Macron : discours électoral


Macron hier
(Photo AFP)

Un discours long de près d’une demi-heure et contenant le bilan de l’action du président de la République depuis son élection en 2017: l’intervention télévisée du chef de l’État, importante et touffue, ne pouvait que déclencher des réactions hostiles dans les partis et les syndicats. L’intervention a recueilli 21 millions de téléspectateurs, soit 76 % de la population audiovisuelle, chiffre inférieur aux interventions précédentes, mais quand même considérable.

CE QUI ne veut pas dire pour autant qu’elle n’ait pas été utile pour son auteur, qui n’ignore pas que, personne ne lui adressant de compliments, il est bien obligé de se les faire lui-même. Mais de ses exploits, il n’a rien exagéré. C’est vrai qu’il a défendu le pays contre la pandémie avec des résultats meilleurs que dans des pays comparables. C’est vrai que la croissance, prévue par le FMI à 6,75 pour cette année, est l’une des plus fortes du monde industrialisé. C’est vrai que le chômage recule, atteignant le niveau de 7 %, celui qu’il avait pris pour objectif avant la pandémie. C’est vrai qu’il a engagé une série de réformes malgré la levée de boucliers de toutes les oppositions et un mandat exceptionnellement riche en difficultés. Pourquoi ne pas le dire au moment où son bilan présente toute une série d’aspects positifs ?

Un président autoritaire ?

Il s’agissait indiscutablement d’un discours électoral soigneusement caché dans un discours d’étape. Mais qui était dupe ? Qui n’a pas compris ? Et qui est mieux servi que par soi-même ? Dans les tactiques de campagne de Macron, il y a certes de l’audace et un certain mépris pout tout ce qui peut s’opposer au plein exercice du pouvoir. Cela justifie peut-être les sarcasmes incessants dont il fait l’objet, mais cela prouve aussi que, face à un tel déchaînement de critiques, il ne peut compter que sur lui-même. Il n’est pas en mesure, à lui seul, de calmer le jeu, de taire les réseaux sociaux, de ramener la presse à un peu plus d’objectivité, bref de mettre en place des relais pour dire l’indéniable vérité des chiffres. Quoi, ce serait un président autoritaire qui n’aurait pas sa place dans une démocratie ? Je vous laisse le choix des alternatives terribles auxquelles nous avons échappé et le soin de comparer la « dictature » française à celles de Russie, de Turquie ou de Chine.

Ces emplois inoccupés.

Prenons le cas du chômage. Macron a mis en œuvre une réforme de l’assurance chômage qui a mis les syndicats sur le pied de guerre. Bien entendu, il est affreusement injuste d’accuser les chômeurs de longue durée de se complaire dans leur état social. Mais au moins peut-on reconnaître que des centaines de milliers de nos concitoyens semblent satisfaits de ne pas avoir d’emplois et de recevoir, pour cette raison, une indemnité. Elle sera plus brève dans le temps, ce qui encouragera ceux-là à se dépêcher de trouver un job dans un contexte ou, s’il ne suffit pas de « traverser la rue », il existe des milliers d’emplois qui ne trouvent pas preneur.

Il y a bien sûr des ombres au tableau, à commencer par le pouvoir d’achat en baisse, que Macron a presque éludé mais qu’il ne conteste pas. Il ne s’agit pas d’une question secondaire, car elle entraîne celle des salaires. Mais elle est conjoncturelle et peut disparaître comme elle est est survenue. Le fait est que la vie est tout aussi dure sous Macron que sous un autre président.

Retraites : la réforme n’est pas abandonnée.

