Castex : 38 millions de chèques

Castex hier sur TF1
(Photo AFP)

Le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé hier soir sur TF1 que les Français ne gagnant pas plus de 2 000 euros par mois recevront cent euros d’ici à l’année prochaine pour lutter contre la hausse du prix de l’énergie. La hausse du gaz sera bloquée pendant toute l’année 2022.

LES PRIX de l’énergie représentant un casse-tête pour tout gouvernement, le Premier ministre a préféré l’envoi d’un chèque qui coûtera 3,8 milliards d’euros aux pouvoirs publics, sans atténuer vraiment la pression des prix sur les foyers. Le blocage de la hausse des prix du gaz est en revanche une mesure plus utile. L’impôt sur le revenu étant miné par une foule d’exemptions, les taxes sur l’énergie sont la vache à lait de tous les gouvernements. Ils sont organisés de telle manière qu’un mathématicien y perdrait son latin, avec un système où la taxe finale s’ajoute aux taxes précédentes. Dans ces conditions, il était difficile, pour les autorités, de diminuer les taxes : en les réduisant, elles seraient incapables de présenter un budget.

Le besoin d’une réforme fiscale.

Bien entendu, tout le monde adresse ses critiques à M. Castex, mais aucun Premier ministre qui se respecte n’accepterait de faire ce que les oppositions proposent. Au pouvoir ou en dehors du pouvoir, on voit les choses différemment. Les gens qui gagnent 2 000 euros nets par mois ne sont pas hostiles au chèque de cent euros mais disent qu’il est insuffisant ; et il est vrai que, rapporté à l’ascension des prix des carburants, la somme paraît dérisoire. M. Castex a pris des mesures dans l’urgence. Toutefois, la volatilité des prix ne peut être combattue que par une nouvelle politique énergétique. Pour réduire le pourcentage des prélèvements (75 %), il faudra bien trouver l’argent ailleurs et il est probable qu’il se situe dans l’impôt direct plutôt que dans les taxes indirectes.

La faute des producteurs.

Il s’agit d’une réforme profonde dont il n’est pas sûr que le gouvernement l’accomplisse avant les élections de l’année prochaine. Pour une raison simple, celle que nous venons d’indiquer : il faudra déshabiller Paul pour habiller Jean et ce sont les Paul qui vont hurler de douleur. Bref, l’affaire est peu propice à un grand chambardement. D’ailleurs, si le pouvoir avait l’intention de diminuer les taxes sur l’énergie, M. Castex l’aurait annoncé hier. Ce qui est intéressant, dans cette affaire, c’est d’une part que le niveau des taxes sur l’énergie est beaucoup trop élevé pour que le consommateur accepte une hausse technique déclenchée par les pays producteurs de pétrole et de gaz ; que, d’autre part, l’idée d’ajouter une taxe sur l’énergie pour décarboner le pays a donné lieu au mouvement des gilets jaunes ; la hausse venue de l’étranger est mieux acceptée en France.

Encourager la pollution ?

Mais la seule question qui vaille, c’est le réchauffement climatique. On va donner cent euros à des gens pour qu’ils continuent à polluer l’environnement, au lieu de saisir l’occasion offerte par la hausse des prix pour que la consommation diminue. Vous aurez d’ailleurs remarqué que les forces puissantes de l’écologie n’ont pas bronché, sans doute parce que la défense des intérêts de la classe moyenne est une cause plus noble que celle de la lutte contre le réchauffement de la planète. Je ne dis pas qu’il faut écraser nos concitoyens sous le poids des taxes, je dis seulement que le discours général est hypocrite, qu’on nous promet des réformes à la limite de la révolution mais qu’en réalité, pour diverses raisons, notamment électorales, on fait le contraire de ce qui est annoncé.

Sur ce point, élus et électeurs confondus sont totalement complices. Tous les projecteurs des médias sont braqués sur les stations-services. C’est là que semble se jouer notre destin alors que nous sommes chargés d’une autre responsabilité, nationale, européenne, mondiale ; celle de vivre dans une atmosphère plus propre. Ce n’est pas dans un 4X4 qu’on y arrivera. Au moment où on exalte l’automobile électrique, tout le débat récent a porté sur sur le prix de l’essence et du gas-oil, un peu comme si personne n’avait entendu parler de leur rôle nocif. La vérité du futur est peut-être celle de l’électrique, mais la vérité du présent, c’est le CO2 et les particules.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Castex : 38 millions de chèques

  1. Dominique S. dit :

    Cette méthode est bizarre, mais de plus en plus en vogue. Quels sont les Français qui ont fourni ces 100 € X 38 millions? Les autres? Les mêmes? Le montant de ma retraite ne me permettra pas de toucher la prime. Mais mon épouse, elle, va bien toucher les 100 €, même si sa voiture ne roule pratiquement pas. Beaucoup de gens paraît-il, achètent des écrans plats avec l’allocation de rentrée scolaire. Ces flux d’argent dans toutes les directions n’ont pas beaucoup de sens. En voici un exemple. La CNAV vient de me réclamer un trop perçu de 2 100 €. Depuis la liquidation de mes quatre retraites en 2017, la CNAV me réglait la « majoration du revenu contributif », prévue compenser la faiblesse de ma retraite de salarié. Mais elle vient de s’apercevoir que le gros de ma retraite est ailleurs (CARMF) et que je dépasse donc le plafond. Heureusement pour moi, la somme réclamée concerne seulement les deux dernières années (avant 2019, il y a prescription).

  2. JL59 dit :

    La France et ses habitants était un pays exceptionnel jusque dans les années 1930.
    Depuis et surtout après 1968, c’est devenu le royaume de l’égoïsme qui peut se résumer en deux exemples.
    Premier exemple : qu’est ce qu’un bon impôt ? Celui qui est payé par les autres.
    Deuxième exemple : qui est riche ? Celui qui a plus que moi.
    :

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