Macron cherche une majorité

L’énergie cinétique de Macron
(Photo AFP)

Objectivement, Emmanuel Macron a une bonne chance de remporter un second mandat, mais il doit s’assurer d’obtenir une nouvelle majorité présidentielle. Il s’y emploie.

LE PRÉSIDENT sortant a perdu de nombreux députés, déçus de la macronie, pendant son premier mandat. Il sait que, s’il gagne le second tour, il ne va pas retrouver automatiquement celle qu’il a obtenue triomphalement en 2017. Les atouts dont il a bénéficié il y a plus de quatre ans, et liés à un quinquennat et à la chronologie des scrutins, seront effacés. Il lui faut trouver une alternative. Avec lui, plusieurs forces concourent à la recomposition : d’abord, Édouard Philippe, son ancien Premier ministre, qui lui apporte son soutien en 2022, rassemble le centre droit, dans la perspective de 2027 ; ensuite, le MoDem, parti qui lui a été plus loyal que la République en marche, le soutiendra ; enfin, les forces proches de la REM, comme Agir, lui sont acquises.

Hypothèses.

On se demandera si les électeurs, éparpillés dans un mouvement qui a pris le nom d’Ensemble, adopteront le point de vue de leurs « premiers de cordée », étant entendu qu’ils sont libres de leur choix et que la plupart sont hostiles à un nouveau match Macron-Le Pen au second tour. Cependant, la candidature d’Éric Zemmour a élargi le camp de l’extrême droite, qui représente aujourd’hui un tiers de l’électorat et se présente comme un mouvement plus menaçant que le seul Rassemblement national. Les sondages, pour autant qu’ils soient crédibles, montrent néanmoins que le vainqueur d’extrême droite du premier tour ne rafle pas la mise : si Zemmour ne se désiste pas, il fractionne le lepénisme en deux parties à peu près égales, s’il se maintient, il exclut Marine Le Pen et lui-même au second tour, et offre un boulevard apparent aux Républicains (LR).

Le deux ex machina.

Les sondeurs ont examiné tous les cas de figure. Dans celui où Mme Le Pen et M. Zemmour se maintiennent jusqu’au bout, ils ne franchissent pas le premier tour. Dans le cas où Zemmour se désiste, le RN ne lui reprend pas l’électorat zemmourien. Dans le cas où le candidat LR, qui sera désigné samedi prochain, affronte M. Macron, il perd à des degrés divers. Le président obtient un second mandat et il lui faut une majorité. Édouard Philippe est le deus ex machina de la compétition. Il acte la droitisation et le réformisme d’un président qui a été élu en 2017 en partie par la gauche. Il renonce aux voix de gauche pour mieux récupérer les électeurs LR et du centre droit. Il apporte une solution à Macron tout en renforçant sa propre position en 2027.

LR : procédure irréelle.

Tout le monde le sait. Et c’est pourquoi la procédure appliquée par Christian Jacob à LR a quelque chose d’irréel. Le président des Républicains s’appuie certes sur l’implantation de son parti dans les territoires. Il estime que le président qui a échoué aux régionales ne trouvera pas les soutiens nécessaires. Il continue à penser que c’est François Fillon qui aurait dû être élu en 2017, et que Macron n’aura jamais été qu’une parenthèse insignifiante. C’est faux, évidemment. Il faut compter quand même sur l’énergie cinétique de la course à la présidence et sur le fait que, depuis que le septennat a été réduit à un quinquennat, les Français jugent logique de donner au président élu une majorité. Ils l’ont déjà fait.

Marine ne peut pas être élue.

Certes, ils ont juré de ne pas vouloir d’un nouveau match entre Macron et Le Pen. Mais s’il se produit, ils n’y verront que la conséquence d’une manipulation de la Constitution. Ils seront sans doute épouvantés par la perspective d’une victoire de l’extrême droite et confirmeront l’analyse du père de la candidate, selon lequel Marine est incapable d’être élue présidente. Il faut reconnaître que, si un imperturbable Macron est tous les jours accablé de sarcasmes et de quolibets, d’agressions verbales et d’injures, il a une des meilleures cotes de popularité auxquelles il peut prétendre, après les terribles mésaventures de son mandat et d’énormes erreurs de communication.

Enfin, l’élection à la présidentielle d’un (ou d’une) cacique de LR n’offre aucune perspective nouvelle. La victoire des Républicains ne serait qu’un retour aux affaires, celle de Macron ouvre un champ immense de renouveau et de réformes. Rien ne serait plus comme avant et la force d’Ensemble serait consolidée par l’expérience du pouvoir. Il n’y a pas seulement la crédibilité de chaque candidat, il y a leur utilité. Si c’est pour continuer comme auparavant, non, merci.

RICHARD LISCIA

 

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

1 réponse à Macron cherche une majorité

  1. Doriel Pebin dit :

    Merci pour cette analyse. Il manque également le rôle de la gauche. Depuis le début du quinquennat, elle n’a qu’un seul adversaire, Macron ! Pratiquement pas de critique sur l’extrême droite qui ..progresse à leurs dépens ! Les LR ne font pas mieux. La responsabilité de la gauche va être immense. Je crains que l’éthique soit très loin de leurs préoccupations et qu’un bon nombre s’abstiendra par ressentiment (vraie démarche populiste). Finalement, la France aura le ou la présidente qu’elle mérite. Souhaitons que ce soit par le haut !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.