Poursuivons avec la réforme des retraites. Elle n’a pas été abandonnée, elle est seulement repoussée à l’année prochaine et sans doute au-delà des élections pour éviter la collision entre la campagne et un débat social tumultueux. Les syndicats eux-mêmes estiment publiquement qu’il n’est pas question d’avoir une longue et dure négociation sur l’emploi avant les élections. Macron en prend acte. On ne peut pas l’attaquer dans un domaine où il a trouvé un consensus. Quant à la vaccination, l’arrivée d’une cinquième vague dont on ne connaît pas encore l’ampleur montre de façon catégorique que la troisième dose représente probablement le salut national. Ceux qui s’y opposent sont un danger pour les autres. C’est aussi simple que cela et que l’on ne nous dise pas le contraire. La récente passe d’armes entre l’Assemblée nationale et le Sénat sur la prolongation du passe sanitaire indique surtout la politisation croissante d’une question de santé publique. Ceux qui s’opposent à des mesures drastiques ne mesurent pas les conséquences de leurs actes.

Quatre années de crise.

Mais, plutôt que de sombrer dans un panégyrique, je propose qu’on attende les retombées du discours. On verra bien où se situe la cote de popularité du président. On verra bien si son sang-froid va lui coûter cher, on verra bien si les candidats de la droite et de l’extrême droite vont tirer un avantage des choix du président en faveur de de l’Europe et de l’énergie nucléaire. En quatre ans, il a subi plusieurs crises, les unes dues à ses réformes (dont on dit par ailleurs qu’elles n’existent pas), les autres imprévisibles et qui auraient secoué tout autre président. Pourquoi ne pas reconnaître qu’il les a surmontées, qu’il a résisté, qu’il a su associer ses partenaires européens à la relance économique de la France et du continent, qu’il a fait reculer le chômage et tout cela en restant lui-même, de droite et de gauche, fatigué mais imperturbable ?

RICHARD LISCIA

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5 Responses to Macron : discours électoral

  1. Doriel Pebin dit :

    Effectivement et objectivement, il y a de nombreux points positifs. Malheureusement, la « réalité ressentie » est bien plus forte et c’est bien dommage. La France ou plutôt les Français auront le président qu’ils mériteront. Espérons que ce sera vers le haut mais le contexte n’est pas idéal avec un pétainiste qui se déclare gaulliste sans apparaître ridicule et ignorant. Continuer à vous battre pour défendre les valeurs des Lumières en souffrance face à l’obscurantisme qui revient, sans même se cacher !

    • JMB dit :

      La très intéressante, très instructive, passionnante émission de Xavier Mauduit, Le cours de l’histoire, en réaction aux propos tenus sur l’action de Pétain sous l’État français, a diffusé une série de trois émissions sur Pétain, confiée, comme habituellement, à des universitaires spécialistes de la période.
      Il est repris aujourd’hui la vieille antienne du glaive et du bouclier que l’historien étasunien Robert O. Paxton avait déboulonnée dans son ouvrage La France de Vichy dès…1973 !

  2. JMB dit :

    Juste avant le discours d’Emmanuel Macron, au journal d’Arte était examinée la reprise de l’épidémie de covid-19 en Europe et les mesures prises pour y faire face.
    L’évolution de l’épidémie au Danemark avait permis un retour à la vie d’avant depuis au moins septembre. La reprise de l’épidémie a nécessité des mesures que la Première ministre danoise a justifiées par le comportement irresponsable d’une minorité.

  3. Laurent Liscia dit :

    Le sang-froid n’est jamais un handicap en politique. Souvenons-nous du débat entre Chirac et Mitterrand, où la « force tranquille » l’emporta. A mon sens, Macron sera dur à battre en 2022. On peut simplement espérer que M. Barnier parviendra a redorer le blason de la droite.

  4. mathieu dit :

    Au-delà de la solidité personnelle, indiscutable, de Macron face aux crises, saluons celle, plus durable et « systémique » de notre Vème république, à quelques jours du 9 novembre, qui a su résister à toutes les turbulences et tous les aquilons, qui n’ont pas manqué en six décennies (de l’Algérie aux gilets jaunes en passant par mai 68!). Que les chantres d’une VIème république ne l’oublient jamais!

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