Zemmour se déclare

Zemmour à Marseille
(Photo AFP)

Éric  Zemmour se déclarera candidat à l’élection du président de la République aujourd’hui à midi et contribuera dans la foulée à plusieurs émissions de radio et de télévision.

LE CANDIDAT populiste a sans doute hâté sa déclaration de candidature, avec l’espoir ténu de tourner la page. Il semble avoir été plus affecté encore par « l’affaire du doigt d’honneur » que par sa baisse dans les sondages. Il veut donc regagner le terrain perdu, mais, à ce jour, il n’a rien prouvé : ni qu’il a un programme, ni qu’il est capable de devancer Marine Le Pen au second tour. Sic transit gloria mundi. C’est la campagne de la surenchère : elle existe chez les Républicains, chez les Insoumis, et aussi à l’extrême droite, dont, indéniablement, M. Zemmour a grossi les rangs jusqu’à porter à au moins un tiers de l’électorat total les rangs des partisans de l’anti-féminisme, du racisme, de la xénophobie et de l’antisémitisme.

Marine a le moral.

Mais la cote de M. Zemmour ne s’est pas effondrée. Il a perdu 3 ou 4 points, certes précieux car la baisse semble lui fermer l’accès au second tour, mais il peut les regagner. Il va aussi renforcer son discours. Il n’est pas si compliqué de proposer un projet économique et social. Il suffit de trois ou quatre bons spécialistes pour le rédiger. Cependant, il va rencontrer, dans l’aventure, de vives difficultés financières. Son recul a surtout renforcé le moral de Marine Le Pen, pour qui la candidature de Zemmour est une simple concurrence uniquement destinée à lui voler sa place. Et voilà que la dame se plaint du mépris qu’elle endure pour son travail, pour la « dédiabolisation » du Rassemblement national, qui l’a forcée à se séparer de son père et à le maintenir à l’écart.

Bref, la situation ne sourit pas vraiment à l’extrême droite qui, divagation de l’histoire, donne deux candidats à un mouvement de toute façon minoritaire. Comme le chef de l’État, Marine estime qu’elle est sortie du gué, mais elle ne se maintiendra à sa seconde place que si elle transforme Zemmour en charpie, projet pour lequel elle doit retrouver son bec de vautour. De sorte qu’elle pourra dire qu’elle n’est pas mauvaise mais que la politique l’oblige à le devenir.

Condamné pour un geste.

De la même manière que l’on a vu dans la pré-campagne de Zemmour l’apparition d’un héros, on a trop vite cru que le doigt d’honneur le disqualifiait définitivement. Il a reconnu qu’il s’agissait là d’un « geste inélégant », c’est le moins qu’on puisse dire, mais la suite a montré qu’il se le reproche avec un sentiment de culpabilité poussé au masochisme. Dans la hâte, la précipitation et même une certaine panique, il fait tout maintenant pour effacer des mémoires le geste inélégant. C’est tout à fait désespérant : on pourrait écrire des livres pour dénoncer tout ce qu’il représente, le voilà condamné pour une pulsion, vulgaire mais défensive, alors qu’il mérite de l’être pour ce qu’il est : un grossier imitateur de Donald Trump, qui fait du cynisme et du mensonge historique, du révisionnisme et du racisme les valeurs sur lesquelles sont projet est arcbouté.

Le feu incendie la plaine.

Les Français méritent mieux que ça, mieux que Le Pen ou Zemmour. Ils méritent que leur intelligence soit respectée, plutôt que bafouée. Ils méritent d’avoir un choix, plutôt qu’un puzzle. Ils méritent surtout que la démocratie, qui est leur bien le plus précieux, ne sorte pas de son lit et ne déborde pas dans des mésaventures irrattrapables. On ne mesure pas encore l’influence sinistre que des hommes comme Trump ou Johnson ont eue sur la conscience publique. Ils ont fait de leurs valeurs inversées l’architecture  non pas d’un programme mais d’un plan de bataille. Le Premier ministre britannique ne respecte aucun de ses engagements, inscrits dans un document qu’il a signé de sa main. M. Trump a conservé son clan et menace de faire un retour en force aux législatives de 2022. Nous avons fait de la politique un domaine facile à vandaliser, à instrumentaliser, à détruire. C’est le feu qui incendie la plaine. C’est Attila qui dévale dans nos contrées pour les annihiler.

Un sursaut national.

Ce qui compte, en conséquence, ce n’est pas le rapport de forces entre Zemmour et Le Pen, c’est qu’il nous faut un sursaut national non seulement pour préserver liberté, égalité et fraternité, mais pour ouvrir un horizon qui ne soit pas celui de la haine. Il nous faut des dirigeants qui ne soient pas que des saltimbanques à l’aise sur les tréteaux mais incompétents dans les bureaux. Nous disposons de ce bien rare qui est le suffrage universel. N’allons pas élire des gens dont le premier acte sera de l’éliminer.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Zemmour se déclare

  1. Dominique S dit :

    Pendant la campagne de 2017, Macron a tellement hurlé à l’occasion d’une réunion publique, que sa voix s’est enrayée. Les images ont été diffusées en boucle. Selon certains, cette séquence l’aurait plutôt servi pour la suite. L’affaire du doigt d’honneur peut aussi aider Zemmour, d’autant plus que ses excuses paraissent sincères. Mais Le Pen et Zemmour vont sûrement se neutraliser mutuellement. L’un des deux va probablement se qualifier pour le 2ème tour, sans aucune chance de le gagner. Rien à voir avec la situation de 2017, qui aurait pu tourner au cauchemar: un 2ème tour Mélenchon contre Le Pen.

  2. Laurent Liscia dit :

    Une nouvelle théorie de l’évolution humaine postule que nous sommes les descendants d’un groupe qui a choisi la coopération plutôt que la violence. La violence, c’est l’exutoire naturel, inscrit dans les chromosomes du vivant, que ce soit à travers la prédation ou la défense du territoire. La coopération est une innovation biologique, qui a très bien réussi aux espèces sociales comme les fourmis, et à l’être humain. Mais la tension entre haine et amitié est une bataille génétique, où l’amitié ne peut l’emporter que si le système économique et politique ou nous interagissons n’est pas fondamentalement injuste ou dysfonctionnel. A ceux qui encouragent les démons de notre nature, il faut forcement préférer ceux qui s’adressent à nos anges. Ceux qui préconisent la paix, la justice et la viabilité.

  3. mathieu dit :

    « LesFrançais méritent que leur intelligence soit respectée ». Nous voilà ainsi rassurés ! Si cette intelligence (collective, ou au moins majoritaire) est bien réelle, la démocratie ne court pas le moindre risque face aux populistes sus-cités! Mais sommes-nous bien sûrs de cette intelligence ?
    Nous sommes des « veaux » intelligents, certes, mais tout de même des veaux!

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