LR : la surprise Ciotti

Éric Ciotti
(Photo AFP)

Éric Ciotti, député des Alpes-Maritimes, est arrivé en tête des candidats sollicitant l’investiture des Républicains, devançant d’à peine 0,6 % des suffrages, à 25,6 %, les 25 % recueillis par Valérie Pécresse. Le vainqueur final sera désigné samedi en début d’après-midi après un second tour.

IL FAUT reconnaître à M. Ciotti une victoire que personne, et surtout pas les instituts de sondages (ce qui promet pour le reste des élections) n’avait prévue. Le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, donné en tête de toutes les enquêtes d’opinion, a été éliminé dès le premier tour avec presque 24 % des voix. On peut expliquer l’erreur des instituts par le fait qu’ils sondent  la population générale, alors que le « congrès » LR était réservé aux adhérents du parti, dont la moitié vient à peine de s’inscrire. Ce sont ces nouveaux membres de LR qui ont fait la différence.

Trois extrêmes droites.

Si M. Ciotti n’a bénéficié que de sa popularité dans les Alpes-Maritimes, dont sont originaires la plupart des nouveaux encartés, son parcours ne sera qu’un feu de paille. Il n’aura pas, au niveau national, le pourcentage de voix qu’il a obtenu au sein du parti. Ce qui est dysfonctionnel. La primaire aurait dû être ouverte. Si, au contraire, mais on n’y croit guère, il est capable de s’adjuger un quart des électeurs français, il devient le premier challenger d’Emmanuel Macron. Ce qui veut dire que nous aurions trois extrêmes droites, celle de Marine Le Pen, celle d’Éric Zemmour et celle d’Éric Ciotti.

Les deux soupirs de Macron.

Mais n’allons pas plus vite que la musique. Le score de Valérie Pécresse est à la fois enviable et impressionnant. Elle a réussi à dépasser, ne fût-ce que de moins d’un point, celui de Xavier Bertrand, considéré depuis des mois comme l’adversaire de M. Macron et capable de le remplacer, alors que, de ce point de vue, M. Ciotti n’a aucune chance et que si LR revient à la raison, Mme Pécresse, présidente de l’Île-de-France peut l’emporter contre le président sortant. Le chef de l’État a dû soupirer d’aise en apprenant la victoire de M. Ciotti et soupirer d’inquiétude en apprenant que Mme Pécresse le talonnait. De plus, Mme Pécresse bénéficie du soutien de ses trois ex-rivaux, Michel Barnier, Xavier Bertrand et Philippe Juvin, et elle compte sur leurs suffrages. Mais une élection n’obéit pas à l’arithmétique.

Valérie d’Arc.

Jusqu’à demain, la candidate LR a sur les épaules un poids accablant. Elle est la seule à pouvoir redorer la médaille du parti, même si elle aussi et comme les autres, s’est réclamée de François Fillon, durcissant sa position personnelle,  ce qui montre que LR n’a toujours pas compris que l’ancien Premier ministre est un repris de justice. La seule aussi à pouvoir franchir le cap du premier tour et gagner au second. Le destin du parti et la victoire contre l’extrême droite sont donc entre ses mains. Car en gagnant le premier tour d’une primaire qui n’en est pas une, M. Ciotti fait monter l’électorat d’extrême droite à quelque 50 %. Une honte pour la France qui n’effraie pas plus que ça les doctes politologues de la télévision.

Trois femmes.

On remarquera en outre qu’il y a trois femmes candidates dans cette élection présidentielle : Anne Hidalgo, Valérie Pécresse et Marine Le Pen, ce qui est un progrès dans l’émancipation féminine, d’autant qu’elles sont réparties entre trois idéologies. Décidément, la désignation du candidat de la droite classique aura été un moment exceptionnel, avec un coup de théâtre, une nouvelle poussée de l’extrême droite, une candidate démocrate à droite, une menace sur le président sortant, et une énorme bataille  à venir entre la macronie et LR. Dans l’hypothèse où M. Ciotti l’emporterait demain, l’affaire sera pliée : LR aura de très faibles chances de gagner ; sa candidature ouvrira un boulevard à Emmanuel Macron.

RICHARD LISCIA

 

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3 réponses à LR : la surprise Ciotti

  1. michel martin dit :

    « M. Ciotti fait monter l’électorat d’extrême droite à quelque 50 %. Une honte pour la France qui n’effraie pas plus que ça les doctes politologues de la télévision ». Et bien non M. Liscia pour moi c’est un beau succès; à moins que vous ne préfériez le désordre des banlieues, une immigration galopante et criminogène…Mais bien entendu c’est votre droit. En revanche je suis d’accord avec vous quant aux conséquences du choix portant sur Ciotti face à Macron; mais ce ne sera pas et la droite tradi conserve toute sa chance face à l’actuel locataire de l’Elysée.

    Réponse
    Encore heureux que ce soit mon droit ! La droite traditionnelle, comme vous le dites avec élégance, n’est pas la vôtre. Elle n’aurait aucune chance avec Ciotti, elle en aura sûrement avec Mme Pécresse.
    R. L.

  2. michel martin dit :

    Il ne vous a pas échappé que ce résultat est celui d’adhérents LR et non représentatif du choix des Français de droite dont j’ai l’honneur de faire partie depuis des décennies contrairement à ce que vous prétendez (pourquoi d’ailleurs?). Mais Ciotti tout comme Zemmour ont mis un coup de pied dans la fourmilière bien pensante et insupportable et ronronante, en appelant un chat un chat, et en voulant imposer une régulation de l’immigration dangereuse pour l’Europe en dépit du patronat qui y voit une main-d’oeuvre bon marché (idem en UK)..Je soutiendrai donc Mme Pécresse par nécessité et non par choix car je n’apprécie pas le personnage très opportuniste.
    bonne journée d’un ancien rédacteur du qdm.

    Réponse
    Justement, les Français de sensibilité de droite ne sont pas des militants. Vous ne faites partie, je le répète ni de la droite chiraquienne ni même de la droite sarkozienne. Vous êtes de la droite Ciotti-Zemmour, donc vous feriez mieux de changer de parti. Ce n’est évidemment pas moi qui vous attribue une place dans le spectre idéologique, c’est vous.
    Bonne journée à vous aussi.
    R.L.

  3. Laurent Liscia dit :

    Le cumul arithmetique Le Pen-Zemmour-Ciotti fait peur. Un de tes lecteurs parle du chaos des banlieues, qui marque l’échec partiel (total?) du modèle « Ferry » d’intégration, un modèle qui avait fonctionné en gros jusqu’en 1950. Je suis sensible à cette inquiétude. L’anomie des banlieues et la montée de la petite criminalité ne sont pas acceptables. Ce que je ne comprends pas bien c’est en quoi l’extrême-droite apporte de vraies réponses à ce problème. Que fera-t-on des banlieues? Va-t-on soudain les téléporter sur Mars ? Va-t-on obliger les forces de l’ordre à s’y rendre alors qu’elles y ont d’ores et déjà renoncé ? Va-t-on déporter des immigrés forcément clandestins ou illégaux par charters entiers? Mais comment et vers ou ? L’alternative c’est la solution finale. Je ne crois pas que les lecteurs même les plus agacés en soient partisans. On pourrait tout à fait exiger des partis traditionnels qu’ils planchent plus sérieusement sur ces questions, en commençant par les reconnaître, sans racisme ni jugement, et en impliquant les communautés concernées. Les premières victimes de la criminalité des banlieues sont celles et ceux qui y habitent.

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