Paris-Londres : un répit

L’entente cordiale ?
(Photo AFP)

Le gouvernement français a renoncé à appliquer lundi à minuit les sanctions adoptées contre le Royaume Uni dans le cadre du différend sur la pêche. De nouveaux entretiens entre les deux pays sont prévues pour jeudi.

LA GRANDE-BRETAGNE n’a pas accordé aux pêcheurs français autant de licences qu’il s’était engagé à le faire dans les cadre des accords du Brexit. D’où une crise qui cache un énorme différend historique sur les choix géopolitiques des Anglais. Pour des raisons électorales (qui jurerait qu’il existe encore une majorité britannique en faveur du Brexit ?), Paris et Londres ont adopté des positions intransigeantes : d’un côté Boris Johnson croit qu’il peut renier la signature qu’il a mise au bas de l’accord euro-britannique sur le Brexit et il le fait à dessein en concentrant ses efforts contre la France, pays de l’Union qui a pesé pour que les Britanniques subissent plus d’inconvénients qu’ils n’acquerraient de nouveaux avantages. Ce n’est pas le nombre de licences (quelques centaines au total) qui compte, ce sont les dommages causés à l’économie française et les jeux d’ombre et de lumière  destinés à faire croire aux Anglais que le Brexit, c’est la liberté.

Johnson a trahi sa parole.

Voyant la crise se prolonger, les commentateurs estiment que les négociations du Brexit ont laissé des zones dans l’ombre. Mais, sur l’affaire des pêcheurs, le nombre de licences est écrit noir sur blanc et M. Johnson a trahi sa parole. Certes, son comportement est dicté par la crise dont souffre son pays : crise de l’approvisionnement en carburant due à la pénurie de main d’œuvre, crise migratoire (encore une querelle franco-britannique), crise socio-économique représentant l’effet pervers, mais caché, du Brexit. L’idée générale des Anglais est de dire que, sans la France, tout irait mieux pour le Royaume-Uni, sans reconnaître bien sûr le comportement pervers du Premier ministre qui sacrifierait jusqu’à sa réputation pour prétendre que le Brexit n’est que tout bénéfice pour son pays.

Ni inquiétude ni ressentiment.

Tout le monde aura remarqué qu’Emmanuel Macron et Boris Johnson se sont entretenus joyeusement à Rome et à Glasgow, sans avouer la moindre inquiétude ou le moindre ressentiment. Ils ont même travaillé de concert, se soutenant l’un l’autre dans l’aide aux pays pauvres et dans la protection de l’environnement. M. Macron a-t-il eu tort d’accorder un nouveau délai à M. Johnson ? D’aucuns pensent, à tort ou à raison, qu’il aurait mieux fait de crever l’abcès dès hier soir. Il a en effet le droit avec lui. M. Johnson n’a pas craint de se dédire lui-même et, en plus, de prétendre qu’il ne l’a pas fait, cela ne signifie pas qu’il dit la vérité. Le constat est clair depuis que M. Johnson a succédé à Theresa May : il ment par tous ses pores et il n’est pas fiable  pour un sou.

Un sésame.

Sans doute M. Macron n’at-il pas cru utile de donner un grand coup de pied dans la fourmilière et de transformer le différend avec Londres en clash historique. Mais il reste logique : la balle est dans le camp des Britanniques, avait-il répété plusieurs fois hier après-midi à Glasgow, et son ultimatum a été suivi d’effet puisque les Anglais se sont décidés à rouvrir les négociations. On sera pessimiste sur le résultat de ce nouveau round. C’est à dessein que les Anglais accordent les licences au compte-gouttes alors que le problème est infiniment plus vaste que la pêche. Inspiré par Trump, « BoJo » sait que son mode de gouvernance est durable tant qu’une crise dure. Au milieu d’une série de coopérations (sur la sécurité et la défense par exemple) M. Johnson transporte un petit sac noir qui contient les licences et il s’amuse à irriter les Français avec ce sésame. Est-ce bien raisonnable ?

RICHARD LISCIA

 

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