L’affaire Pétronin

Mme Pétronin à Villacoublay en 2020
(Photo AFP)

Libérée en  octobre 2020 d’une captivité aux mains des djihadistes du Mali, Sophie Pétronin, 76 ans, est retournée à Bamako depuis six mois. L’information a été divulguée hier par le gouvernement et elle a envoyé une onde de choc  dans le Landerneau politique.

QUAND Emmanuel Macron s’est rendu à Villacoublay pour y accueillir l’otage fraîchement libérée, il s’est abstenu de tout discours. Les Français, s’appuyant sur ce fait et sur les déclarations de Mme Pétronin, peu défavorables à ses geôliers, ont pensé qu’elle était soit frappée du fameux syndrome de Stockholm, soit attachée à la vie qu’elle avait au Mali, qu’elle préférait y vivre à un retour définitif en France ou en Suisse, étant entendu qu’elle a la double nationalité, française et suisse.

Elle a donc toujours posé un problème aux autorités françaises. Elle s’est convertie à l’islam, elle n’a été nullement brutalisée par ses gardiens, elle a adopté une malienne qui a aujourd’hui 19 ans et sa vie est au Mali et non en Europe. En d’autres termes, elle n’était pas vraiment contente d’avoir été « libérée », et on pouvait -déjà- nourrir le sentiment que le gouvernement français aurait pu ou dû la laisser sur place, même si, devant les micros, son fils avait déclaré il y a deux ans qu’elle devait cesser d’aller n’importe où.

Refus de visa.

Sophie Pétronin a demandé deux fois aux autorités maliennes un visa pour entrer dans leur territoire. Ne l’ayant pas obtenu, elle a fait un voyage rocambolesque qui la conduisit de Genève à Dakar par avion, puis de Dakar à Bamako en car. D’aucuns s’étonnent de ce que le gouvernement française ne fût pas informé plus tôt de son escapade, mais peut-être le savait-il déjà et n’a-t-il pas réagi contre son « évasion », terme qui convient à une situation inversée, tant que la France était indifférente à son sort. Quoi qu’il en soit, la nouvelle a hier fait le tour du monde, posant mille questions.

Elle est en danger.

La première est la suivante : Mme Pétronin était-elle libre de voyager et d’aller dans un pays où elle veut faire sa vie ? Ce n’est pas la France qui l’a empêchée d’aller au Mali, mais le Mali lui-même qui la juge encombrante et la recherche, sans doute pour l’expulser. Elle feint publiquement de n’exercer que sa liberté, mais il est curieux qu’elle soit totalement fermée à l’idée que sa liberté s’arrête là où elle menace celle de tous les autres. La deuxième question est une évidence : elle a complètement ignoré les responsabilités de son nouveau statut d’ex-otage. Elle se moque de de qu’il ait fallu donner de l’argent à nos ennemis, et libérer 200 djihadistes islamistes pour que ses gardes consentent à la libérer. N’est-il pas possible que les insurrectionnels, apprenant qu’elle est à Bamako, l’enlèvent une seconde fois ? Et alors, le gouvernement doit-il, une seconde fois, l’arracher aux crocs de islamistes ?

Des critiques très différentes.

Mme Pétronin qui se présente abusivement comme une personne discrète qui ne fait pas de politique, vient d’acquérir une influence énorme sur le paysage politique français. S’il est vrai qu’un consensus se dégage pour dénoncer sa folle randonnée à Bamako, les critiques de droite et de gauche ne sont pas du même ordre. La droite et l’extrême droite se sont déchaînées contre elle, et ont prononcé le mot « trahison ». La gauche lui cherche discrètement des excuses en soulignent son amour pour le Mali. La droite et la gauche essaient par tous les moyens de faire de « l’irresponsabilité » de Pétronin une erreur monumentale qu’aurait commise le gouvernement.

Pourtant, il n’en est rien. Chaque Français pris en otage sait que le pouvoir le protège sans chercher à établir ses convictions idéologiques. Chaque Français sait que le gouvernement ira le chercher là où il est et que des hommes risqueront leur vie pour le libérer. On peut indéfiniment parler de l’âge de Mme Pétronin, du fol amour que lui inspirent le Mali et sa fille adoptive, de son existence idyllique dans un pays  où se sont produits deux coups d’État militaires en deux ans, il est impossible de l’excuser.

D’une prison à l’autre.

Fallait-il, par ailleurs, la surveiller pour l’empêcher de reprendre la route de Bamako ? Elle n’a pas quitté une prison pour une autre. Elle bénéficiait de toutes les libertés qui nous sont acquises. Elle en a fait un usage malheureux, dont elle n’a même pas calculé les conséquences : en pleine campagne électorale, c’est, pour les oppositions, du pain bénit. Le jeu consiste à dire : « Plus nationaliste que moi, tu meurs. Le gouvernement est mal informé, ne savait rien des idées funestes de Mme Pétronin, ni de son retour au Mali. Une bande d’incompétents. On a payé trop cher sa liberté, la dernière chose qu’elle voulait ». Et voilà un nouveau pavé jeté dans la mare de la campagne électorale. Pourtant, il serait facile, pour Macron, de rétorquer qu’il aurait fait libérer le pire de ses ennemis, à commencer par ses adversaires.

RICHARD LISCIA

 

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3 Responses to L’affaire Pétronin

  1. Dominique S dit :

    Malgré les dénégations officielles, il devient de plus en plus évident que des rançons sont versées pour libérer les otages. Pendant les guerres, on sacrifie des soldats sans trop d’états d’âme, car le raisonnement est que leur sacrifice permet de sauver d’autres vies. En faisant le choix de céder au chantage des ravisseurs, on prend le risque de favoriser la multiplication des enlèvements. Certains se terminent mal. Mais je pense que vous allez me faire la réponse suivante: « Et si c’est un de vos proches qui se fait enlever? ».

    Réponse
    Ce serait une question et non une réponse, mais non, je ne vous la pose pas. Je vous accorde le crédit de souligner que, à cette occasion, le gouvernement a reconnu qu’il payait des rançons.
    R. L

  2. Laurent Liscia dit :

    Tout de même un cas extrême dont la droite fait tout un foin. Les enlèvements ne touchent généralement pas les sympathisant(e)s.

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