Hidalgo : la manière forte

Hidalgo : c’est la joie !
(Photo AFP)

Anne Hidalgo, maire de Paris, a été désignée pendant le week end comme la candidate de la gauche. Soutenue notamment par Martine Aubry, maire de Lille, elle a aussitôt adopté le ton de la fermeté à la fois avec le pouvoir et avec les écologistes.

IL NE SUFFIT pas de se déclarer « progressiste » pour avoir le vent en poupe. Ce matin, dans un entretien avec France Info, Mme Hidalgo a affirmé qu’elle ne rejoindrait pas Yannick Jadot, élu candidat par une primaire des écologistes, et que c’était à lui de se mettre sous sa tutelle. C’est dire d’emblée qu’elle entre dans la campagne avec une moyenne de 5 à 6 % des suffrages, ce qui semblera insuffisant aux yeux de l’opinion pour un parcours conduisant au choix ultime des Français. Elle admet, en même temps, qu’il est impossible pour elle d’inclure la France insoumise parmi ses soutiens, en tout cas au niveau des appareils. Elle ne désespère pas d’avoir des électeurs gauchistes, écologistes, et de droite. Elle va rétablir l’impôt sur la fortune ; elle veut sortir du nucléaire le plus vite possible, elle tourne en dérision l’idée d’Emmanuel Macron de créer de petites centrales nucléaires sur tout le territoire, ce qui, selon elle, est inapplicable.

Attitude hégémonique.

On se demandera peut-être pourquoi sa position dans les enquêtes d’opinion se traduit, dans son comportement, par des attitudes hégémoniques et comment elle compte se retrouver face au président sortant au second tour. Personne, bien sûr, n’est obligé de croire aux sondages et d’adapter sa campagne à une réalité plus virtuelle qu’incontestable. Mais l’opinion ne saurait se contenter de ce qu’elle fasse sa campagne en solitaire et attende, jour après jour, de convaincre des électeurs qui ne se situent pas dans son camp. Au fond, elle espère un effet Zemmour, mais, cette fois, à gauche. Des bataillons de Verts abandonneraient leur parti à son profit, des LR, le parti le plus généreux du monde, celui qui laisse ses troupes rejoindre Macron, Zemmour, Le Pen, passeraient à gauche, ce qui semble plutôt improbable. Enfin, on ne voit pas, à l’aune de ses mots, de quoi enthousiasmer l’ensemble de l’électorat, qui serait séduit par l’ISF, par la fermeture des centrales et par une hausse des impôts.

Accomplir l’exploit de Hollande.

Elle répondra que les campagnes servent à ça, que François Hollande est parti de 3 % en 2011, bref que les jeux ne sont pas faits. Cependant, pour répéter l’exploit de M. Hollande, favorisé par le scandale Strauss-Kahn, il faut un événement qui disqualifie les hommes ou les femmes opposés à Mme Hidalgo. M. Macron l’a emporté en 2017 parce que M. Hollande a renoncé à se présenter à un second mandat et parce que François Fillon, choix malheureux des LR, a été écarté de la course par une question d’enrichissement personnel. De tels événements sont assez rares pour que l’on n’en fasse pas un argument de campagne. Anne Hidalgo ne cesse, par ailleurs, d’exciper de son bilan, alors qu’il est jugé négatif par les Parisiens. Quand elle nous parle de progressisme, quand elle invoque avec des trémolos la part des femmes dans la politique, elle semble dire qu’elle mérite le job seulement parce qu’elle est une femme de gauche. Tout le féminisme du monde ne suffira pas à éliminer l’incompétence, réelle ou perçue, d’une candidate à la magistrature suprême ; tous les gestes impétueux à la Merkel n’expliqueront pas que la neutralisation du parc nucléaire se traduise par des coupures d’électricité.

Mauvaises perspectives pour la gauche.

Quand elle dit qu’elle n’a pas besoin de M. Jadot alors que le  score de celui-ci est meilleur que le sien, et encore moins de M. Mélenchon qui réunit deux fois plus de suffrages qu’elle, on se dit qu’elle ferait mieux d’avoir des votes que d’afficher des ambitions. Quand elle pense à rétablir l’ISF, elle ne dit pas comment elle empêchera la fuite des capitaux, alors qu’il suffit de ne pas toucher à ce tabou pour que la croissance soit forte cette année et l’année prochaine. Certes, Jacques Chirac, autrefois, a démontré que la mairie de Paris est un bon tremplin pour l’Élysée, mais il avait d’abord été Premier ministre et son éventail de compétences, notamment en matière de défense et  de diplomatie, était infiniment plus large que celui d’Anne Hidalgo. Il n’y a pas un mot dans ce que je viens d’écrire qu’elle ne contesterait pas publiquement, mais il n’y a pas un seul socialiste pour penser qu’elle ait, au moins à l’heure qu’il est, la moindre chance d’accéder à l’Élysée. Le problème n’est pas dans la charge immense qu’elle est censée recevoir ; il est dans le vide intersidéral où se trouvera la totalité de la gauche après les élections.

RICHARD LISCIA

 

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3 Responses to Hidalgo : la manière forte

  1. Alan dit :

    « Tout le féminisme du monde ne suffira pas à éliminer l’incompétence, réelle ou perçue, d’une candidate à la magistrature suprême. »
    Merci (et je précise que je suis une femme). Ce qui compte c’est la compétence, les qualités : en politique, comme en art, en sport, et comme ailleurs, quels que soient le sexe ou la couleur de peau.

  2. Dominique S dit :

    Madame Hidalgo est persuadée que sa réélection à Paris est le reflet de ses immenses qualités. Elle a juste oublié les incidents de parcours de ses concurrents. Je veux, bien sûr, parler de Benjamin Griveaux et de Agnès Buzyn. Le premier a voulu imiter DSK dans ses mauvaises manières. La deuxième a donné l’impression de déserter son ministère à un moment crucial et elle n’a jamais su convaincre par la suite. L’opposition aux prochaines élections présidentielles sera beaucoup plus relevée et Madame Hidalgo devrait y faire un très mauvais score.

  3. Laurent Liscia dit :

    Vide profond de la gauche en effet. Et avec Zemmour et Marine Le Pen, cumul des dérives (extrême-) droitières.

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