La furie sondagière

Jadot et Rousseau
(Photo AFP)

Si la campagne électorale a commencé à une allure vertigineuse, c’est principalement grâce ou à cause de la multitude d’enquêtes d’opinion qui sont publiées, à raison de deux par jour. Tout le monde se plaint des sondages, tout le monde se jette sur eux.

LES SONDAGES ont acquis, peu à peu, un rôle central dans les élections, au point d’influer sur leur fonctionnement : tout récemment, les Républicains envisageaient de renoncer à la primaire et de choisir leur candidat en fonction de celui dont la cote est la plus élevée dans les sondages. Cela reviendrait, par exemple, à sacrer Xavier Bertrand, et aurait entaché d’illégitimité l’ensemble du processus. Finalement, LR a décidé de tenir un congrès en décembre tout en obtenant la participation de M. Bertrand, qui n’est plus encarté au parti.

Guerre interne.

Il est indéniable que la primaire peut détruire une formation politique de l’intérieur. Pour une raison simple : les candidats du même parti s’entredéchirent pendant la campagne des primaires. Comment peuvent-ils prétendre ensuite effacer leurs différends et mener une bataille électorale où ils doivent se montrer unis ? C’est une question de culture. La primaire fonctionne aux États-Unis. La convention  permet de réunifier le parti. C’est une sorte de jeu superficiel non dénué d’hypocrisie, mais la société américaine le supporte bien. Beaucoup moins chez nous où il laisse amertume et rancœur. Indubitablement, la primaire est un exercice démocratique, un surplus de liberté, un processus qui, jamais, ne permet à un homme de triompher seul des difficultés. Bien sûr, nous avons tous poussé des cris horrifiés quand Trump a battu Hillary Clinton. Mais elle a commis des fautes ; elle ne l’a pas vu venir ; elle a littéralement ignoré les États du nord-est. Bref, tout ça pour dire que les sondages, eux, auraient « élu » Mme Clinton.

Le sel de la campagne.

On dit aujourd’hui « qu’ils » font tout pour élire Éric Zemmour. Ils ne sont pourtant que la chambre d’enregistrement d’un phénomène populaire sur l’évolution duquel ils n’ont aucun pouvoir. Mais ne nous y trompons pas : le sondages sont le sel de la campagne, ils la rendent passionnante et ils réduisent sensiblement l’abstention. Leur plus sérieux handicap, c’est qu’ils ne sont pas infaillibles. Ils n’ont pas prévu la victoire de Trump et, en France, sur les cinq élections présidentielles passées, les enquêtes d’opinion en ont « perdu » trois. Il faut certes être vigilant et ne pas laisser quelques instituts acquérir le pouvoir de désigner le vainqueur d’une élection. Mais en même temps, on joue à se faire peur : ce n’est pas demain que se produira une telle fatalité. Il n’y a pas si longtemps encore, la dernière semaine de campagne devait être vierge de tout sondage afin de ne pas influencer l’électorat. Depuis le début du millénaire, cet interdit a été levé. Pour une raison simple : quand ils ne sont pas légaux, les sondages sont quand même réalisés et diffusés par un bouche-à-oreille efficace, au moins à Paris.

Remarquable primaire des Verts.

Cette année, les Verts ont organisé une primaire splendide, très démocratique, comme en témoigne la répartition presque égale des suffrages entre quatre des cinq candidats au premier tour. Malheureusement,  le mouvement, depuis le second tour, semble coupé en deux parties, celle du gagnant, Yannick Jadot et celle de la perdante, Sandrine Rousseau, qui n’a perdu qu’avec un point d’écart. Voilà qu’elle se considère, et à raison, comme la partie vivante des Verts. Il semble que M. Jadot finira par s’imposer et donc la primaire peut être la meilleure et la pire des choses à la fois. Les sondages auront toujours la préférence tant que les primaires seront ouvertes ou fermées, et qu’elles ne draineront pas la totalité des sympathisants et affidés. Ils continueront à prospérer parce qu’ils augmentent l’intérêt d’un public de plus en plus sceptique sur le processus électoral.

RICHARD LISCIA

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One Response to La furie sondagière

  1. Laurent Liscia dit :

    Le vrai mal, c’est le scepticisme que tu décris.

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