Zemmour : l’ascension

Éric Zemmour
(Photo AFP)

Dans le plus récent sondage sur les intentions de vote à l’élection présidentielle, Éric Zemmour obtient 11 % des voix alors que Marine Le Pen est cotée à 19 %. L’enquête montre en outre que M. Zemmour mord principalement sur l’électorat de la candidate du Rassemblement national.

LE PHÉNOMÈNE a cessé d’être un épisode de la campagne, il devient un fait politique, au sujet duquel on ne sait trop quoi penser dès lors que, curieusement, Marine Le Pen est débordée sur son extrême droite et que l’on ne comprend pas bien si le candidat est sérieux et entend mettre ses idées au service de son parcours politique ou s’il recherche seulement un succès d’édition. Ce qu’il se dit probablement, c’est que la vente de son livre le plus récent n’est pas négligeable, même si de nombreux précédents ont démontré que les lecteurs ne sont pas des électeurs. Ce qui est sûr, c’est que M. Zemmour est confiant dans le mélange des genres et que si, au delà des bonnes ventes, il acquiert en prime une bonne position lors du premier tour de la présidentielle, il ne refusera ni l’un ni l’autre.

L’héritier, c’est lui.

Sa puissance, déjà indéniable, est dirigée paradoxalement contre son propre camp. Il se présente comme un candidat brut de décoffrage qui ne craint pas de s’appuyer sur des convictions et des déclarations que Marine Le Pen a reniées avec l’espoir de recentrer le RN et de s’attirer quelques bataillons de la droite classique. M. Zemmour, pour sa part, revendique l’héritage qu’elle a laissé : il est anti-européen, anti-euro, intraitable sur l’immigration sans mettre le moindre bémol aux expulsions, plus sécuritaire que lui, tu meurs, la réincarnation, en quelque sorte, de Mme Le Pen, mais à un âge moins avancé. Il convient à une partie de la jeunesse et s’en entoure. Les posters qui le glorifient sont bons pour améliorer ses chances et font vendre ses livres aisément.

Une hypothèse qui terrifie les marcheurs.

L’autre aspect des sondages, et pas le moins intéressant, c’est que M. Zemmour n’entame vraiment que la popularité de Mme Le Pen et que, plus il monte dans les enquêtes d’opinion, et moins il change les rapports de forces établis depuis l’été. Au second tour, si l’élection avait lieu aujourd’hui, ce serait Macron contre Le Pen et c’est le président sortant qui l’emporterait. Alors, l’exercice accompli par M. Zemmour ne serait qu’une figure de style ? Il serait prématuré ? Sauf si, parvenu au sommet de la cote, il bloque l’accès de Mme Le Pen au second tour. L’hypothèse glace le sang de la République en marche car alors, le candidat Macron aurait en face de lui un candidat de la droite capable de le battre. Ce qui convient  le plus au président en exercice, c’est que M. Zemmour détruise le RN et s’arrête là. Aussi bien, il sera combattu avec la même virulence que Mme Le Pen et les autres candidats.

Des modèles d’intelligence.

D’un côté, Éric Zemmour apparaît comme le candidat qui dit la vérité que tous les autres s’efforcent de cacher. Qui dit ce que Mme Le Pen ne veut plus dire. De l’autre côté, il n’a rien inventé. Il est réactionnaire, raciste, anti-féministe, anti-immigrés et feint de croire aux fantasmes pesants de l’extrême droite, comme le grand remplacement, le déclin de la France et la clé du bonheur que serait la rupture de la France avec l’Europe. Le « Frexit » en quelque sorte, dont les conséquences sont connues depuis que le Royaume-Uni a largué les amarres avec l’Union européenne : un désastre moral, commercial et politique qui menace l’unité même de la Grande-Bretagne. De sorte que tous les paradoxes contenus dans la candidature, encore fantôme, de M. Zemmour,  ne méritent pas, peut-être, une exégèse approfondie de sa pensée et de ses œuvres. Ce sont les paradoxes qui exercent une forte séduction sur l’électorat, le juif qui vénère Pétain et sombre dans la révisionnisme, l’homme qui expose des idées iconoclastes sans la moindre imprécation, le débatteur cultivé dont les exposés, aussi controuvés qu’ils soient, apparaissent comme des modèles d’intelligence.

Le plus grave, c’est qu’on le prend au sérieux,  qu’il ne se bat pas pour influencer la campagne, mais pour la gagner, qu’il se voit déjà à l’Élysée et qu’il fait tout pour qu’on l’y voie. Il nous appartient de le renvoyer à ses chères études, de le considérer comme ce qu’il est, un essayiste à succès, de le laisser à la porte du second tour et de faire en sorte qu’il s’y morfonde.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Zemmour : l’ascension

  1. Laurent Liscia dit :

    Ascenseur pour l’échafaud.

  2. Dominique S dit :

    « Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire ». Lui, il les dit quand même, et même avec un certain brio. Mais je ne voterai pas pour lui. Certaines de ses analyses sont défendables, mais aucune de ses propositions concrètes ne tient la route. Dans son débat avec Mélenchon, j’ai bien aimé le chapitre sur les prénoms. Un de mes amis, vietnamien d’origine, s’appelle Jean-Pierre. Mais son petit fils l’appelera papy Zoom (car Zoom, c’est son prénom vietnamien qu’il n’utilise pas). Avez vous remarqué que la plupart des Américains porte des noms et prénoms à consonance américaine? En voilà une bonne façon de s’intégrer !
    Réponse
    Aucune « vérité » sortant de la bouche de Zemmour n’est bonne à dire, car aucune n’est vraie. C’est très bien de ne pas voter pour lui, mais il y a une bonne raison : il défend des idées qui sont diamétralement opposées aux vôtres.
    R. L.

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