Une crise franco-britannique

Boris a des soucis
(Photo AFP)

Depuis le Brexit, les relations entre le Royaume-Uni et l’Europe, et plus particulièrement avec la France, ne cessent de se détériorer.

LA SORTIE de la Grande-Bretagne de l’Union européenne a pourtant fait l’objet de négociations longues, techniquement minutieuses et censées éviter une application susceptible d’entraîner des conflits. Mais les querelles entre Londres et Bruxelles se multiplient, alors que tout avait été prévu : les Anglais n’ont pas donné aux Français des droits de pèche suffisants, avec un effet négatif direct sur les revenus des pécheurs français, alors que toutes les dispositions concernant ce chapitre sont écrites noir sur blanc ; le passage des migrants en Angleterre augmente, malgré un accord qui donne à la France le droit de les arrêter avant qu’ils n’embarquent dans un rafiot à destination du Royaume-Uni ; et le climat général des rapports euro-britanniques est empoisonné par la tentation de l’Écosse de devenir indépendante et par la question non résolue de l’Ulster, censé subir le même traitement que le reste de la Grande-Bretagne mais qui réclame que son statut soit aménagé pour que ses échanges commerciaux avec l’Union restent libres.

La France, bouc émissaire.

Au cours du week end écoulé, Londres a pu démontrer, video à l’appui, que des migrants avaient quitté la France sous l’œil complaisant des forces françaises de l’ordre. Les migrants eux-mêmes ont confirmé qu’aucun gendarme ou policier français ne s’était opposé à leur départ. Le gouvernement de Londres a joué l’affaire à grands renforts de tambours et trompettes, ce qui a conduit la presse anglaise à dénoncer le comportement de la France. À quoi Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur a répondu que le royaume devait 63 millions d’euros à la France, une somme qui, à ce jour, n’a pas été versée. Le Premier ministre, Boris Johnson, joue donc le pourrissement des rapports euro-britanniques, sans doute parce que les engagements liés au Brexit sont en partie inapplicables et parce qu’il espère s’exonérer d’une situation économique et sociale ardue en l’attribuant, une fois encore, à l’Union européenne, singulièrement à la France, bouc émissaire rêvé pour les journaux tabloïds de Londres.

Boris fait le sourd.

Bien entendu, il faut faire la part des choses : tous les torts ne sont pas nécessairement du côté anglais et le contrôle de l’immigration des deux côtés de la Manche n’est pas une partie facile. Mais il n’est pas du tout normal que  M. Johnson ne respecte pas les termes d’un accord qu’il a élaboré lui-même avec l’Union européenne. Son attitude montre qu’il lui fallait obtenir l’accord le plus vite possible mais que, au moment de le signer, il avait des arrière-pensées sur l’application des mesures. Il n’y a pas que ce qu’il doit à la France pour la gestion des migrants, il y a aussi la somme énorme, une cinquantaine de milliards d’euros, qu’il doit à l’Union et qui représente le coût de la rupture entre l’UE et le Royaume Uni. Pour le moment, il fait le sourd. Il a participé activement au sabotage de l’accord pour la livraison de sous-marins d’attaque français à l’Australie et à son remplacement par un contrat américano-australien. Qu’il ne s’étonne pas, dans ces conditions, que nous laissions les migrants traverser la Manche tant que les sommes dues n’ont pas été versées.

Boris le populiste.

De fait, ce ne sont ni la France ni l’Europe des 27 qui sont le plus touchés par le Brexit. On avait assez averti les Anglais de ce qui leur pendait au nez, mais ils ont voulu aller au terme de leur projet alors que le royaume est divisé en deux parties égales : les pro et les anti-Brexit. S’apercevant de la justesse des pronostics européens, saisis par une panique qu’il a d’ailleurs du mal à cacher, Boris Johnson, en bon démagogue, continue à promettre des jours heureux au peuple britannique. Il utilise des moyens qu’un Erdogan ou un Poutine n’aurait pas dénigrés, en surjouant ses rapports avec Joe Biden, en participant à la formidable trahison américano-australienne, et en laissant se dégrader l’unité du royaume menacé par une éventuelle sécession de l’Écosse et une réunification de l’Irlande et de l’Ulster. Franchement, il est triste de voir ce grand allié sombrer dans le populisme ; il est triste que nous devions élever la voix et défendre nos intérêts comme si la Grande-Bretagne était la Turquie ou la Russie ; la contribution de M. Johnson à l’insécurité du continent n’est ni limitée dans le temps ni anodine. S’il avait un grain de sincérité, il reviendrait dans le giron européen.

RICHARD LISCIA

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5 Responses to Une crise franco-britannique

  1. Ted Deullar dit :

     » S’il avait un grain de sincérité, il reviendrait dans le giron européen « . Le Premier ministre anglais a pour caractéristiques premières son manque de sincérité et sa capacité à faire accepter ce « péché mignon » à son électorat !

    Bojo a intérêt à maintenir de la friture sur la ligne entre Londres et Bruxelles et plus particulièrement entre Londres et Paris. Cette tactique de diversion marche à merveille : son électorat se délecte et oublie les problèmes purement UK (gaz, essence, pénuries et bientôt inflation). Son travail de harcèlement est d’autant plus aisé que Bruxelles s’obstine à chercher le dialogue et à proposer des compromis. Ce dont Bojo ne veut pas.

    Bojo ne changera pas de tactique et il est plus que temps pour Bruxelles de changer la sienne et de se monter plus ferme.

  2. CopyCop dit :

    Les Anglais ont copieusement freiné et saboté le développement de l’UE. En ce qui concerne celle-ci, ils sont mieux dehors. Pour bien les connaître, il est impossible de s’entendre durablement avec des Anglo-Saxons.

  3. Laurent Liscia dit :

    L’artisan et le principal bénéficiaire du Brexit, c’est clairement BoJo, pas la culture anglo-saxonne. Mais comme tu dis, tout ça se paie. J’attends avec délices l’entrée de l’Écosse dans l’UE.

  4. Dr VAUCAMPS dit :

    Relisez le livre de Michel Barnier sur les négociations du Brexit et vous comprendrez que Boris Johnson est a l’image de sa coiffure.

  5. Michel de Guibert dit :

    La perfide Albion… (perfide = qui ne respecte pas sa foi, sa parole)

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