LR : un exercice démocratique

Valérie Pécresse
(Photo AFP)

Le premier des quatre débats télévisés prévus entre les candidats LR à l’investiture a eu lieu hier soir, dans une atmosphère tranquille. Il a duré trois heures.

LE PRÉSIDENT du parti, Christian Jacob a accompli sa mission : éviter les déchirements internes de la formation et une élection primaire qui aurait été le remake du fiasco de 2017, avec l’élimination du candidat dit naturel, Nicolas Sarkozy, et le choix de François Fillon qui, empêtré dans des affaires, a littéralement livré la présidence de la République à Emmanuel Macron. Le fair play a dominé la séquence et les candidats ont exprimé leurs convictions dans une liberté absolue. Ils se sont bien gardés de guerroyer entre eux, se sont contentés de critiquer le président sortant et ils ont mis en garde le public contre les dangers venus des extrêmes. De ce point de vue, c’est un sans-faute.

Nouveau monde.

Mais si les débats télévisés sont ouverts au public le plus large, les spectateurs, dans ce système, ne sont pas les électeurs. Quiconque emballerait les foules dans ces débats ne serait guère assuré de retrouver ses chances lors du choix du congrès de LR en décembre. En outre, le panel a été choisi en fonction des sondages et les sensibilités exprimées ne changent rien à la hiérarchie ainsi établie par les enquêtes d’opinion. Enfin, cette procédure correspond à une adaptation au « nouveau monde », étant entendu qu’aucun des personnages sélectionnés, Valérie Pécresse, Éric Ciotti, Xavier Bertrand, Philippe Juvin et Michel Barnier ne se détache suffisamment pour s’imposer comme homme ou femme lige.

Un système peu efficace.

On peut donc dire que, après la primaire exemplaire des Verts, dont le résultat reste intact après la victoire de Yannick Jadot, LR nous offre un processus neuf et original. Mais sa subtilité elle-même réduira les chances ultérieures de l’heureux élu (ou élue) au moment du congrès. Le système est bon, il n’est pas efficace pour un parti qui, comme il y a quatre ans, possède beaucoup d’atouts mais vit une période de désarroi, à cause de la montée des extrêmes, de la propension des électeurs LR à aller voir ce qui se passe ailleurs, et d’une compétition entre les partis qui est d’autant plus intense qu’ils sont tous menacés de mourir, alors que le pays a idéologiquement basculé vers la droite et qu’il est à 70 % hostile aux partis de gauche, mais plus au profit de Marine Le Pen et d’Éric Zemmour qu’à celui de M. Bertrand ou de Mme Pécresse.

Le sort de Barnier.

D’aucuns estiment que Michel Barnier, dont on ne cesse, à raison, de rappeler le parcours et les qualités, semble bénéficier d’un frémissement qu’on ne décèle pourtant pas dans les sondages.  Il représenterait un candidat formé à l’exercice de la magistrature suprême par ses fonctions d’ancien ministre et de commissaire européen. Mais, un peu comme Alain Juppé, il risque fort d’être broyé par un système électoral limité à quelque 120 000 personnes, donc non représentatives de l’ensemble de la droite classique. Sans aller excessivement loin dans la prédiction, on peut même imaginer que, au bout de douze heures de débats (ennuyeux), c’est celui qui, selon les enquêtes, a le plus de chances de faire bonne figure au premier tour, qui sera choisi par le congrès de LR.

Le siècle du cynisme.

On donnera quitus au parti et à M. Jacob de l’entreprise qu’ils ont lancée et qui n’est ni la meilleure ni la pire. Elle est issue de la complexité d’un paysage politique embrasé par la pandémie, par les réseaux sociaux, par l’ascension irrésistible des trublions et de leur mauvaise foi. Si nous regardons ailleurs, nous verrons que, comme pour tout le reste, nous ne sommes pas moins bien lotis que les autres. Partout, le cynisme triomphe, en Europe, en Asie et en Amérique. Aux États-Unis, Joe Biden n’a pas éliminé la menace terrible que représente Donald Trump, maître du parti républicain et vénéré encore par la moitié de la population. On a l’impression, pendant ce siècle, que tout le monde se moque de la vérité, de la sincérité, de l’intégrité, que la démocratie est en danger non pas à cause de ses nombreux travers, mais précisément à cause de ses vertus, et que la lutte à la loyale ne sera pas nécessairement la plus efficace.

RICHARD LISCIA

 

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