rempart conte les menées russes. Si Joe Biden refuse d’appliquer l’article 5 de la charte de l’OTAN qui l’oblige à intervenir quand un pays membre de l’Organisation atlantique est menacé, il n’y a que l’Europe pour voler au secours de Kiev. Quoi ? L’Ukraine n’est pas membre de l’OTAN ? C’est moins une question juridique qu’une question d’affinités démocratiques.

RICHARD LISCIA

 

 

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4 Responses to Un monde changeant

  1. Michel de Guibert dit :

    Il me semble que vous parlez avec beaucoup de légèreté de la question ukrainienne…

    Réponse
    Vous me surprenez : j’ai décrit mon désespoir pour une cause que personne ne veut prendre en charge.
    R. L.

    • Michel de Guibert dit :

      Il me semble que « la cause » n’est pas si simple, elle n’est pas vécue de la même façon à l’ouest de l’Ukraine (anciennement polonais) et à l’est (russophone), il y a eu des provocations des deux côtés (du côté russe et du côté ukrainien)…
      Réponse
      Je ne tiens pas à avoir un débat, mais la cause est simple : c’est l’hégémonie et la dictature russes contre un pays plus faible qui essaie les rudiments de la démocratie. Il y a certes un enjeu géopolitique, mais cela n’empêche pas le déséquilibre de jouer uniquement en faveur du Kremlin.
      R. L.

  2. Doriel Pebin dit :

    bonjour et merci pour cette vision « chirurgicale » de la situation. Nous sommes bien loin des années 1990 et 2000. D’attaquants, nous sommes devenus défenseurs. Encore faudrait-il que les populations européennes, notamment les jeunes, se rendent compte des bienfaits de la démocratie. Beaucoup ont oublié ce qu’était un vrai régime autoritaire, englués dans leur individualisme et/ou leur colère/ressentiment. Les passions tristes n’ont jamais fait avancer le monde… sinon négativement. Espérons un sursaut en faveur de l’Europe qui est la seule capable de nous préserver car l’union fait la force (et peut freiner les forces malfaisantes). A ce propos, il serait temps de remettre dans le droit chemin la Hongrie et la Pologne (ou plutôt leurs responsables). Soit ils veulent être dans l’Europe, soit ils en sortent (sans les sous). Il est temps d’arrêter le double jeu.

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